>
Procès MNEF : game over
Envie
d'y voir plus clair?
Retrouvez la chronologie complète
de l'affaire MNEF
|
La
nouvelle est tombée ce mercredi 7 novembre : Dominique
Strauss-Kahn, ex-ministre de l'économie et des finances,
n'est reconnu coupable de rien dans l'affaire de la MNEF (voir l'actualité
des semaines précédentes). Il était soupçonné
d'avoir frauduleusement perçu la somme de 603 000 F de la
part de la mutuelle étudiante, pour un prétendu travail
d'avocat-conseil. La justice basait ses doutes sur de mystérieuses
lettres antidatées censées justifier le travail de
DSK pour la mutuelle : ces lettres ont été antidatées,
c'est désormais certain, mais pour le tribunal il n'y a là
qu'une tentative de régularisation admnistrative, et pas
de fraude envers la Cour des comptes ou l'Inspection générale
des affaires sociales.
Cette relaxe n'est toutefois pas une surprise puisque le parquet
avait levé les accusations concernant DSK dès le 1er
octobre, jour de l'ouverture du procès. Non, le plus curieux
est que les cinq autres prévenus ont également été
blanchis ! Olivier Spithakis (ex-directeur général
de la MNEF), Philippe Plantagenest (ex-directeur de cabinet de Spithakis),
François Bernardini (ponte du PS), Alain Obadia et Wilson
Bihi-Zenou (hommes d'affaires). Autrement dit, il ne reste rien
de cette accusation... Mais la MNEF n'en a pas encore tout à
fait fini avec la justice : Olivier Spithakis reste mis en
examen dans une louche histoire d'emplois fictifs.
Reste un sentiment de frustration : nous avions souhaité
ici-même une justice implacable avec ceux qui utilisent à
leurs fins l'argent de la santé des étudiants et ce
procès ne semble pas avoir été la hauteur.
Mais plus grave encore, il n'en est rien sorti quant aux dérives
auxquelles s'est livrées la mutuelle : est-ce vraiment
le rôle d'un organisme gérant la sécurité
sociale et la mutuelle de centaines de milliers d'étudiants
de se plonger dans le monde du business, de vouloir faire des affaires ?
Il est compréhensible que la masse de pognon qui y circule
attire les requins ; mais ce n'est pas là le champ d'action
d'une mutuelle. Et il est fort probable que ça ne s'arrête
pas de sitôt : la MNEF est devenue LMDE, et l'Unef-ID
(qui dirigeait la mutuelle, véritable tremplin pour ses cadres)
est redevenue la grande UNEF, mais sous ce ravalement de façade,
les pratiques et mentalités sont rigoureusement les mêmes.
Le cirque a changé de nom, mais il est fort probable qu'il
donnera d'autres représentations. |
>Jussieu :
risques réels, réponses dérisoires
|
Le campus
de l'université de Jussieu, qui regroupe les facs Paris
VI et VII, ne fermera pas ses portes pour permettre une remise
aux normes de sécurité, comme le souhaitait le Comité
anti-amiante Jussieu (voire notre actu
précédente). Telle est la décision du
tribunal administratif de Paris, qui a rendu son verdict ce jeudi
8 novembre. Jugement totalement insuffisant ; si le tribunal
a bien reconnu les risques que présentait le campus, en
matière d'incendie essentiellement, il n'a trouvé
de meilleure solution que de donner six mois au préfet
pour convoquer la commission de sécurité, afin de
savoir s'il faut fermer le site. Six mois au-delà desquels
il faudra songer éventuellement à peut-être,
pourquoi pas, entamer les travaux de sécurisation. On croit
rêver ! Six mois pendant lesquels il ne se passera
rien, six mois pendant lesquels les étudiants et personnels
pourront risquer leur peau quotidiennement, six mois de trop.
D'un autre côté, on ne s'attendait pas vraiment à
ce que la justice ordonne la fermeture du site : cette solution-là
aurait coûté bien plus cher, et aurait provoqué
un bien beau bordel, ce qui se serait révélé
embarrassant pour les autorités universitaires... et le
gouvernement à quelques mois des élections.
Dégouté, le plaignant Michel Parigot, président
du Comité anti-amiante Jussieu, s'exprimait en ces
termes : "Le tribunal a essayé de trouver une solution
alternative en donnant au préfet un délai de six mois. Mais au
regard des carences constatées sur la sécurité, il semble que
s'il s'était agi de n'importe quel bâtiment autre que Jussieu,
le tribunal aurait décidé de fermer" . Mais soyons optimistes :
la fin des travaux de désamiantage est prévue pour...
2007, et la fin des travaux de remise aux normes pour... 2009
!
|
> Le Mirail : les coulisses de l'esbroufe

Rémy Pech et son "ami
de 30 ans". |
Ce coup-ci,
c'est sûr (ou presque) : l'UTM (Université de Toulouse
le Mirail) rouvrira ses portes aux étudiants ce lundi 19
novembre. Le président de la fac Rémy Pech, dont
on a déjà évoqué la tendance à
faire dans le gaullien de bas étage, n'en peut plus de
parader, se posant en véritable justicier, sauveur de la
fac de lettres et de l'étudiant éploré. Il
pose ainsi triomphalement à la une de l'hebdomadaire local
Tout Toulouse du 7 novembre, avec ce titre : "Réouverture
de l'universté du Mirail, les coulisses de l'exploit".
En toute modestie.
On apprend dans l'article en pages intérieurs que le président
dormait dans son bureau, "peut-être pour faire corps
avec cette université qui m'a tant apportée",
dixit notre héros. Et surtout que Pech est un "ami
de 30 ans" de Jospin (ça ne s'invente pas), ce
qui aurait accéléré le déblocage de
157 millions de francs de fonds d'urgence pour la fac. Voilà
maintenant qu'il faut avoir un pote au gouvernement pour sauver
une université publique de plus de 27.000 étudiants
(un chiffre en augmentation constante) ! On ose espérer
un peu naïvement qu'ami ou pas, le gouvernement aurait tout
fait pour résoudre le problème...
Heureusement, d'autres journaux toulousains ont un peu plus les
pieds sur terre. Ainsi, Satiricon, le Canard Enchaîné
local, fait un petit résumé salutaire de la
situation dans son dernier numéro : "L'Université
du Mirail ne profitera pas de l'aubaine pour faire du passé
table rase (...) La bâtisse, dont on se demandait avant
le sinistre si elle méritait d'être sauvée,
devrait rouvrir sans tarder. Alors que les plus optimistes la
donnaient bouclée pour raisons de sécurité
jusqu'en janvier. Une auto-réparation spontanée
qui ne doit rien au socialisme de Rémy Pech, le patron
de la fac".
Voilà qui rejoint tout ce que nous avons pu écrire
ici... et qui ne cesse d'inquiéter. L'article de Tout
Toulouse confirme d'ailleurs involontairement nos interrogations
en soulignant, photos à l'appui, que l'UTM a été
très durement touchée par l'explosion de l'usine
AZF. Et en indiquant qu'il faudra "vivre désormais
avec quelques béquilles (!) qu'elle devra garder
jusqu'en 2010 (!!)". Ben voyons !
C'est dire si les sujets de préoccupations restent nombreux
à quelques jours de cette rentrée pas comme les
autres.
La sécurité sera-t-elle vraiment assurée
alors que des milliers de personnes (étudiants, enseignants,
personnels IATOSS...) vont envahir chaque jour des bâtiments
durement amochés et pourtant réparés en un
éclair ?
Comment tous les étudiants vont être accueillis alors
que cette réouverture en grande pompe de l'université
se réduit en fait à une réouverture d'une
partie seulement de la zone dite Candilis de la fac (la
partie la plus vieille du campus, soit dit en passant) ?
Les préfabriqués (plus de 6500 m2 en tout), installés
notamment sur un parking déjà saturé l'an
passé, suffiront-ils à compenser la perte de nombreux
bâtiments (Maison de la recherche, UFR d'histoire...) ?
La fac a d'ailleurs prévu de donner la priorité
aux DEUG et Licence. Pour les autres, quelles solutions ?
Peut-on vraiment demander à des personnes vivant sur Toulouse
d'aller suivre leurs cours dans des antennes assez éloignées
(Albi, Rodez...), solution d'urgence adoptée jusqu'à
présent pour quelques cas ?
c'est dire si lundi prochain, rien ne sera complètement
réglé. Il est évident que les conditions
d'étude seront encore plus catastrophiques que les années
précédentes. Et la faute n'en incombe pas tant à
ceux qui se sont battus pour rouvrir l'UTM cette année
qu'aux autorités qui ont laissé pourrir une situation
qui ne pouvait conduire qu'au désastre. Plus que jamais,
nos revendications (affirmées bien avant l'explosion d'AZF)
restent valables : nous continuons d'exiger la reconstruction
de l'université de lettres et de sciences humaines sur
un autre site, en respectant des normes drastiques de sécurité
pour assurer la fiabilité des nouveaux bâtiments.
Luttes Etudiantes
continuera à vous tenir informé de l'actu du Mirail.
En attendant, pour mieux comprendre la situation, retrouvez tous
nos articles sur l'UTM depuis le 21 septembre.
|
>
Ecoles Diwan : publiques
mais pas laïques ?
|
Les écoles
Diwan, privées, qui totalisent près de deux mille
élèves scolarisés, ont la particularité
de pratiquer l'apprentissage d'une langue régionale (en
l'occurrence le breton) par immersion, c'est-à-dire en
la parlant à tout bout de champ, depuis le cours de maths
jusqu'à la cour de récréation. Il
y a cinq mois, l'Education nationale s'engageait à intégrer
les écoles bretonnes Diwan au service public.
La FCPE
(parents d'élèves), la Fédération des délégués départementaux
de l'éducation nationale, la Ligue de l'enseignement, les syndicats
d'enseignants SE-UNSA et SNES-FSU, organisations revendiquant
une certaine laïcité de l'enseignement, se satisfont
donc de la décision du Conseil d'Etat, survenue le 30 octobre,
de suspendre l'intégration des écoles Diwan au service
public. Le CNAL (Comité Nationale d'Action Laïque),
qui regroupe ces différentes organisations et qui est à
l'origine du recours déposé au conseil d'Etat, craint
aussi que "l'immersion relègue le français, langue de la République
et de la Constitution, au rang de seconde langue", mais ne
serait pas contre un enseignement à parité avec
le français. Actuellement, les écoles bilingues
en France ont soit un statut d'écoles privées sous
contrat, comme les ikastolas basques, soit un statut public, comme
les calendrettes occitanes, pour lesquelles le CNAL n'avait pas
déposé de recours, "parce que cela s'est
fait de façon insidieuse" selon lui.
Cette décision du Conseil d'Etat n'est en fait satisfaisante
pour personne. Ni bien sûr pour les partisans de Diwan,
qui furent 5000 à manifester à Quimper pour défendre
l'intégration des écoles Diwan à l'Education
nationale. Ni pour le CNAL et ses alliés puisque pour l'instant,
il s'agit d'une mesure d'urgence pour bloquer le processus d'intégration
au statut de service public ; ce n'est pas encore un rejet
fondamental, la question du fond n'ayant pas été
véritablement abordée. D'ailleurs, Jack Lang ne
renie pas ses projets : "cela ne change rien à ma conviction
de fond. Et s'il y a un obstacle juridique, on le surmontera."
Soyons honnêtes, ça sent un peu la magouille pré-électorale.
Car les bretons, ça vote aussi... Lang en remet une couche
: "J'explore, avec Diwan, les voies de droit qui permettront
de trouver une solution. En attendant les postes prévus
sont maintenus. Les crédits ont été débloqués
hier par les députés dans le cadre du budget 2002."
C'est vrai qu'à partir du moment où y'a le pognon...
N'empêche que le débat est réel.
|
|