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Plan
U3M, un projet de privatisation de l'Université
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INTRODUCTION
Vers une privatisation de l'Université française ? |
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Le 15 septembre dernier, Claude Allègre annonçait devant la presse que la mise en place du plan Université Troisième Millénaire (U3M) permettrait aux universités de devenir des « incubateurs d’entreprises » et des « centres d’expansion économique » (Dépêche Reuters, 15 septembre 1998). La Conférence des Présidents d’Universités du 20 septembre soulignait « la disparition pour la rentrée 1999 des Diplômes d’Etudes Approfondies (DEA) et la mise en place du doctorat de deuxième niveau long en quatre ans ». La CPU annonçait également la mise en place des diplômes sous la forme 3, 5 et 8 ans (suppression du DEUG et des DEA), la nécessité de rentabiliser les thèmes de recherche des écoles doctorales et de mettre en place des stages au sein des doctorats. Le gouvernement est tout simplement en train de privatiser l’Université par touches successives. C’est par de petites déclarations jetées par-ci par-là dans les journaux, dans les conférences de presse, dans le Bulletin Officiel de l’Education nationale, dans les directives du ministère aux présidents d’universités que le puzzle Université Troisième Millénaire (U3M) est en train de s’assembler. Chaque nouvelle pièce révèle un nouveau détail qui, peu à peu, éclaire l’ensemble de l’œuvre. Le 28 septembre, le cabinet du ministre indiquait que le doctorat comprendrait désormais des modules de langue, des modules d’initiation à l’économie et des stages. La veille, une note de la Direction de la Recherche nous informait que les Ecoles Doctorales présentes dans les établissements devaient désormais « décider de thèmes fédérateurs à mettre en place destinés à réunir les recherches autour d’intérêts communs profitables économiquement à l’université ». C’est cette note que l’université Montpellier III s’est empressée d’appliquer en indiquant qu’il faudrait désormais « définir chaque école doctorale par une thématique fédératrice qui corresponde au moins à l’un des axes de recherche des équipes qui la compose. Sans prétendre recouvrir la diversité des travaux menés dans l’université, les Ecoles doctorales s’attacheront à mettre en valeur [à valoriser] les points forts du projet scientifique de l’établissement et à impulser des manifestations transdisciplinaires destinées à permettre aux doctorants de situer leur recherche (…) dans le contexte d’ensemble de l’évolution économique» (Contrat d’établissement 1999-2002, projet au 15 octobre 1998, validé par le Conseil d’administration du 22 octobre 1998) Le 2 octobre enfin, la présidente de l’université Montpellier III indiquait en Conseil d’Administration qu’il fallait prévoir dans les demandes d’habilitation des diplômes une forme 3-5-8 (nouvelle licence, nouvelle maîtrise, nouveau doctorat). Le puzzle qui se construit sous nos yeux correspond point par point aux propositions de Jacques Attali, qui elles-mêmes correspondent aux directives fixées par le traité de Maastricht-Amsterdam et aux réformes universitaires en cours dans toute l’Union Européenne. Même si nous avons été habitués par les ministres successifs à ce type de projets, qui convergeaient tous vers une adaptation des universités aux besoins économiques, aucun ministre n'avait osé lancer une telle attaque contre le service public laïque de l'université. La commission Attali avait pour but « d’œuvrer en faveur du rapprochement entre les universités et les grandes écoles » (Le Monde, 22-23 mars 1998). Les grandes écoles ayant une vocation immédiatement professionnelle, le projet de cette commission n’a rien de surprenant ni de nouveau dans le cadre de la politique gouvernementale de ces vingt dernières années. D’ailleurs, comme l’affirment les membres de la commission eux-mêmes « il s’agit de réformer profondément les universités sans toucher au système des grandes écoles » (Libération, 18 mars 1998). En d’autres termes, il s’agit de professionnaliser l’université, non d’implanter de la recherche dans les grandes écoles. D’ailleurs, cette réforme, si elle voit le jour, « s’étendrait à l’ensemble de l’enseignement supérieur » (Le Monde, 21 novembre 1997). Comme
nous allons le voir, il y a tout lieu de s’inquiéter du contenu du plan
Université Troisième Millénaire qui rappelle étrangement le travail des
commissions Minc, Laurent, Attali et Guillaume. C’est
précisément la cristallisation de tous ces projets, fécondés par le rapport
Attali, que prétend aujourd’hui mettre en place le ministre Claude Allègre. Vous trouverez dans les pages suivantes une analyse du projet Attali et du plan Université Troisième Millénaire (U3M) afin de vous éclairer sur la prochaine réforme qui, par son ampleur dans la violence portée aux droits étudiants, au service public, à la liberté scientifique, à l’égalité de tous les citoyens devant l’éducation, dépasse de loin toutes les réformes qu’ont rejetées les étudiants depuis trente ans. |
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