Octobre 2000
Discours du ministre Jack Lang sur la rentrée universitaire 2000
 
Assurer la modernisation et le rayonnement de notre système d’enseignement supérieur


La licence professionnelle

Par leurs déclarations de la Sorbonne (25 mai 1998) et de Bologne (19 juin 1999), les ministres européens de l’éducation ont décidé de construire l’espace européen de l’enseignement supérieur en adoptant notamment une architecture commune de référence pour les formations et les diplômes.
Cette architecture commune est fondée essentiellement sur deux cursus : le cursus pré-licence —la licence professionnelle- et le cursus post-licence —le mastaire.

Les caractéristiques
Les 195 licences ouvertes à la rentrée 2000 accueilleront environ 4 000 à 5 000 étudiants.

La licence professionnelle est un diplôme de type nouveau
L’originalité de ce diplôme réside dans son mode d’élaboration fondé sur le partenariat. Fédérés par les universités en partenariat avec les entreprises ou les branches professionnelles, les projets son pluridisciplinaires, multiinstitutionnels ou interministériels. Toutes les composantes de l’enseignement supérieur ont participé à cet élan : les universités, les écoles d’ingénieurs, les instituts universitaires de technologie (IUT), les sections de techniciens supérieurs (STS).
La licence professionnelle se justifie par l’émergence de nouveaux métiers, de nouveaux domaines de qualification, de nouveaux emplois intermédiaires entre techniciens supérieurs et ingénieurs ou cadres supérieurs, qui exigent des capacités plus transversales, favorisant l’adaptabilité. Ainsi, le cursus de formation de la licence professionnelle se distingue de celui de la licence “ classique ” ou des formations professionnalisées IUT-STS.
La licence professionnelle accueille des publics diversifiés. En formation initiale, le cursus est ouvert aux titulaires de DEUG et aux diplômés des formations professionnalisées en deux ans (DUT, BTS…). En formation continue elle recourt largement à la validation des acquis, notamment de l’expérience professionnelle. Elle offre ainsi aux techniciens en situation d’activité professionnelle la possibilité d’obtenir un niveau supérieur de qualification et un développement de leur parcours professionnel.

Le bilan 2000
Elles couvrent une large palette de secteurs professionnels du domaine de la production agricole ou industrielle, du secteur tertiaire (gestion, commerce) ou du “ tiers secteur ” (carrières sanitaires et sociales, métiers culturels, animation sportive et de loisirs, hôtellerie, tourisme…). Sont tout particulièrement concernés des secteurs qui connaissent actuellement des difficultés de recrutement ; on notera par exemple, la grande distribution, l’informatique, les métiers de la banque et de l’assurance, la logistique et les transports.
Nombre de licences professionnelles formeront également aux métiers dits “ en émergence ” : commerce électronique et télé-services, multimedia et réseaux, nouveaux matériaux, nouveaux services à la collectivité (métiers de la ville, environnement, gestion de l’eau et des déchets, sécurité alimentaire, sauvegarde du patrimoine…) ou aux personnes (métier du monde associatif, du développement social …).
La licence professionnelle a également permis de mobiliser, autour de l’université, les divers partenaires du monde éducatif. La moitié des licences professionnelles prennent appui sur les compétences développées dans les formations courtes professionnalisées : en IUT (90) et en lycée (STS-25). Des accords ont été également conclus entre universités et écoles ou instituts d’enseignement supérieur. Au sein des universités, si les composantes scientifiques et les IUT sont largement présentes (60 %), l’engagement du secteur droit-économie-gestion et du secteur des disciplines littéraires, des sciences humaines ou sociales sont également significatives (40 %).
Les licences professionnelles ouvertes couvrent l’ensemble des académies, y compris l’Outre-Mer. En métropole, le nombre d'ouvertures par académie est compris entre 2 et 12. Par établissement, le nombre de licences est de 1 à 6.
Accompagnement au démarrage : 80 KF par licence professionnelle habilitée. Il est important que ces crédits soient effectivement consacrés au suivi de la mise en place du diplôme. Le comité de suivi prévu par l’arrêté créant les licences professionnelles sera installé au cours du premier semestre 2000-2001. Il s’appuiera sur une composition tripartite : représentation des organisations d’employeurs et, à parité, des organisations syndicales de salariés, représentants des organisations syndicales de personnels et d’étudiants membres du CNESER, représentants des établissements d’enseignement, auxquelles seront associées des personnalités qualifiées. Il sera chargé d’établir un bilan de la mise en place des licences professionnelles et de proposer toute mesure visant à renforcer l’efficacité du dispositif. En particulier, il aura mission d’étudier la liste des dénominations nationales des licences professionnelles.
Devant le succès de la campagne 2000, les futures campagnes de créations de licences professionnelles seront de grande ampleur, renforçant l’attractivité des universités et leur développement. Dans ce contexte, l’offre de formation universitaire est appelée à croître et à se déployer sur de nombreux champs diversifiés et à accueillir de nouveaux publics. Il importe donc d’organiser le dispositif de la façon la plus efficace et de le rendre clair pour les étudiants et pour les professions, la mission du comité de suivi sera donc essentielle dans ce contexte.

Campagne 2001
L’appel de dossiers d’habilitation pour les établissements en contrat (circulaire du 27 juillet 2000) a déjà été lancé, et mis sur le réseau. Les projets sont attendus pour le 31 octobre 2000.
En ce qui concerne les établissements hors contrat, qui peuvent eux aussi, conformément au plan de développement de 3 ans prévu par l’arrêté relatif à la licence professionnelle, présenter des projets, la circulaire sera lancée d’ici la fin septembre et les dossiers seront attendus pour le 05 décembre 2000. Ils seront analysés comme l’an dernier par la commission d’expertise prévue à cet effet.

Les deug scientifiques

La baisse des effectifs dans les filières universitaires scientifiques est un phénomène complexe qui peut être mieux approché en examinant à la fois les évolutions du vivier des candidats concernés et celle des formations concurrentes.
A la rentrée 1999, 106 835 étudiants étaient inscrits en Deug sciences et technologies soit 6 685 étudiants de moins qu’en 1998. La diminution des flux d’entrée en Deug sciences provient d’une part de la diminution du nombre de bacheliers, malgré une nette augmentation du taux de réussite au baccalauréat général série S à la session 2000 et d'autre part de leur moindre propension à s’orienter vers l’université. En effet, l’orientation des bacheliers scientifiques ne se fait plus en priorité vers les Deug scientifiques. Les classes préparatoires (CPGE), les filières courtes (STS, IUT), les écoles d’ingénieurs et les filières longues, telles que la médecine, voire le droit, sont privilégiées par ces bacheliers.

Rénover, innover
Face à la baisse du flux des entrants et aux taux d’échec relativement élevés dans les filières scientifiques, le ministère de l’Education nationale a initié dès 1998, à titre expérimental dans six universités, Bordeaux 1, Grenoble 1, Lille 1, Littoral, Montpellier 2 et Paris 11, la rénovation de leurs Deug scientifiques. Ces universités ont mis en lumière la volonté commune de prendre en compte l’hétérogénéité des étudiants et d’adapter les modalités d’enseignement et les méthodes pédagogiques. L’accent est porté sur le travail en “ petite classe ” et sur le recours aux technologies multimédia. Un soutien financier spécifique a été apporté à ces universités volontaires.

Un premier bilan positif
Un premier bilan a été dressé permettant de constater que les rénovations entreprises sont aussi bien structurelles que pédagogiques, les taux d'abandon en cours de première année sont en régression et les taux d'absentéisme aux examens en diminution, les équipes pédagogiques se sont regroupées autour de projets communs. Il semble bien qu’une véritable prise de conscience soit en train de s’opérer sur la nécessité d’améliorer l’image et les résultats de la filière pour en renforcer l’attractivité. Ce mouvement de rénovation des Deug scientifiques engagé depuis deux ans sera encouragé et amplifié, notamment en soutenant les projets les plus intéressants dans le cadre de la politique contractuelle.
Les campagnes d’habilitation 1999 et 2000 ont fourni l’opportunité d’examiner les maquettes des Deug scientifiques élaborées par les universités en phase contractuelle. L’expertise de ces maquettes a permis de constater que l’organisation des formations présentées a été le plus souvent rénovée dans une optique d’amélioration des pratiques et de diversification des moyens d’enseignement dans les Deug scientifiques.

Les schémas académiques post-bac
La mise en place dans chaque académie d’un schéma de formation postbaccalauréat devrait également faciliter et aider à l’amélioration de l’orientation des étudiants dans les différentes formations postbaccalauréat.
Dans le cadre de cette mise en place, le ministère de l’éducation nationale a fait du développement des Deug scientifiques une priorité nationale que les académies doivent impérativement intégrer dans les axes de leur schéma postbaccalauréat.

Les études médicales

Actuellement, les étudiants en fin de deuxième cycle des études médicales (DCEM 2, 3 et 4) accumulent, sans mise en perspective, des connaissances trop spécialisées, jugées excessives et inappropriées. Il est avéré que les 2/3 d’entre eux s’entraînent exclusivement en vue du concours de l’internat qui n’est pas en soi à l’abri de critiques.
Dès lors, la réforme qui se met en place est très attendue. Sa mise en place est fixée à la rentrée universitaire 2001-2002. Celle du nouveau concours de l’internat en 2004. Cela implique un nouveau programme d’enseignement et de nouvelles méthodes d’évaluation. Le nouveau programme, élaboré par la commission pédagogique nationale des études de médecine (CPNEM), fait l’objet d’un arrêté qui doit paraître très prochainement. La CPNEM, à partir du programme publié, doit, d’ici juin 2001, définir des objectifs pédagogiques précis. Les méthodes d’évaluation du nouveau concours de l’internat, en cours d’élaboration, doivent permettre d’apprécier les connaissances mais aussi les capacités de raisonnement des candidats. Elles seront fondées sur l’analyse argumentée essentiellement de cas cliniques mais aussi d’articles médicaux. Le conseil scientifique de médecine du centre national des concours d’internat fera très prochainement les premières propositions qui seront soigneusement testées avant d’être acceptées. Le troisième cycle de spécialité, à partir de 2004, sera profondément modifié par la loi attendue (début 2001) qui reconnaît à la médecine générale le même régime d’études que la médecine de spécialité. Dès à présent, la délégalisation de la durée des études du troisième cycle permettra d’allonger de 2 ans _ à 3 ans la formation en médecine générale. Cette modification dans la durée est subordonnée à l’établissement d’une maquette pédagogique de six semestres, en cours d’élaboration pour la fin de l’année 2000, au plus tard.

L’enseignement de la philosophie des sciences

En février 1999, une mission a été confiée à Dominique Lecourt, professeur à l’université Paris 7 — Denis Diderot, afin de définir les voies et moyens permettant de développer l’enseignement de la philosophie des sciences aux étudiants des disciplines scientifiques et médicales.
Sur la base de ses conclusions, un appel à projets a été diffusé auprès des universités en mai 2000. Trente-sept dossiers ont été soumis, témoignant ainsi d’une forte mobilisation et d’une incontestable attente des universités. Une commission réunissant, autour de Dominique Lecourt, de hautes personnalités a examiné les propositions et retenu comme principal critère le caractère fédérateur des projets associant UFR scientifiques, médicales et technologiques d’une part, UFR de philosophie et de sciences humaines d’autre part. Au total, cinq emplois de maître de conférences avaient été réservés pour l’appel à projets. A qualité équivalente, la commission a retenu les propositions des universités pour lesquelles l’attribution d’un emploi apparaissait, compte tenu de leur dotation globale, comme la plus efficiente. Ainsi ont finalement été sélectionnés en 2000 les projets des universités de Bordeaux I, Dijon, Nantes, Strasbourg I et Versailles-Saint-Quentin.
L’opération devrait être renouvelée les années prochaines afin de consolider l’action dans la durée nécessaire et de l’inscrire dans le projet de création d’un centre national de philosophie et d’histoire des sciences. Le succès de la démarche engagée atteste de l’adhésion profonde aux deux objectifs poursuivis : développer l’esprit critique et inventif des étudiants des disciplines scientifiques dans un monde où la science occupe une place intellectuelle et sociale sans pareil ; renouer avec la tradition des “ Lumières ”, celle d’une philosophie vivante qui contribue à ce que l’accroissement des connaissances conduise à une plus grande liberté.

 
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