II
- LES MISSIONS ET L’ORGANISATION DES ETABLISSEMENTS
Des premières comme
de la seconde l’image paraît aujourd’hui “ brouillée ”, car le schéma
traditionnel s’est progressivement estompé sans qu’un autre, mieux adapté
aux réalités d’aujourd’hui, s’y soit véritablement substitué. Le temps
n’est plus où les professeurs enseignaient isolément des disciplines
peu nombreuses dans des classes composées d’élèves peu différenciés
: les actions pédagogiques transverses, les groupes de langue ou de
besoins, les options multiples ont fait éclater le cloisonnement des
divisions et donné à la confection des emplois du temps des allures
de casse-tête ; aux disciplines anciennes se sont ajoutés des enseignements
que l’Ecole d’hier n’imaginait pas avoir à dispenser, comme la prévention
des toxicomanies ou la sécurité routière ; les réformes successives
(cycles, modules, classes de consolidation, spécialités...) engendrent
des incertitudes, et la diversité de la population scolaire oblige à
des adaptations qui ne vont pas toujours sans difficultés. Et pourtant,
on continue à raisonner comme si tous les établissements étaient en
mesure de faire face aux multiples priorités, simultanées ou successives,
qui leur sont imposées, et surtout comme s’ils étaient tous équivalents.
Hormis le cas particulier des ZEP, la réglementation est identique pour
l’ensemble des “ EPLE ”, qu’ils aient 70 ou 2000 élèves, qu’ils desservent
majoritairement des milieux aisés ou défavorisés, qu’ils soient situés
au coeur d’une grande ville ou isolés en zone rurale. Considérer comme
homogène la “ catégorie ” des EPLE en leur imposant des contraintes
et une organisation analogue n’a plus grand sens : ils peuvent être
aussi dissemblables que le sont les élèves, et l’égalisation des chances
entre ceux-ci comme l’égalité républicaine entre unités administratives
composant un même service public justifieraient plutôt de substituer
à cette uniformité artificielle une différenciation raisonnée, établie
en fonction d’objectifs communs. Bien entendu, les grands principes
du service public et les obligations générales d’éducation doivent valoir
pour tous les établissements, car il faut que tous les élèves puissent
en bénéficier ; mais l’organisation du réseau devrait être revue pour
que ces missions soient plus efficacement accomplies.
1 - Les missions
de l’établissement
Elles découlent des missions assignées à l’Ecole, que définit ainsi
l’article 1er de la loi d’orientation du 10 juillet 1989 : “ Le droit
à l’éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer
sa personnalité, d’élever son niveau de formation initiale et continue,
de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle, d’exercer sa citoyenneté ”.
On peut les regrouper sous trois rubriques, qui ne sont simples qu’en
apparence ; il ne s’agit pas ici de les détailler, mais simplement de
faire apparaître les conséquences qu’elles emportent sur le fonctionnement
et l’organisation des établissements.
1.1 - La formation
L’établissement est le lieu où se transmettent et s’approprient les
connaissances, mais les offres de connaissances qui émanent des établissements
ne sont pas toujours analogues : dans tel collège l’éducation musicale
fait défaut, tel autre ne propose qu’une seule LV 1 (bien évidemment
l’anglais), des lycées se spécialisent dans l’apprentissage - coûteux
- de langues rares, ou bien attirent par leurs sections internationales
ou des classes préparatoires réputées, tandis que d’autres n’ont qu’une
palette très restreinte... S’agit-il néanmoins d’EPLE équivalents, et
ne conviendrait-il pas de mieux répartir l’offre globale par une coopération
pouvant aboutir à une mise en réseau ? D’autre part, les connaissances
ne coïncident plus nécessairement avec des champs disciplinaires spécifiques.
Les TICE, comme le feront bientôt les TPE, poussent à son terme la logique
de transversalité mise au service d’un travail plus autonome de l’élève
et qui s’exprimait déjà dans d’autres activités éducatives. Ils nécessitent
une coordination intellectuelle et matérielle poussée : s’il revient
principalement aux enseignants d’assurer la première, il appartient
aux chefs d’établissement de rendre possible la seconde, tout en l’insérant
au mieux dans les nécessités du fonctionnement quotidien. Ce besoin
de coordination s’accroît aussi avec l’accueil d’élèves plus hétérogènes
qu’autrefois et pour la réussite desquels doivent être mises en place
des stratégies diversifiées. Là encore les enseignants sont en première
ligne, mais il est du rôle des chefs d’établissement de favoriser la
constitution des équipes, d’organiser les cours et les activités, de
prévoir les horaires et les locaux. En aidant à donner le pas “ aux
modes d’appropriation des savoirs et aux comportements efficaces pour
les élèves ” sur la structuration traditionnelle en disciplines, ils
contribuent à la diversification des approches en fonction des besoins,
devenant ainsi des vecteurs de l’innovation ; et faciliter, voire animer
la réflexion collective autour de l’acte éducatif, n’est-ce pas “ le
replacer au coeur du dispositif ” ? La loi d’orientation inscrit également
l’éducation permanente dans les missions des établissements, mais cette
activité ne paraît pas susciter un intérêt démesuré : elle n’est évoquée
dans aucune contribution, et n’a été mentionnée au cours de la table
ronde qu’à titre de rappel symbolique - ou pour souligner la charge
de travail qu’implique la présidence d’un GRETA et l’importance du budget
géré. Sans doute les établissements n’ont-ils pas été suffisamment préparés
à assumer cette mission, qu’ils jugent moins “ naturelle ” que les autres.
Si l’on souhaite la renforcer, un rappel, vigoureux et précis, sera
donc nécessaire. Mais il faudra aussi tenir compte de la position du
Conseil d’Etat et de la Cour des Comptes, jugeant illégal, au nom du
principe de spécialité, qu’un EPLE soit support d’un GRETA, et se demander
si une autre structure de mise en commun des ressources et des activités
ne serait pas mieux appropriée.
1.2 - L’insertion
Une insertion professionnelle réussie suppose que les élèves soient
aidés à construire un projet personnel et acquièrent “ un niveau de
qualification reconnu grâce auquel ils pourront exprimer leurs capacités
à entrer dans la vie active ” (rapport annexé à la loi d’orientation).
Il en découle une obligation de résultat, d’ordre principalement pédagogique
: prendre de chaque élève “ une vision systémique, particulièrement
importante pour celui qui est en difficulté ”, tenant compte de ses
aptitudes, de ses besoins et de ses goûts pour l’assister dans l’élaboration
d’une plausible stratégie d’avenir. Il en découle aussi une obligation
de moyens, qui combine information, conseil et suivi : depuis l’organisation
de forums sur les carrières, de rencontres et de stages permettant d’appréhender
le monde du travail (lequel ne se limite plus au territoire national)
jusqu’au tutorat et à la démarche “ portefeuille de compétences ”, les
établissements doivent faire preuve d’imagination et de persévérance
pour mettre les élèves en position de préparer efficacement leur devenir
professionnel. Mais une orientation profitable doit se faire en fonction
de la personnalité des élèves plutôt que des filières mises en place
- ou du moins faut-il que la demande et l’offre de formation ne divergent
pas à l’excès. “ L’orientation au forceps des structures existantes ”
a été maintes fois contestée ; elle résulte pour une part de cartes
scolaires mal conçues, et pour une autre part des politiques plus ou
moins élitistes de certains établissements qui confondent autonomie
et concurrence. Les affectations ne doivent avoir pour but ni de compléter
artificiellement les effectifs d’une division, ni d’exclure des élèves
dont les résultats ne paraîtraient pas à la hauteur du “ standing ”
revendiqué par un établissement. En ce domaine également, la constitution
de réseaux au sein desquels pourrait s’instaurer une coopération accrue
semble nécessaire : elle permettrait en effet de rationaliser l’offre
de formation en fonction des besoins constatés, et de mettre fin par
là même à certaines situations injustifiées, si ce n’est injustes.
1.3 - La socialisation
Il faut entendre par là l’éducation à la citoyenneté et, plus généralement,
à la vie collective. C’est désormais l’une des missions importantes
de l’Ecole que de former des jeunes capables de s’intégrer pleinement
à la cité et éventuellement désireux de participer plus tard à sa gestion.
Elle doit se traduire dans les établissements par l’apprentissage des
règles de conduite nécessaires à toute communauté humaine : tolérance
mutuelle, respect de chacun dans son travail comme dans sa personnalité,
acceptation raisonnée des notions d’ordre et de bien commun, avec, en
regard, exercice réfléchi de sa propre liberté. L’initiation au civisme
suppose la lutte contre les incivilités de toute sorte, mais aussi l’accoutumance
à l’exercice de responsabilités : “ espaces de démocratie vivante ”,
les établissements sont pleinement dans leur rôle lorsqu’ils organisent
la formation des délégués élèves et les mettent en mesure d’exercer
intégralement leur mandat, par exemple en leur offrant les moyens matériels
nécessaires ou en leur explicitant les documents, parfois très complexes,
sur lesquels ils sont appelés à se prononcer. Après avoir longtemps
été des “ partenaires oubliés ”, les élèves ont acquis en 1991, à leur
niveau et comme tout usager d’un service public, le droit à la parole
: droit de se réunir, de s’exprimer sur les conditions de vie et de
travail que leur offrent les établissements, de gérer eux-mêmes clubs
et foyers, de participer à la répartition des fonds sociaux. Ils doivent
certes se garder d’oublier les obligations qui en sont la contrepartie,
et il appartient aux chefs d’établissement de veiller, dans l’intérêt
de toute la communauté scolaire, à ce que soit maintenu un juste équilibre.
Mais les élèves qui acceptent des responsabilités électorales ou éditoriales
apprennent et progressent en même temps qu’ils font bénéficier leurs
camarades de ces activités et de leur propre expérience, ce qui a en
soi un intérêt pédagogique et pourrait être considéré comme une mise
en pratique des cours d’instruction civique. Et même si les instances
de participation paraissent parfois coûteuses en temps, elles offrent
des possibilités de désamorcer ou de prévenir les conflits qu’on ne
doit pas sous-estimer. Au total, c’est une coopération plus égalitaire,
donc plus confiante, entre jeunes et adultes que les réformes intervenues
depuis 1991 tentent d’instaurer : il faudrait beaucoup d’irréflexion
de part et d’autre pour qu’elle ne tourne pas à l’avantage de l’Ecole.
Une extension de cette mission “ citoyenne ” à l’extérieur des établissements
est souvent pratiquée, avec l’assentiment entier ou même à la demande
des collectivités territoriales : elle consiste à offrir aux habitants
du quartier des activités culturelles (bibliothèque, expositions, représentations
théâtrales...) ou des services, notamment dans le domaine des nouvelles
technologies, dont ils ne disposent pas ailleurs. Particulièrement utile
dans les zones économiquement ou géographiquement défavorisées, un tel
rôle fait des établissements un vecteur de l’aménagement du territoire
; outre les avantages qu’il présente pour la population intéressée,
il offre l’intérêt non seulement d’ouvrir les établissements sur leur
environnement mais de les mettre en symbiose avec lui et de contribuer
par là même à l’affermissement de la vie collective ; il devrait donc
être encouragé.
2. - L’organisation
de l’établissement
L’organisation de l’établissement scolaire doit être conçue en fonction
des élèves et autour d’un projet. Cette double exigence se concrétise
démocratiquement à travers le fonctionnement régulier et, si possible,
simplifié, des diverses instances réglementaires.
2.1 - En fonction
des élèves
Il peut paraître surprenant d’aborder l’organisation des établissements
en parlant des élèves. L’organisation n’est-elle pas d’abord, et parfois
exclusivement, l’affaire des adultes ? Mais la loi d’orientation sur
l’éducation du 10 juillet 1989 affirme solennellement dès son article
premier que “ le service public de l’éducation est conçu et organisé
en fonction des élèves et des étudiants ”. “ Conçu et organisé en fonction
des élèves ”, nous sommes bien au cœur du sujet. Soyons clairs : il
s’agit que l’élève soit au centre, ce qui ne veut pas dire que l’élève
est roi. Il ne s’agit pas d’aduler, mais d’éduquer. L’élève au centre,
cela veut dire respect de droits, mais aussi de devoirs. La loi précitée
est, là aussi, parfaitement nette. Dans l’article 10, consacré aux droits
et obligations des élèves, il est d’abord fait état des obligations
: “ l’assiduité et le respect des règles de fonctionnement de la vie
collective. ” Et si certains partenaires de la table ronde souhaitent
que l’accent ne soit pas mis exclusivement sur les droits, la loi ne
les contredit pas, ni dans sa lettre, ni dans son esprit. Cependant
qui peut nier l’existence d’une crise de l’autorité et du style de relation
traditionnel ? On ne commande plus comme autrefois. La place de l’école
dans la société a profondément changé. “ L’école était comme une cathédrale
dans un village, elle devient comme une église de village au milieu
des gratte-ciel. ” “ Pour le jeune aujourd’hui, l’Ecole est un média
parmi d’autres. ”. Ou encore, comme le rappelait récemment Pierre-Gilles
de Gennes : “ Nos enfants vivent dans un monde à deux pôles. Du côté
du réel : le foot ou la bagarre. Du côté des écrans : la télé ou l’ordinateur. ”
Cette situation requiert de l’école une meilleure écoute des élèves.
Le mouvement lycéen a constitué à cet égard un signal. Les jeunes ont
envie d’écoute au moins autant que de moyens matériels. Ils sont angoissés
et attendent du lycée une réponse à leurs questions. “ Si on n’y prend
pas garde, toute forme de dialogue deviendra impossible. La première
mission de l’Ecole est donc d’être à l’écoute de son public. ”. Il faut
considérer les élèves “ comme des interlocuteurs qui ont beaucoup de
choses à exprimer. ” Aussi est-il souhaité que le système éducatif “ soit
moins soumis au médiatique et se consacre davantage au recentrage sur
l’élève. ” Placer l’élève au centre ce sera l’ aider à se réaliser et
à devenir citoyen, mobiliser sa créativité. Il faut assurément rebâtir
une relation entre adultes et élèves, un “ assentiment réciproque entre
élèves et professeurs. ” Plus que jamais, “ la liberté pédagogique -
des professeurs - doit devenir le moyen de la réussite des élèves. ”
C’est du reste la seule justification de cette liberté. Cette exigence
d’écoute et de dialogue ne concerne pas que les enseignants : elle s’impose
à tous les adultes présents dans les établissements, au premier chef
bien sûr les personnels chargés de la vie scolaire ou de la santé des
élèves, mais aussi l’ensemble des personnels ATOSS, dont il faut réaffirmer
le rôle éducatif. La qualité de cette relation entre adultes et jeunes
doit faire partie des préoccupations constantes des chefs d’établissement.
C’est donc bien en fonction des élèves que tout doit s’organiser. Les
critiques de l’emploi du temps, qui ont tant déconcerté les adultes,
constituent un “ baromètre ” de la place donnée à l’élève, aux élèves,
dans l’organisation des établissements. Si, comme l’a bien précisé le
ministre lors de l’ouverture de la table ronde, “ il ne s’agit pas que
les lycéens fassent l’emploi du temps ”, il est normal que les adultes
qui ont la responsabilité de cet exercice difficile puissent s’en expliquer
dans un dialogue franc et ouvert. Une telle attitude exorciserait bien
des mécontentements et frustrations. En conclusion, “ l’élève au centre
du dispositif ” ne doit pas être une formule incantatoire, mais une
réalité et un assentiment vécus au quotidien. Certes ce dialogue, cette
écoute, cette concertation prennent du temps. Mais “ éduquer, c’est,
selon J.J. Rousseau “ savoir prendre du temps. ” ”
2.2 - Autour
d’un projet
La loi d’orientation a consacré une approche nouvelle, globale, de l’organisation
de l’établissement scolaire en officialisant la notion de projet d’établissement :
“ Les écoles, les collèges, les lycées d’enseignement général et technologique
et les lycées professionnels élaborent un projet d’établissement. Celui-ci
définit les modalités particulières de mise en oeuvre des objectifs
et des programmes nationaux. ” (article 18). Cette approche est directement
reliée à la réflexion précédente sur l’organisation en fonction des
élèves. “ Le projet n’est d’établissement que parce qu’il est pour les
élèves. ”. Ce projet concerne l’ensemble de la communauté scolaire
: “ Les membres de la communauté éducative sont associés à l’élaboration
du projet qui est adopté par le conseil d’administration... sur proposition
des équipes pédagogiques pour ce qui concerne la partie pédagogique
du projet. ” (article 18 de la loi). Ainsi donc, il convient de rappeler
que le projet d’établissement ne constitue pas une option facultative,
mais qu’il est un outil indispensable de cohérence entre les grandes
orientations nationales définies par le ministre, leur déclinaison académique
par les autorités déconcentrées, et leur mise en œuvre pratique dans
les établissements en fonction de leur environnement spécifique. C’est
dans cette démarche que s’inscrit l’autonomie, définie comme le moyen
de concilier le cadre national et la prise en compte des réalités locales.
Le chef d’établissement joue évidemment à cet égard un rôle éminent
: il lui appartient, non pas d’agir seul, mais de mobiliser l’ensemble
de la communauté éducative dans l’élaboration du projet qui est “ incontournable,
car il fédère, mobilise tous les acteurs autour de toutes les missions ”.
Si le législateur a exprimé une volonté forte que l’organisation de
l’établissement s’articule autour d’une politique globale traduite par
le projet, force est de reconnaître que, bien souvent, la réalité pratique
est très éloignée de ce principe fondateur. Les projets se sont en fait
très vite bureaucratisés. On déplore ici la “ trop grande importance
donnée à l’aspect “ dossier ” des projets d’établissements par rapport
à l’expérimentation sur le terrain et la non transparence de leur évaluation. ”
Alors que le projet devrait être l’expression d’une autonomie, “ cette
autonomie est plus virtuelle que réelle dans la mesure où le projet
d’établissement devient davantage un outil de contrôle que le moteur
d’une politique véritable d’établissement. ”. En conséquence de quoi
l’autonomie perd toute réalité. Que dire enfin de la démarche de projet
qui aboutit à “ l’attribution de moyens minimes par des services qui
gardent le pouvoir ” ? Il y a là matière à réflexion et à remise en
cause pour les services déconcentrés du ministère. Le projet n’a d’intérêt
que s’il sert au pilotage de l’établissement et à un dialogue véritable
avec les services. Et pourtant, tous les membres de la table ronde s’accordent
sur l’importance fondamentale du projet d’établissement. Celui-ci constitue
un outil de dialogue, de prévision, de formation, d’évaluation. Il
apparaît comme un instrument de l’autonomie de l’établissement et devrait
aboutir à une démarche de contractualisation avec les autorités de tutelle.
Outil de pilotage, il a un rôle central car il permet d’assurer la
cohérence à l’intérieur de l’établissement, entre l’établissement et
son environnement, et au plan local entre les établissements d’une même
zone géographique. Pour cela, il doit être “ clair, ambitieux, ancré
dans une réalité sociale, économique et culturelle locale spécifique ”.
C’est un “ outil d’appartenance et de lisibilité, qui donne du sens. ”
Pour tel chef d’établissement, le projet constitue “ une obligation
collective de prendre le temps de regarder et d’évaluer. C’est un moyen
utile de permettre à chacun de se mettre à jour. ” Et d’ajouter que
lors de l’élaboration du projet, il demande à chaque enseignant de
prendre la plume pour faire le point de ses pratiques. Telle fédération
de parents, qui insiste sur l’importance du projet d’établissement,
demande que l’on n’ait pas peur de “ se servir d’IPES et de redonner
ainsi une fierté aux établissements qui réussissent. ” Mais il ne sert
à rien de bâtir un projet d’établissement si celui-ci ne se centre pas
sur la réussite personnelle de chaque élève. Le projet personnel de
l’élève est l’un des outils privilégiés de cette réussite. “ A la fois
personnel et collectif, le projet est la seule démarche qui puisse donner
un sens à la présence de l’élève dans l’établissement.
En conclusion, le projet reste un élément essentiel pour la conduite
d’une politique éducative. Il a toute sa place dans l’organisation de
l’établissement : “ Le projet d’établissement n’est pas autre chose
que l’action cohérente et organisée de l’ensemble de la communauté éducative
au service des élèves. ”.
2.3 - A travers
des instances démocratiques
La décentralisation a entraîné la création d’un établissement public
de type nouveau : l’établissement public local d’enseignement (EPLE),
qui conjugue de manière originale une double identité : - celle d’un
service public, qui tire ses missions de l’Etat, - celle d’une entité
autonome, appelée à exercer cette autonomie dans une mise en oeuvre
de ces missions adaptée au contexte local. On est ainsi passé, avec
le décret du 30 août 1985, de l’établissement d’enseignement public
à l’établissement public local d’enseignement, pour lequel les compétences
sont partagées entre l’Etat et la collectivité de rattachement. Cet
établissement de plein exercice, qui bénéficie de la personnalité morale,
est doté d’instances prévues par la loi (le conseil d’administration)
ou de caractère réglementaire : la commission permanente, le conseil
des délégués élèves, les différents conseils et commissions créés au
fil des temps et des événements, dont le dernier en date, issu du mouvement
lycéen de 1998, le conseil de la vie lycéenne. Ces instances font l’objet
de nombreuses critiques, du fait soit de leur fonctionnement, soit de
leur empilement et du manque de lisibilité du dispositif.
- Le conseil d’administration : Son fonctionnement est à revoir, pour
le rendre plus démocratique, ce qui implique d’abord une plus grande
transparence ; les informations fournies aux membres du conseil doivent
être aisément compréhensibles, et les documents préparatoires aux séances
doivent leur être adressés suffisamment longtemps à l’avance. Il faut
aussi “ remettre de la clarté dans les circuits qui conduisent à la
décision ”. Les parents notamment demandent “ que le conseil d’administration
soit autre chose qu’une simple instance d’enregistrement, qu’il puisse
vraiment faire des choix et bâtir un projet cohérent à partir de la
DGH ”. Il lui est encore reproché de se centrer trop exclusivement sur
les questions financières et budgétaires alors que la constitution des
classes, l’utilisation de la DGH, les relations avec les familles et
les élèves ou la gestion des ressources humaines ne donnent pas vraiment
lieu à un débat. Le rôle que devrait jouer le conseil est souligné.
Il est l’instrument de l’autonomie concédée aux établissements. L’exercice
de la démocratie s’exprime à travers le conseil d’administration qui
doit “ devenir ce lieu ouvert où se côtoient toutes les générations ”.
Il paraît nécessaire de lui laisser prendre plus d’initiatives et de
responsabilités, car toutes les latitudes et marges de manœuvre qu’autorisent
les textes ne sont pas réellement exploitées. Du reste, cette dernière
remarque ne concerne pas seulement le CA, mais parfois les chefs d’établissement
dans l’exercice de leurs responsabilités. Si le fonctionnement des conseils
d’administration est si difficile, n’est-ce pas dû au fait que “ l’établissement
est bien souvent le lieu de convergence d’intérêts divergents ” ? Si,
dans l’ensemble, les partenaires jugent satisfaisant le partage des
attributions tel que le prévoit le décret du 30 août 1985, certains
y relèvent des “ imprécisions et des ambiguïtés ” et proposent la clarification
des compétences respectives du chef d’établissement et du conseil d’administration.
Faut-il conserver au chef d’établissement la présidence du conseil d’administration,
mesure qui semble exorbitante du droit commun ? La question a été évoquée
à plusieurs reprises. Les chefs d’établissement se prononcent quasi
unanimement en faveur du maintien de cette prérogative. L’un d’entre
eux souligne néanmoins le caractère inconfortable de cette présidence,
alors que l’administration ne dispose que d’un tiers des voix et court
donc le risque d’être désavouée. Certains parents, sans s’arc-bouter
sur cette position, estiment que le fonctionnement du conseil d’administration
serait plus démocratique si le président n’était pas le chef d’établissement,
car il pourrait mieux jouer son rôle d’instance d’évaluation de l’ensemble
de la politique de l’établissement. En tout état de cause, ils entendent
y tenir une place moins figurative, ainsi que les lycéens. Enfin, indissociable
du conseil d’administration est la place de la commission permanente,
qui essuie souvent les mêmes critiques, quand elle existe... “ Il arrive
qu’elle ne soit même pas constituée. Très souvent, surtout, quoique
constituée, elle n’est pas réunie parce qu’on estime qu’elle fait double
emploi ”. Il y a effectivement là un problème réel : ou bien la commission
permanente est totalement occultée, ou bien sa légitimité est contestée
au sein du conseil d’administration, qui exige de reprendre les débats
à la source.
Proposition 5 : Le rôle du conseil d’administration est
recentré sur la conduite de la politique générale de l’établissement,
et son fonctionnement amélioré. Les questions de caractère plus quotidien
ou matériel sont réglées soit directement par le chef d’établissement
avec obligation de compte-rendu, soit par la commission permanente remodelée
sous forme d’un bureau.
Proposition 6 : Le chef d’établissement préside le conseil
d’administration. Chaque année, à la dernière séance de l’année scolaire,
après avoir échangé sur le rapport annuel présenté par le chef d’établissement,
le conseil débat du fonctionnement de la démocratie interne. Les autres
instances Il y a convergence pour considérer qu’elles sont trop nombreuses.
Un membre de la table ronde en a dénombré... une quinzaine ! “ Ces instances
devraient être beaucoup moins nombreuses, avec des compétences plus
larges, ce qui permettrait de mieux faire vivre la démocratie ”. Ailleurs
on souhaite qu’elles soient “ épurées ”, ou ce qui revient au même,
que soient supprimés “ les lieux de concertation et de décision redondants ”.
Sont notamment évoquées des confusions de compétences entre le conseil
de la vie lycéenne, le bureau des délégués des élèves, le conseil des
délégués des élèves. Bref, émerge un souci de simplification, qui sera
le gage d’une meilleure lisibilité, et qui devrait déboucher sur une
plus grande efficacité et sur un réel fonctionnement de la démocratie.
Le conseil de la vie lycéenne, qui voit le jour non sans susciter quelques
appréhensions, donnera, si chacun joue le jeu d’une réelle co-responsabilité,
l’image forte d’une nouvelle dimension de la démocratie dans l’établissement.
L’idée suggérée par les lycéens de solenniser la “ citoyenneté lycéenne ”
par l’organisation de toutes les élections le même jour, revêtirait
à cet égard une haute valeur symbolique.
Proposition 7 : Les instances de l’établissement sont réorganisées.
Chaque établissement fonctionnerait avec : - Un conseil d’administration
pour toutes les questions de politique générale, d’organisation pédagogique
et de choix budgétaires. (3 réunions ordinaires par an). - Un bureau,
émanation du CA dont il respecte l’équilibre des catégories (maximum
12 membres). Le bureau prépare les réunions du CA et, par délégation
de ce dernier auquel il rend compte, règle directement un certain nombre
de questions d’ordre matériel ou financier. Le bureau se réunit au moins
une fois par mois. - Un conseil de la vie scolaire (ou lycéenne, dans
les lycées) qui connaît de toutes les questions relatives à la vie quotidienne
et à l’animation scolaire, hors des heures de classe. A l’exception
des conseils de classe et des conseils d’enseignement qui ont une mission
pédagogique spécifique, les autres instances préexistantes sont supprimées
et leurs attributions dévolues de la manière suivante : l Le bureau
tient lieu de conseil de discipline et de comité d’hygiène et de sécurité.
l Le conseil de la vie scolaire dans les lycées se substitue au conseil
des délégués élèves, ainsi qu’à la commission des menus. A ces instances
s’ajouterait un conseil pédagogique (cf. infra, 3) Les conseils et commissions
sont présidés par le chef d’établissement ou son adjoint.
3 - L’organisation
entre établissements
Sauf à constituer des “ principautés indépendantes ”, les établissements
sont appelés à travailler ensemble, que ce soit pour des raisons de
taille critique (“ coopérer pour ne pas disparaître ”), ou pour assurer
la nécessaire cohérence géographique de l’offre de formation dans le
cadre d’un réseau. La table ronde a abordé la taille des établissements,
l’intérêt de se regrouper pour les plus petits, et les différentes formules
de travail en réseau.
3.1 - La taille
des établissements
La taille des établissements est très variable suivant les régions,
les traditions et l’environnement géographique. La moyenne, qui paraît
satisfaisante - 1038 élèves en lycée, 529 en collège, 443 en lycée professionnel
-, dissimule des écarts importants. Ainsi plus de 850 collèges ont moins
de 300 élèves, alors que parallèlement près de 300 dépassent encore
900 élèves. Un lycée sur 6 accueille plus de 1500 élèves, un LP sur
12 plus de 700. D’après la DESCO, une soixantaine de collèges ruraux
comptent moins de 100 élèves et près de 300 collèges en comptent moins
de 200. Ces établissements n’atteignent manifestement pas la taille
minimale pour offrir la gamme pédagogique étendue qu’exige l’égalité
des chances. L’attribution globale des moyens d’enseignement en fonction
de la structure et du nombre d’élèves limite leur marge de manœuvre
et les empêche de définir et de mettre en oeuvre une stratégie adaptée
à leur situation (“ les petits établissements peuvent-ils être autonomes
? ”). Par ailleurs, il n’est pas possible de leur assurer une ossature
suffisante en personnels de direction, d’éducation, de santé, d’administration
ou de service. Il convient donc qu’ils s’organisent autrement. La table
ronde considère comme raisonnables les effectifs moyens suivants : -
pour un collège, autour de 600 élèves; - pour un lycée professionnel,
autour de 500 ; - pour un lycée d’enseignement général et technologique,
autour de 1 200, afin d’offrir une palette de formations suffisante.
Dans les zones les plus difficiles, il est souhaitable que les établissements
aient des effectifs plus réduits.
3.2 - Le travail
en réseau
A l’unanimité, la table ronde a souligné l’intérêt du travail en réseau
pour les établissements. Tous les partenaires ont notamment insisté
pour que soit banni l’esprit de concurrence qui résulte d’une mauvaise
conception de l’autonomie, et auquel incitent trop souvent les publications
très médiatisées de palmarès établis sur des bases en certains cas discutables.
Cette concurrence engendre des effets pervers qui conduisent, par le
biais d’un usage abusif de dérogations, à vider un établissement de
ses meilleurs éléments, et ainsi à le “ ghettoïser ” ; les exemples
en sont nombreux et touchent tout le territoire. Le recrutement des
élèves doit désormais être préparé solidairement par les chefs d’établissement,
l’IA ayant la responsabilité des affectations. Nombreux sont les autres
domaines où les chefs d’établissements d’un secteur géographique donné
- qui prend parfois des appellations différentes (bassin, district,
zone d’animation...) - peuvent nourrir des collaborations, des complémentarités,
des réflexions : carte des formations, orientation, insertion, élèves
en difficultés, communication, remplacement... La loi du 10 juillet
1989 stipule en son article 18 que “ des établissements peuvent s’associer
pour l’élaboration et la mise en oeuvre de projets communs, notamment
dans le cadre d’un bassin de formation ” Le travail en commun au sein
d’un bassin est sans doute une manière de rompre l’isolement dont se
plaignent à juste titre les chefs d’établissement. Cela suppose des
bassins de taille suffisante, mais non excessive, “ où les personnes
peuvent encore se rencontrer suffisamment souvent pour reconnaître qu’elles
vivent ensemble et avoir envie de construire ensemble,... où l’on peut
encore suivre le parcours d’un élève et où celui-ci se sent encore chez
lui, même s’il doit changer d’établissement ”. En outre, dans les petits
établissements isolés, le réseau est “ un bon moyen de se garder d’un
enseignement minimal pour permettre, dans les zones rurales, une véritable
égalité des chances ”.
Proposition 8 : L’organisation du dispositif de coopération
entre établissements est remise à plat, avec pour objectif de réunir
en bassins de formation d’une aire géographique limitée un nombre moyen
d’établissements assez homogène. Il faut éviter que la coopération entre
établissements soit formalisée de façon trop rigide - il s’agit d’un
dispositif souple et non d’une structure -, mais “ garder la possibilité
que d’autres puissent s’y joindre et surtout laisser à chacun la conviction
que sa participation à l’action collective fait partie de son projet
et de la volonté de la communauté de l’établissement ”. Bref, la pratique
de la solidarité entre établissements ne se décrète pas. Elle est l’affaire
des établissements et de leurs responsables. Elle devrait prendre dans
la majorité des cas la forme d’une mutualisation volontaire et répartie
: la très grande majorité des contributions et interventions penche
pour une formule souple de type “ dispositif d’échange entre établissements ”,
“ lieu d’échanges et de rencontres ”, surtout pas un “ échelon hiérarchique
supplémentaire ”. Il s’agira d’un “ cadre fonctionnel et non structurel ”,
qui pour certains “ exclut toute dotation en personnel, tout budget
et toute rémunération ”. On conçoit néanmoins une organisation minimale,
avec à sa tête un animateur, personnel de direction désigné par ses
pairs pour une durée limitée. En tout état de cause on demande que “ les
mutualisations ou les mises en réseau n’altèrent pas l’autonomie de
l’établissement ”. En définitive, l’idée d’une mutualisation de moyens,
avec des solutions flexibles, au niveau du bassin de formation est bien
acceptée. Sous réserve que soit respecté le principe de spécialité des
EPLE , le cadre réglementaire existe à travers les groupements de services
prévus à l’article 6 du décret du 30 août 1985. Pour éviter la création
d’un étage administratif supplémentaire, les établissements auront la
possibilité de répartir des activités mutualisées entre plusieurs établissements
du bassin.
Proposition 9 : Les autorités académiques encouragent,
par des moyens appropriés, les initiatives de mutualisation proposées
par les établissements d’un même bassin de formation, conformément à
la loi du 10 juillet 1989. Pour les petits établissements qui n’atteignent
pas la taille critique, ce travail en réseau pourrait constituer une
étape provisoire avant l’évolution éventuelle proposée ci-après.
3.3 - Un seul
EPLE avec plusieurs localisations ?
Certaines régions peu peuplées ou à habitat dispersé disposent d’un
parc d’établissements de très petite taille, mais souvent de bonne qualité.
Ces établissements - on l’a vu - souffrent néanmoins de leur isolement,
de l’absence de stimulation pédagogique et d’un sous-encadrement administratif
et éducatif. Ils ne disposent en effet que d’un seul personnel de direction,
assisté par un CPE qui, de fait, exerce les fonctions d’adjoint en même
temps qu’il gère la vie scolaire. Il arrive que le secrétariat se réduise
à une personne à mi-temps ; or, certaines tâches administratives sont
incompressibles quels que soient les établissements. L’apprivoisement
des nouvelles technologies d’information et de communication pose souvent
des problèmes dans ces unités qui n’atteignent pas le seuil critique.
Par ailleurs, il n’est ni possible ni raisonnable de doter ces établissements
d’autant de moyens que les autres. Pour remédier à ces difficultés et
réduire les tâches administratives, on pourrait - après un travail préparatoire
avec tous les partenaires et sur un projet accepté - envisager que ces
établissements se regroupent en une seule entité. L’un des établissements
serait le siège de l’EPLE, les autres constituant des unités pédagogiques
délocalisées. Ce système fonctionne de manière satisfaisante dans l’enseignement
agricole. Dans cette hypothèse, les responsables académiques devraient
veiller, en liaison avec les autorités locales, à ce que ces unités
puissent continuer à jouer “ un rôle spécifique dans le maillage du
territoire ( ouverture sur la vie locale, animation culturelle..) ”.
Proposition 10 : Les établissements à faibles effectifs
sont invités, sur la base du volontariat, et à titre expérimental, à
se regrouper en vue de constituer éventuellement par la suite un seul
EPLE. Le nouvel établissement devra réunir soit un minimum d’unités
pédagogiques, soit un minimum d’élèves. Les unités pédagogiques seront
animées par un personnel de direction adjoint, l’essentiel des tâches
administratives étant effectuées au siège de l’EPLE renforcé en conséquence.
Au terme de l’expérimentation, d’une durée à déterminer, un bilan est
établi dans chaque unité, puis au niveau de l’EPLE, avec le concours
d’experts pédagogiques, administratifs et financiers. Ce bilan est discuté
avec tous les partenaires. Cette proposition s’inscrit dans le prolongement
logique de la démarche de mise en place de réseaux d’écoles rurales
et de collèges initiée dans la circulaire du 17 décembre 1998. Certains
participants estiment que cette conception d’un EPLE multipolaire pourrait
ne pas se limiter aux seuls petits établissements et que les établissements
d’un bassin devraient être regroupés en un seul EPLE autour d’une tête
de réseau, dotée de fortes compétences administratives, financières
et logistiques, qui déchargerait d’autant les établissements périphériques
(rebaptisés unités fonctionnelles de base) dont les responsables pourraient
se consacrer presque exclusivement aux tâches d’organisation et d’animation
pédagogiques et éducatives. Une telle configuration aurait l’avantage
d’offrir une fonction de débouchés à des chefs d’établissements chevronnés.
Mais elle pose de multiples problèmes et ne sera donc pas retenue ici.
4 - L’établissement
et sa hiérarchie
On a dit plus haut que les relations entre les établissements et leur
hiérarchie ne pouvaient être considérées comme entièrement satisfaisantes,
car trop marquées par la directivité et la dépersonnalisation. Sans
doute n’a-t-on pas tiré toutes les conséquences des transferts d’attributions
opérés en 1983, ni du statut de l’EPLE : l’autonomie consentie demeure
très encadrée, à la fois par des directives concernant l’exercice des
compétences et par un mode d’allocation des moyens qui ne favorise guère
les initiatives ; la concertation et la négociation progressent lentement,
et les échelons supérieurs sont perçus comme enjoignant trop, n’écoutant
pas assez et n’aidant guère. La situation faite aux établissements devrait
être revue sur deux points principaux. Le premier a trait aux possibilités
qu’ils ont de mettre effectivement en oeuvre la part d’autonomie qui
leur a été concédée par les textes et au passage progressif vers une
contractualisation des objectifs et des moyens. Le second concerne la
place qui leur est reconnue dans l’ensemble du système éducatif et le
type de relations institutionnelles qui devrait en découler. L’un et
l’autre points convergent vers l’idée de partenariat.
4.1 - De la
directive au contrat
Si l’évolution des compétences a joué en faveur des établissements,
c’est bien parce qu’ils paraissaient être les lieux dans lesquels se
passe l’essentiel - l’acte éducatif - et où se situe l’enjeu principal
: conduire au succès un ensemble d’élèves dont les besoins sont différents
et qui justifient donc des stratégies pédagogiques finement adaptées.
On ne gère bien d’en haut que les dispositifs généraux et les politiques
globales, le traitement individualisé ne pouvant être pris en charge
qu’au plus près des intéressés. Cette considération justifiait le principe
“ d’inversion de la pyramide ” proposé par le rapport “ Centrale 2000 ” :
dans le droit fil de la loi d’orientation qui place l’élève au centre
du système éducatif, il s’agissait de modifier les approches en partant
non plus du sommet, mais de la base de ce système. Les établissements
seraient ainsi devenus le point d’ancrage des objectifs plutôt que le
point d’arrivée des directives nationales ou académiques. Des progrès
ont été accomplis dans cette voie : les établissements sont incités
à déterminer des politiques spécifiques exprimées dans les projets,
et l’institution de la DHG,de même que les heures d’enseignement libres
et la globalisation des crédits pédagogiques, facilitent la mise en
oeuvre de ces politiques. Mais on est encore loin d’un pilotage par
objectifs et d’une “ déconcentration vraie laissant des espaces suffisants
pour agir ”. La déconcentration actuelle est perçue comme étant principalement
celle des corvées (par exemple la gestion des bourses des collèges)
qui grignotent la marge de manœuvre dont pourraient disposer les établissements
: “ Que recouvre véritablement la notion d’autonomie alors que l’essentiel
des énergies est employé à répondre à des injonctions ou des commandes
de l’institution ? ”. Certes, on ne peut laisser les établissements
libres d’agir à leur guise et il est vrai que certains projets s’apparentent
plus à des exercices de style ou des “ attrape-moyens ” qu’à un ensemble
d’actions raisonnées et articulées entre elles. Il n’en demeure pas
moins que les services académiques sont trop souvent tentés de répartir
les dotations en fonction de critères arithmétiques (“ Ils ne connaissent
que les effectifs et les structures, et la réalité des établissements
disparaît derrière les barèmes ”), si bien qu’on n’en n’obtient pas
le soutien attendu, ni même “ la possibilité de faire ce qui paraît
pourtant s’imposer ”. C’est vers la notion de contrat qu’il faudrait
s’orienter pour résoudre ces difficultés (c’est vers elle aussi que
s’achemine l’administration centrale pour redéfinir ses relations avec
les académies). Le contrat pourrait incarner la jonction entre le général
et le particulier, les principes d’action définis au niveau supérieur
et la prise en compte des spécificités de l’établissement. Il s’inscrirait
dans la politique académique en la déclinant sous forme d’objectifs
précis et formalisés sur lesquels l’établissement (c’est-à-dire toute
la communauté éducative) s’engagerait. Il comporterait, en contrepartie,
un engagement pluriannuel relatif aux moyens : comment l’établissement
pourrait-il programmer des actions s’il ne sait pas de quoi demain sera
fait ? Sa mise en oeuvre et ses résultats seraient périodiquement évalués
par l’établissement lui-même et par les autorités académiques, avec
l’assistance des corps d’inspection.
Proposition 11 : Contractualiser les missions dévolues
aux établissements, ainsi que les moyens d’action correspondants, en
laissant à leur disposition un pourcentage de la DHG tenant compte des
caractéristiques de l’établissement. Cette nouvelle donne consacrerait
une autonomie bien conçue, c’est-à-dire une plus grande prise de responsabilité
et une plus grande latitude d’invention, ne confinant pas toutefois
à l’émancipation. Elle est conforme au mouvement général de réforme
administrative, qui réserve l’impulsion, la coordination et le contrôle
au niveau central, mais confie l’action aux services déconcentrés. A
l’Education nationale, elle a fait ses preuves dans l’enseignement supérieur
: l’autonomie des universités a pu prendre corps grâce à la procédure
contractuelle, et nul ne met en cause les résultats qu’elle a permis
d’obtenir. Elle suppose des outils d’analyse, de prévision et d’évaluation
performants, mais qui ne devraient pas obéir à des schémas trop stéréotypés
: les formulaires élaborés par certaines académies pour la présentation
des projets représentent sans doute un gain de temps pour les services
qui ont à examiner ces projets, mais ne permettent pas toujours d’en
faire apparaître complètement les implications et l’utilité ; si l’on
souhaite donner une individualité au contrat, de manière à en faire
un instrument de pilotage et de progression pour l’établissement, il
faut éviter autant que possible les documents-type trop précis.
4.2 - De l’anonymat
au dialogue
Il est regrettable que les autorités académiques n’aient pas toujours
des établissements une connaissance approfondie, ou du moins que cette
connaissance résulte davantage d’analyses de données que de visites
sur place et de discussions. Sans doute les visites systématiques nécessitent-elles
beaucoup de temps lorsque le territoire est très peuplé ou très étendu
; mais la compréhension des réalités du système et les possibilités
d’échanges qui en résultent font penser que l’investissement est rentable.
De même que les chefs d’établissement devraient connaître leurs élèves,
il serait bon que les recteurs et les IA privilégient les contacts personnels
avec leurs proviseurs et principaux, que ce soit dans les établissements
ou dans les services académiques ou dans le cadre des bassins. L’écrit,
en effet, ne remplace jamais totalement l’oral : plus et mieux que les
circulaires, les échanges verbaux peuvent mettre en relief les différents
objectifs d’une politique et la manière dont ils s’articulent entre
eux ; bien davantage, aussi, ils permettent d’expliciter, de donner
du sens, d’emporter l’adhésion active. “ Que les autorités supérieures
affirment clairement des priorités et les hiérarchisent ” est un vœu
souvent formulé ; on ne peut le satisfaire uniquement par voie postale
ou télématique. Ainsi institutionnalisé, le dialogue devrait être parallèlement
approfondi. D’abord parce que l’information doit circuler dans les deux
sens : aucune politique éducative ne peut pleinement réussir si elle
ne prend pas en compte les problèmes concrets et les spécificités de
ses destinataires, et la possibilité d’une adaptation fine ne peut lui
venir que d’indications et d’éventuelles alertes émanant du terrain.
Ensuite, et de manière plus générale, parce que les autorités académiques
et les établissements ne devraient pas être considérés aujourd’hui comme
les deux extrémités d’une chaîne, mais comme les éléments d’un même
ensemble placé au service d’une œuvre commune. Il serait normal et profitable,
dans l’optique d’une gestion modernisée du service public et sans porter
atteinte à l’ordre des compétences, que des groupes de travail associant
des chefs d’établissement aux recteurs et IA soient constitués autour
des principaux problèmes qui se posent au système éducatif ou dans le
ressort des académies, comme à propos du cadrage des politiques et des
moyens à mettre en oeuvre. La coopération, qui permet de mutualiser
les savoirs et les initiatives, est plus féconde que la subordination,
d’où résulte souvent une action trop mécanisée ; et les autorités hiérarchiques
devraient se donner pour règle de faire appel à la collaboration des
chefs d’établissement au moins autant qu’à leur sens de la discipline.
Proposition 12 : considérer les chefs d’établissement
comme des collaborateurs des autorités académiques ; les associer systématiquement
aux groupes de travail préparant l’élaboration ou la mise en oeuvre
des politiques rectorales; créer au besoin de tels groupes.
4-3 - Vers une
fonction de proximité
L’action des services déconcentrés ne prend tout son sens que si elle
assure des fonctions de proximité vis-à-vis de tous les établissements,
mais aussi de toutes les écoles : connaissance des situations en temps
réel, continuité des contacts avec les chefs d’établissement et directeurs
d’école, régulation continue, impulsion, suivi, conseil, articulations
entre niveaux d’enseignement. Il semble essentiel de construire un schéma
territorial simple d’exercice de cette fonction, une géographie scolaire
lisible par tous, notamment par les partenaires et usagers de l’école.
L’académie est le territoire dans lequel se définissent une politique
et une stratégie : c’est le niveau unique intermédiaire entre le ministère
et l’établissement. Elle est dirigée par un recteur d’académie, assisté
d’autant d’IA-DSDEN (susceptibles de devenir vice-recteurs) qu’il y
a de départements dans le ressort de l’académie. Les fonctions de proximité
de ce niveau intermédiaire unifié que sont les services académiques
devraient être territorialisées - sans créer évidemment un échelon supplémentaire
de gestion, unanimement rejeté ; en particulier des décisions telles
que la détermination des structures, la carte des options, et l’allocation
des crédits pédagogiques ne peuvent être prises qu’à un niveau plus
élevé. Ces fonctions de proximité s’exerceraient dans une circonscription
d’enseignement scolaire correspondant, selon les départements, à un
ou plusieurs bassins de formation et regroupant une trentaine de lycées,
EREA et collèges, ainsi que les écoles de la zone de recrutement afin
d’assurer la continuité des parcours et du suivi scolaires. Dans les
départements ne comprenant pas suffisamment d’établissements, le dispositif
ne serait pas mis en place - la circonscription d’enseignement scolaire
étant le département lui-même. Cette géographie scolaire devrait respecter
les limites administratives (académie, département) et être préparée
dans chaque académie avec un souci de simplicité, de réalisme et de
mise en cohérence des nombreux découpages actuels (districts, secteurs,
pays, GRETA, circonscriptions du 1er degré...) Chaque circonscription
d’enseignement scolaire serait prise en charge par un membre du corps
des inspecteurs d’académie, qui pourrait prendre le nom d’IA-délégué
académique à l’enseignement scolaire, ou IA-correspondant territorial
de proximité, par symétrie avec les inspecteurs d’académie -inspecteurs
pédagogiques régionaux. Inclus dans la structure rectorale ces “ IA-DAES ”
ou “ IA-CTP ” constitueraient l’un des éléments territorialisés du niveau
intermédiaire unique, existant ou à créer, entre l’administration centrale
et les établissements, selon le principe “ un seul interlocuteur par
type de problème ”. Correspondants territoriaux de proximité, nommés
par le ministre sur proposition du recteur après avis des IA-DSDEN,
ils assureraient l’interface entre les services académiques et les établissements
en étant à l’écoute de l’ensemble des écoles et des établissements sur
les réussites, les spécificités, l’environnement social et géographique,
en veillant à la mise en oeuvre des politiques, en rendant compte des
difficultés rencontrées et en faisant émerger les propositions du terrain
(établissements et/ou bassins de formation) :l’information ascendante
complèterait ainsi utilement l’information descendante. Cette territorialisation
ne se confondrait en aucun cas avec les bassins de formation (cf. supra,
3.2), dispositifs souples animés par un chef d’établissement désigné
par ses pairs. Mais bassins de formation et circonscriptions territoriales
se complètent et sont également nécessaires : si le travail en commun
dans le cadre des bassins , à l’initiative du terrain, est une manière
de rompre “ l’isolement transversal ” des chefs d’établissement, le
correspondant territorial de proximité du recteur permet de rompre “ l’isolement
vertical ” (l’éloignement de la hiérarchie).
Proposition 13 : En reprenant les propositions du rapport
“ Centrale 2000 ”, affirmer et organiser la déconcentration en un niveau
intermédiaire unique entre le ministère et l’établissement : l’académie ;
puis organiser un maillage des services académiques pour assurer les
fonctions de proximité ; définir une géographie de l’enseignement scolaire
mettant en cohérence les multiples découpages actuels.
Selon un principal, on prescrit “ les établissements feront ”, sans
se préoccuper des conditions de faisabilité. Et pas davantage dans
la plupart des ouvrages ou rapports consacrés au système éducatif.
Cf. “ La vie de l’élève et des établissements scolaires ” (rapport présenté
par René Blanchet, février 1998, p.9). “ Le Monde ” du 26 février
1999. Etienne Lefebvre, Daniel Mallet, Pierre Vandevoorde, “ Le nouveau
chef d’établissement ”, Berger-Levrault, 1995. “ Réflexions sur la
direction des EPLE et le rôle pédagogique des chefs d’établissement ”
(IGEN-EVS, octobre 1995). Notamment en ce qui concerne l’hygiène,
la santé et la sécurité, le rapport annuel sur le fonctionnement pédagogique,
le droit à publication, la mise en place d’équipes et conseils. “ Bilan
du suivi permanents des “établissements scolaires en 1997-98 ”, rapport
IGAEN n°98-007, Alain Dulot, juillet 1998. Source : Repères et références
statistiques, DEP (1997). Circulaire du 17 décembre 1998 sur l’avenir
du système éducatif en milieu rural isolé (BO n°48 du 24 décembre 1998).
Michel Blachère, “ Continuité pédagogique et coopération entre établissements ”,
Note IGEN-EVS, mars 1997. Ibid IGAEN, rapport n°93005, janvier 1993,
dont les propositions restent toujours d’actualité. Selon les chefs
d’établissement, un projet ainsi confectionné “ se résume à un kit prêt
à être assemblé avec les pièces fournies par les autorités académiques ”.
Voir le rapport de Claude Pair, (“ Rénovation du service public de
l’Education Nationale : responsabilité et démocratie ” février 1998)
notamment son chapitre 5. Il convient de réaffirmer la pertinence
du rapport “ Centrale 2000 ” (janvier 1993), suivi des rapports de Jean-Pol
Isambert (1995) et de Claude Pair.