Jeudi 15 novembre 2001
> Procès MNEF : game over >Jussieu : risques réels, réponses dérisoires > Le Mirail : les coulisses de l'esbroufe > Ecoles Diwan : publiques mais pas laïques ?

> Procès MNEF : game over



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de l'affaire MNEF 

La nouvelle est tombée ce mercredi 7 novembre  : Dominique Strauss-Kahn, ex-ministre de l'économie et des finances, n'est reconnu coupable de rien dans l'affaire de la MNEF (voir l'actualité des semaines précédentes). Il était soupçonné d'avoir frauduleusement perçu la somme de 603 000 F de la part de la mutuelle étudiante, pour un prétendu travail d'avocat-conseil. La justice basait ses doutes sur de mystérieuses lettres antidatées censées justifier le travail de DSK pour la mutuelle : ces lettres ont été antidatées, c'est désormais certain, mais pour le tribunal il n'y a là qu'une tentative de régularisation admnistrative, et pas de fraude envers la Cour des comptes ou l'Inspection générale des affaires sociales.
Cette relaxe n'est toutefois pas une surprise puisque le parquet avait levé les accusations concernant DSK dès le 1er octobre, jour de l'ouverture du procès. Non, le plus curieux est que les cinq autres prévenus ont également été blanchis ! Olivier Spithakis (ex-directeur général de la MNEF), Philippe Plantagenest (ex-directeur de cabinet de Spithakis), François Bernardini (ponte du PS), Alain Obadia et Wilson Bihi-Zenou (hommes d'affaires). Autrement dit, il ne reste rien de cette accusation... Mais la MNEF n'en a pas encore tout à fait fini avec la justice : Olivier Spithakis reste mis en examen dans une louche histoire d'emplois fictifs.
Reste un sentiment de frustration : nous avions souhaité ici-même une justice implacable avec ceux qui utilisent à leurs fins l'argent de la santé des étudiants et ce procès ne semble pas avoir été la hauteur. Mais plus grave encore, il n'en est rien sorti quant aux dérives auxquelles s'est livrées la mutuelle : est-ce vraiment le rôle d'un organisme gérant la sécurité sociale et la mutuelle de centaines de milliers d'étudiants de se plonger dans le monde du business, de vouloir faire des affaires ? Il est compréhensible que la masse de pognon qui y circule attire les requins ; mais ce n'est pas là le champ d'action d'une mutuelle. Et il est fort probable que ça ne s'arrête pas de sitôt : la MNEF est devenue LMDE, et l'Unef-ID (qui dirigeait la mutuelle, véritable tremplin pour ses cadres) est redevenue la grande UNEF, mais sous ce ravalement de façade, les pratiques et mentalités sont rigoureusement les mêmes. Le cirque a changé de nom, mais il est fort probable qu'il donnera d'autres représentations.
>Jussieu : risques réels, réponses dérisoires

Le campus de l'université de Jussieu, qui regroupe les facs Paris VI et VII, ne fermera pas ses portes pour permettre une remise aux normes de sécurité, comme le souhaitait le Comité anti-amiante Jussieu (voire notre actu précédente). Telle est la décision du tribunal administratif de Paris, qui a rendu son verdict ce jeudi 8 novembre. Jugement totalement insuffisant ; si le tribunal a bien reconnu les risques que présentait le campus, en matière d'incendie essentiellement, il n'a trouvé de meilleure solution que de donner six mois au préfet pour convoquer la commission de sécurité, afin de savoir s'il faut fermer le site. Six mois au-delà desquels il faudra songer éventuellement à peut-être, pourquoi pas, entamer les travaux de sécurisation. On croit rêver ! Six mois pendant lesquels il ne se passera rien, six mois pendant lesquels les étudiants et personnels pourront risquer leur peau quotidiennement, six mois de trop.
D'un autre côté, on ne s'attendait pas vraiment à ce que la justice ordonne la fermeture du site : cette solution-là aurait coûté bien plus cher, et aurait provoqué un bien beau bordel, ce qui se serait révélé embarrassant pour les autorités universitaires... et le gouvernement à quelques mois des élections.
Dégouté, le plaignant Michel Parigot, président du Comité anti-amiante Jussieu, s'exprimait en ces termes : "Le tribunal a essayé de trouver une solution alternative en donnant au préfet un délai de six mois. Mais au regard des carences constatées sur la sécurité, il semble que s'il s'était agi de n'importe quel bâtiment autre que Jussieu, le tribunal aurait décidé de fermer" . Mais soyons optimistes : la fin des travaux de désamiantage est prévue pour... 2007, et la fin des travaux de remise aux normes pour... 2009 !

> Le Mirail : les coulisses de l'esbroufe



Rémy Pech et son "ami de 30 ans".

Ce coup-ci, c'est sûr (ou presque) : l'UTM (Université de Toulouse le Mirail) rouvrira ses portes aux étudiants ce lundi 19 novembre. Le président de la fac Rémy Pech, dont on a déjà évoqué la tendance à faire dans le gaullien de bas étage, n'en peut plus de parader, se posant en véritable justicier, sauveur de la fac de lettres et de l'étudiant éploré. Il pose ainsi triomphalement à la une de l'hebdomadaire local Tout Toulouse du 7 novembre, avec ce titre : "Réouverture de l'universté du Mirail, les coulisses de l'exploit". En toute modestie.
On apprend dans l'article en pages intérieurs que le président dormait dans son bureau, "peut-être pour faire corps avec cette université qui m'a tant apportée", dixit notre héros. Et surtout que Pech est un "ami de 30 ans" de Jospin (ça ne s'invente pas), ce qui aurait accéléré le déblocage de 157 millions de francs de fonds d'urgence pour la fac. Voilà maintenant qu'il faut avoir un pote au gouvernement pour sauver une université publique de plus de 27.000 étudiants (un chiffre en augmentation constante) ! On ose espérer un peu naïvement qu'ami ou pas, le gouvernement aurait tout fait pour résoudre le problème...
Heureusement, d'autres journaux toulousains ont un peu plus les pieds sur terre. Ainsi, Satiricon, le Canard Enchaîné local, fait un petit résumé salutaire de la situation dans son dernier numéro : "L'Université du Mirail ne profitera pas de l'aubaine pour faire du passé table rase (...) La bâtisse, dont on se demandait avant le sinistre si elle méritait d'être sauvée, devrait rouvrir sans tarder. Alors que les plus optimistes la donnaient bouclée pour raisons de sécurité jusqu'en janvier. Une auto-réparation spontanée qui ne doit rien au socialisme de Rémy Pech, le patron de la fac".
Voilà qui rejoint tout ce que nous avons pu écrire ici... et qui ne cesse d'inquiéter. L'article de Tout Toulouse confirme d'ailleurs involontairement nos interrogations en soulignant, photos à l'appui, que l'UTM a été très durement touchée par l'explosion de l'usine AZF. Et en indiquant qu'il faudra "vivre désormais avec quelques béquilles (!) qu'elle devra garder jusqu'en 2010 (!!)". Ben voyons !
C'est dire si les sujets de préoccupations restent nombreux à quelques jours de cette rentrée pas comme les autres.
La sécurité sera-t-elle vraiment assurée alors que des milliers de personnes (étudiants, enseignants, personnels IATOSS...) vont envahir chaque jour des bâtiments durement amochés et pourtant réparés en un éclair ?
Comment tous les étudiants vont être accueillis alors que cette réouverture en grande pompe de l'université se réduit en fait à une réouverture d'une partie seulement de la zone dite Candilis de la fac (la partie la plus vieille du campus, soit dit en passant) ?
Les préfabriqués (plus de 6500 m2 en tout), installés notamment sur un parking déjà saturé l'an passé, suffiront-ils à compenser la perte de nombreux bâtiments (Maison de la recherche, UFR d'histoire...) ? La fac a d'ailleurs prévu de donner la priorité aux DEUG et Licence. Pour les autres, quelles solutions ? Peut-on vraiment demander à des personnes vivant sur Toulouse d'aller suivre leurs cours dans des antennes assez éloignées (Albi, Rodez...), solution d'urgence adoptée jusqu'à présent pour quelques cas ?
c'est dire si lundi prochain, rien ne sera complètement réglé. Il est évident que les conditions d'étude seront encore plus catastrophiques que les années précédentes. Et la faute n'en incombe pas tant à ceux qui se sont battus pour rouvrir l'UTM cette année qu'aux autorités qui ont laissé pourrir une situation qui ne pouvait conduire qu'au désastre. Plus que jamais,
nos revendications (affirmées bien avant l'explosion d'AZF) restent valables : nous continuons d'exiger la reconstruction de l'université de lettres et de sciences humaines sur un autre site, en respectant des normes drastiques de sécurité pour assurer la fiabilité des nouveaux bâtiments.

Luttes Etudiantes
continuera à vous tenir informé de l'actu du Mirail. En attendant, pour mieux comprendre la situation, retrouvez tous nos articles sur l'UTM depuis le 21 septembre.

> Ecoles Diwan : publiques mais pas laïques ?

Les écoles Diwan, privées, qui totalisent près de deux mille élèves scolarisés, ont la particularité de pratiquer l'apprentissage d'une langue régionale (en l'occurrence le breton) par immersion, c'est-à-dire en la parlant à tout bout de champ, depuis le cours de maths jusqu'à la cour de récréation. Il y a cinq mois, l'Education nationale s'engageait à intégrer les écoles bretonnes Diwan au service public.
La FCPE (parents d'élèves), la Fédération des délégués départementaux de l'éducation nationale, la Ligue de l'enseignement, les syndicats d'enseignants SE-UNSA et SNES-FSU, organisations revendiquant une certaine laïcité de l'enseignement, se satisfont donc de la décision du Conseil d'Etat, survenue le 30 octobre, de suspendre l'intégration des écoles Diwan au service public. Le CNAL (Comité Nationale d'Action Laïque), qui regroupe ces différentes organisations et qui est à l'origine du recours déposé au conseil d'Etat, craint aussi que "l'immersion relègue le français, langue de la République et de la Constitution, au rang de seconde langue", mais ne serait pas contre un enseignement à parité avec le français. Actuellement, les écoles bilingues en France ont soit un statut d'écoles privées sous contrat, comme les ikastolas basques, soit un statut public, comme les calendrettes occitanes, pour lesquelles le CNAL n'avait pas déposé de recours, "parce que cela s'est fait de façon insidieuse" selon lui.
Cette décision du Conseil d'Etat n'est en fait satisfaisante pour personne. Ni bien sûr pour les partisans de Diwan, qui furent 5000 à manifester à Quimper pour défendre l'intégration des écoles Diwan à l'Education nationale. Ni pour le CNAL et ses alliés puisque pour l'instant, il s'agit d'une mesure d'urgence pour bloquer le processus d'intégration au statut de service public ; ce n'est pas encore un rejet fondamental, la question du fond n'ayant pas été véritablement abordée. D'ailleurs, Jack Lang ne renie pas ses projets : "cela ne change rien à ma conviction de fond. Et s'il y a un obstacle juridique, on le surmontera." Soyons honnêtes, ça sent un peu la magouille pré-électorale. Car les bretons, ça vote aussi... Lang en remet une couche : "J'explore, avec Diwan, les voies de droit qui permettront de trouver une solution. En attendant les postes prévus sont maintenus. Les crédits ont été débloqués hier par les députés dans le cadre du budget 2002."
C'est vrai qu'à partir du moment où y'a le pognon... N'empêche que le débat est réel.

 
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