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Plan
U3M, un projet de privatisation de l'Université
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CHAPITRE
UN
Du plan Attali au plan U3M |
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Le ministre Allègre, dans sa lettre du 21 juillet 1997, fixait clairement les limites du travail qu’avait à mener à bien le conseiller d’Etat Attali. Ce sont trois « défis » que le ministre prétendait relever : « l’intégration européenne », « la mondialisation des échanges » et « l’esprit d’entreprise ». Au sujet de ce dernier, le ministre insistait sur le fait que « notre compétitivité économique future dépend de notre capacité à répondre victorieusement à ce défi ». En ce qui concerne les membres de la mission ministérielle, Claude Allègre posait des limites à Jacques Attali : « Vous vous entourerez des avis de personnalités dont vous me proposerez la liste, qui devra traduire un large éventail de compétences, d’origines et de sensibilités ». Il suffit de se pencher sur le fruit de dix mois de travail, le fameux rapport Attali, pour se rendre compte du sens politique profond du projet. Tout y est, à commencer par l’identité des quinze membres de la commission. Rien que des universitaires ? Bien sûr que non : la commission a fait une large ouverture au contraire sur le monde de l’entreprise, qu’un seul nom suffit à confirmer, celui de Michel-Edouard Leclerc. La commission Attali a rendu son rapport le 5 mai dernier. Claude Allègre s’est immédiatement déclaré « en plein accord avec le travail effectué et les propositions de rentabilisation économique des établissements » (cf. Le Monde, 6 mai 1998). Le titre du rapport remis en mai dernier au ministre cristallise un contenu des plus sinistres pour l’enseignement en tant que service public et donc pour les étudiants. « Pour un modèle européen d’enseignement supérieur ». Un modèle pour qui ? Pour l’étudiant, qui privilégie la qualité et les conditions des études en vue d’un débouché professionnel solide et stable, ou pour les patrons qui voient en l’Université un vivier de main d’œuvre qualifiée potentiellement adaptable aux seuls besoins de leurs entreprises ? Il suffit de se rappeler les trois « défis » désignés par Claude Allègre : les termes employés par celui-ci ne laissent aucune place à l’équivoque. Si la première partie du rapport, qui présente un état des lieux sous forme de constat de l’Enseignement supérieur actuel, est globalement juste (constat de l’existence de « formes plus ou moins implicites de sélection, soit illégales (…) soit légales », la préférence donnée par les entreprises aux diplômés des établissements de prestige, et l’absence d’égalité des citoyens face aux études en fonction de leur origine sociale), on est loin d’un inventaire exhaustif des problèmes et dysfonctionnements réels. Jacques Attali, en fin scolastique, sait fort bien que de prémisses exactes on peut tirer n’importe quelles conclusions erronées… Disons-le clairement : toutes les mesures avancées et présentées comme des remèdes à cet état de fait ne peuvent, organiquement, que le pérenniser et l’aggraver. XXXDans la droite ligne du plan Attali, le 9 juillet, le ministre signe deux documents : le premier, avec la Conférence des Présidents d’Universités, une déclaration commune en 11 points fixant un cadre général pour les réformes à conduire et sur la réforme U3M, et le second (un contrat de quatre ans) avec la Direction des enseignements supérieurs et l’Agence de modernisation des universités. Ces déclarations communes, fixant les bases de la prochaine réforme, sont entièrement calquées sur le rapport Attali :
Enfin, le 15 septembre dernier, le ministre présentait définitivement à la presse sa réforme de l’Enseignement supérieur (cf. dépêche Reuters, 15 septembre 1998; Communiqué de presse du ministère de l’Education nationale, 15 septembre 1998). Une réforme qui va se mettre en place très rapidement Il y a une volonté évidente du gouvernement actuel de ne pas perdre de temps dans l’application de la réforme à venir, dont beaucoup d’éléments étaient déjà contenus dans le projet Bayrou mais que la chute du gouvernement Juppé a empêché d’aller à son terme. C’est dans ce sens que le projet Attali indique que « pour se préparer à affronter ces nouveaux défis [la mondialisation des échanges et la concurrence intellectuelle] l’enseignement supérieur français devra se réformer profondément et vite. » (rapport Attali, p.7) Cette volonté de célérité ne se dément pas dans les faits puisque, comme nous l’indiquions en préambule, des notifications allant dans ce sens ont déjà été faites à la CPU de Septembre. D’ailleurs, Jacques Attali note sans ambages que « le moment est particulièrement propice pour entreprendre ces réformes » (rapport Attali, p. 28). A l’heure actuelle, le plan U3M est d’ores et déjà en train de se mettre en place dans les universités (cf. les déclarations des conseils centraux de l’université Montpellier III). |
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