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Plan
U3M, un projet de privatisation de l'Université
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CHAPITRE
QUATRE
Comment l'Etat se désengage des facs |
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Le 15 septembre, dans le communiqué de presse du ministère de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, on lit : « Nous ne sommes plus dans une période où la démographie étudiante et lycéenne galopante exigeaient avant tout la construction de locaux ». Claude Allègre y résume le plan U3M en ces termes : « moins de béton et plus de matière grise ». De plus, on lit dans le communiqué de presse officiel intitulé Elaboration d’un schéma de services collectifs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (15 septembre 1998), qu’il faudra « éviter de développer ici ou là de nouvelles implantations universitaires ». C’est bien la preuve que la construction de locaux n’est franchement pas à l’ordre du jour des projets du ministère. Une agence d’évaluation des enseignants et des diplômes Si l’on veut rendre une université rentable économiquement, il faut mettre en place une instance chargée de sanctionner et de surveiller le contenu des diplômes et les enseignants (on retrouve l’idée énoncée dans les textes préparatoires à la réforme Bayrou): « L’évaluation sera la contrepartie naturelle de l’autonomie universitaire (…). Cette mission d’évaluation sera confiée à une Agence Supérieure d’Evaluation (ASE) (…) Les rapports d’évaluation, établis au terme d’une procédure contradictoire, seront immédiatement rendus publics. Chaque rapport aura des conséquences financières automatiques et immédiates sur le budget de l’établissement évalué. En cas extrême, un établissement d’enseignement supérieur pourra même se voir retirer sa qualification (…) L’ASE aura, in fine, son mot à dire sur la certification des diplômes » (rapport Attali, p. 31). Si l’université ne répond pas aux critères fixés par l’ASE on lui coupera les crédits (si l’université n’a plus l’aval ministériel, elle ne peut plus recevoir de dotations). Les enseignants seront également « évalués » et pourront même être « récompensés » (ah, le bon vieux principe du bâton et de la carotte !) : « L’évaluation des enseignants doit être repensée. Un contrat pédagogique, définissant le rôle de l’enseignement dans les innovations pédagogiques, l’encadrement pédagogique, le suivi de l’insertion, la lutte contre l’échec, pourra être passé entre l’enseignant et l’université. Sa réalisation déterminera l’attribution de certaines primes. » (rapport Attali, p. 31). Et sa non-réalisation ? Aux Etats-Unis, les enseignants qui ne répondent pas aux critères d’évaluation voient leur salaire décroître ou bien, dans les cas extrêmes, sont licenciés. Augmentation des frais d’inscription Le ministère de l’Education nationale aborde le sujet des frais d’inscription de façon très elliptique. Il sait fort bien que leur hausse est généralement l’élément déclenchant des mouvements étudiants. C’est la raison pour laquelle il indique que « alors que dans les universités, l’enseignement est pratiquement gratuit, il est payant dans certaines grandes écoles » (rapport Attali, p.12). Et comme il s’agit de faire converger les universités et les grandes écoles…personne n’ignore que dans ces dernières, les frais d’inscription s’élèvent jusqu’à 40 000 F par an. La hausse des frais d’inscription – dans des proportions considérables (£ 1 000 en Angleterre, + 300 % à l’université de Milan…) – est l’un des éléments communs des réformes qui sont à l’œuvre dans toute l’Union Européenne. Il poursuit en indiquant que « le défi de cette réforme [U3M] est d’harmoniser l’enseignement supérieur à l’échelle européenne (…) et de marcher sur les traces des Etats comme l’Angleterre ou l’Allemagne » (Le Parisien, 3 octobre). Ce sont précisément ces pays qui ont mis en place des réformes universitaires où les frais d’inscription ont été multipliés par dix, comme dans les universités londoniennes. Le 7 octobre, la Conférence des Présidents d’Universités indiquait qu’il « faudra envisager une participation accrue des étudiants au financement de leur université ». Une nouvelle carte universitaire Et voilà qu’on revoit pointer le nez des pôles d’excellence dont se gargarisait le plan Université 2000 de Lionel Jospin : « Dans une carte universitaire nouvelle, la France pourra être divisée en huit grandes «provinces» dans laquelle émergeront (…) quelques ensembles d’excellence que l’on nommera «pôles Universitaires Provinciaux» (PUP)» (rapport Attali, p.29). « Le but du plan U3M est de renforcer les moyens des « pôles d’excellence » existants en province. » (Déclaration officielle de Claude Allègre, dépêche Reuters, 15 septembre 1998). S’il y a des pôles d’excellence, il y a aussi des universités au rabais : c’est un pas de plus dans la remise en cause de l’égalité de tous face aux études. Accroissement des financements privés On connaît la situation du financement actuel des universités (25% par l’Etat, 35% par les Régions, 10% par les départements, 10% par les collectivités locales, 10 % par les étudiants et 10% par les entreprises : selon l’adage « à régions riches universités riches », « à régions pauvres universités pauvres »). Et comme de juste, « Le futur plan U3M, qui devrait s’étaler sur cinq ans, fera l’objet de négociations entre l’Etat et chaque région » (Dépêche Reuters, ibid.). Le projet Attali veut aller plus loin : « A cette fin, il faudra favoriser, par toutes les mesures fiscales, législatives et réglementaires appropriées, les financements privés de l'enseignement supérieur sans menacer en rien l'indépendance des universités et leur mission de service public. En particulier des entreprises devront être incitées à financer des bourses, des bibliothèques, des laboratoires, voire des cycles de formation, initiale autant que continue, dans des écoles et des universités. » (rapport Attali, p. 45) Dites, monsieur Attali, c'est quoi un service public financé par une entreprise privée ? Jacques Attali, n'étant pas à une contradiction près, nous assure que lorsque Coca Cola financera l'université il laissera les chercheurs travailler sur des thématiques fondamentales et l'université continuer à enseigner la philosophie et l'histoire de l'art ! Il va sans dire que les universités scientifiques, qui connaissent déjà dans leurs laboratoires la mainmise des entreprises privées (lobby pharmaceutiques, agro-alimentaire et médical) ne pourraient dire le contraire ! Nous ne parlerons pas des étudiants obligés de travailler sur des applications pratiques et surspécialisées parce qu'une grosse firme de produits chimiques tente de lancer un nouveau produit plus performant et plus cher ! Vous avez dit service public ? |
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