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Plan
U3M, un projet de privatisation de l'Université
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CHAPITRE
TROIS
Le démantèlement des diplômes |
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L’un des éléments importants du plan U3M est la réorganisation des cursus supérieurs avec pour dessein, à terme, de rapprocher les universités et les grandes écoles. En un mot : il s’agit bien moins pour Jacques Attali de démocratiser les grandes écoles que de limiter les universités à une élite. Dans le but d’œuvrer à ce rapprochement, le plan Université Troisième Millénaire prévoit une nouvelle licence à bac +3 (lorsque l’on connaît le taux d’échec en DEUG, qui ne dure que deux ans, on frissonne en imaginant le taux d’échec après trois…), une maîtrise à bac +5, un doctorat à bac +8 et le maintien des seuls diplômes professionnels à bac +2 et bac +4 constitueraient donc l’ossature de ce nouveau modèle européen d’enseignement supérieur avec une organisation des cursus partout semblable et un rapprochement avec le système américain (bachelor’s degree et master’s degree). Le plan Université Troisième Millénaire révise l’actuelle organisation des cycles d’études selon le modèle 3, 5 et 8 ans, correspondant à de nouveaux diplômes et des niveaux différents de sortie après le baccalauréat. Le premier cycle (le DEUG) serait ainsi allongé d’une année, à bac +3. Afin d’y ajouter une année d’étude générale, sans doute ? Bien sûr que non. Le but est d’y inclure « une formation professionnalisante du type «stages diplômants» bien plus utile que les enseignements généralement dispensés dans les DEUG classiques » (Le Monde, 5 avril 1998). La nouvelle formule avec une licence en trois ans qui déboucherait sur une maîtrise en cinq et un doctorat en huit, pose de graves problèmes de sélection. Lorsque l’on sait que près de 44 % des étudiants n’obtiennent pas leur DEUG et que sur ceux qui réussissent à le valider, seulement 23 % y arrivent en deux ans, on peut sérieusement s’inquiéter sur le nombre d’étudiants qui arriveront à décrocher leur licence version U3M ! C’est d’autant plus piquant à la vue de la commission Attali qui prétendait « lutter contre l’échec en 1er cycle universitaire » (Libération, 18 mars 1998). La Conférence des Présidents d’Universités du 20 septembre 1998 a annoncé « la disparition pour la rentrée 1999 des DEA et la mise en place du doctorat en 4 ans ». Le 2 octobre 1998, l’université Montpellier III a confirmé officiellement en Conseil d’administration qu’il faut désormais prévoir les diplômes en 3, 5, et 8 ans (licence, maîtrise, doctorat). Tout cela est réel : le DEUG et le DEA vont bel et bien disparaître de l’enseignement supérieur. Il faudra désormais suivre au moins 3 années d’études pour obtenir un diplôme. Quand on sait que près de 70 % des étudiants quittent l’Université sans avoir obtenu le DEUG, on n’ose imaginer le résultat de la suppression des cursus court. Dans l'objectif d'harmoniser les universités et les grandes écoles et afin de mettre « l'accent sur les meilleurs diplômes » (ce qui signifie qu'il existe de bons et de mauvais diplômes !), Jacques Attali proposait un nouveau découpage des cycles universitaires. Ainsi le premier niveau (le DEUG actuel) serait remplacé par une licence en trois ans qui devient un diplôme « à la fois général et professionnel ». Participeront à ce diplôme, « des professeurs associés issus du monde de l'entreprise », « des professeurs agrégés du secondaire » mais seuls « quelques cours magistraux mettront les étudiants (...) en contact avec des maîtres reconnus du champ disciplinaire ». La troisième année de licence sera « plus fortement marquée par une orientation professionnelle (...) avec notamment la possibilité d'un stage en entreprise » (rapport Attali, p. 34). Le premier niveau universitaire s'allonge donc d'un an et vise à faire rentrer des enseignants non-habilités dans le cadre universitaire. Bref, on nous propose une formation au rabais, dont les cours magistraux seront évacués au profit de la professionnalisation, voie royale pour apporter aux entreprises une main d'oeuvre bon marché ! Le deuxième niveau s'effectue en 5 ou 8 ans. En effet, à l'issue de sa licence, l'étudiant devra choisir entre une maîtrise (en 5 ans) ou en doctorat (8 ans). Si certaines maîtrises pourront permettre de poursuivre vers un doctorat, d'autres seront orientées vers le milieux professionnel et exigeront même pour certaines le passage de quelques années dans le monde de l'entreprise. Cette nouvelle maîtrise est allongée d'un an par rapport à celle que nous connaissons actuellement. En outre, elle comporte 6 mois de stage obligatoire (encore de la main d'oeuvre bon marché !). Le doctorat se préparera donc dès le sortie de la licence ce qui amène la disparition du DEA. A l'issue des deux premières années de doctorat, l'étudiant pourra passer les examens nécessaires à l'obtention de la maîtrise même si les enseignements qu'il a reçu sont forts différents de ceux de la maîtrise. En outre, « nul ne pourra obtenir un doctorat sans justifier d'au moins 6 mois d'études ou de recherche à l'étranger » (déclaration commune de la Conférence des Présidents d’Universités, 9 juillet). Remise en cause de la validité des diplômes Le gouvernement ne s’embarrasse pas des conventions collectives et de la notion de diplôme. Le rapport Attali indiquait sans ambages qu’ « aucun diplôme universitaire n’aura plus de légitimité permanente (…) [Il devra être] réactualisé par une pratique professionnelle (…) au sein de l’université. Les salariés devront être tenus de consacrer une partie de leur temps à une formation en permanence à l’université sur la base d’un projet professionnel établi avec l’employeur. Un séjour de quelques mois dans un établissement d’enseignement supérieur tous les dix ans devra devenir peu à peu la règle » (rapport Attali, p. 22-23). Le 9 juillet, le ministre signe officiellement avec la Conférence des Présidents d’Universités une déclaration commune où il indique qu’il faut « envisager la fin de la validité permanente des diplômes, destinée à permettre à tous de se former tout au long de la vie. » Numerus clausus « Dans le souci de créer une synergie avec le marché de l’emploi, [le ministre] souhaite une meilleure planification des formations afin d’éviter des pénuries de personnel dans certains secteurs et une surabondance dans d’autres » (dépêche Reuters, 15 septembre 1998); ce qui signifie la mise en place de numerus clausus, c’est-à-dire la remise en cause du libre choix de sa filière et le recrutement sur dossier, la fin de l’accès au savoir pour tous. Généralisation du télé-enseignement Pendant que les enseignants-chercheurs se battront pour développer les entreprises innovantes, le ministre va développer une méthode dont la qualité pédagogique ne fait pas de doute : « Bâtir des réseaux de fibres optiques pour le télé-enseignement deviendra au moins aussi important que de construire de nouveaux amphithéâtres qui pourraient devenir une notion dépassée » (Dépêche Reuters, ibid.). Plus de cours en amphis, des profs dans des télévisions ou sur Internet… Limitation des cursus et transformation des diplômes D’autres phrases apparaissent à plusieurs reprises dans le rapport sous une forme très énigmatique : « Pour que les mauvais diplômes ne chassent pas les bons, il faudra établir des critères de convergence et des procédures communes d’évaluation » (rapport Attali, p. 28). Qu’est-ce qu’un mauvais diplôme ? C’est simple ce sont « les diplômes qui n’ont qu’un rapport lointain avec les besoins économiques et le projet de développement de la nation » (rapport Attali, p. 38) : la philosophie, la sociologie… En revanche, le ministère va développer les « bons diplômes » : « On devra aller vers des cursus plus clairs, mettant l’accent sur les meilleurs diplômes et par ailleurs conformes à ce qui se dessine dans d’autres pays du continent. » (rapport Attali, p. 33). Ce qui se dessine dans les autres pays, c’est la disparition des enseignements non-rentables. Et les études vont devenir de gigantesques bourses aux stages en entreprise : « Le premier semestre de la nouvelle licence sera une véritable plate-forme d’orientation (…) Au terme de ce premier semestre, il y aura des enseignements spécialisés qui seront davantage centrés sur des objets concrets d’études, avec dans certains domaines un recours plus fréquent à des professeurs associés issus du monde de l’entreprise. » (rapport Attali, p. 34), « La troisième année sera plus fortement marquée par une orientation professionnelle généraliste ou technologique (avec notamment un stage en entreprise) » (rapport Attali, p. 35), « La nouvelle maîtrise sera préparée en deux ans (six mois d’études, six mois de stage et un an de recherche ou d’études complémentaire). » (rapport Attali, p. 36), « Le nouveau Doctorat comprendra des modules de langue et d'initiation à l’économie, en rapport avec un stage en entreprise d’un an » (Discours de Claude Allègre à la Conférence des Présidents d’Université du 20 Septembre). |
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