III
- LE PILOTAGE DE l’ETABLISSEMENT
Pour faire face
aux missions qui lui sont imparties et faire vivre l’organisation indispensable
à leur mise en œuvre, l’établissement a besoin d’être piloté. Il s’agit
là, parmi ses nombreuses fonctions, d’une des tâches éminentes du chef
d’établissement, premier responsable de la communauté scolaire qui lui
est confiée. Il l’exerce solidairement avec son ou ses adjoints. Cependant,
la complexité croissante des organisations liée à l’évolution des relations
interpersonnelles et des technologies d’une part, les qualités dont
il lui faut faire preuve pour entraîner l’adhésion d’autre part, doivent
le conduire, aujourd’hui plus que jamais, à travailler en équipe avec
des collaborateurs dont le nombre devrait en certains cas être accru.
Il devra savoir déléguer, sous le signe de la confiance, avec son corollaire,
le contrôle a posteriori. Confiance et contrôle a posteriori sont du
reste deux revendications fortes des personnels de direction à l’égard
de leur hiérarchie ; ils doivent devenir également les maîtres-mots
de leur propre management. L’organisation interne des établissements
peut varier suivant leur taille et leur localisation, et il ne convient
pas de la soumettre à des règles uniformes ; l’essentiel est qu’elle
laisse toute sa place au travail en équipe.
1 - Le chef
d’établissement : rôle et responsabilités
Le législateur a investi les chefs d’établissement d’un double rôle
: celui de représentant de l’Etat, garant du bon fonctionnement du service
public de l’éducation, et celui d’exécutif du conseil d’administration,
assemblée qui incarne l’autonomie reconnue aux EPLE. Pour mettre en
lumière, tout en les regroupant en grandes catégories, les principales
missions qui en découlent, cette distinction n’est peut-être pas la
plus opérante. Mais la distinction entre activités selon qu’elles relèveraient
ou non du domaine de la pédagogie ne l’est pas davantage. D’abord parce
que dans un établissement qui a pour fondement et pour vocation uniques
l’enseignement, tout est nécessairement structuré autour de la pédagogie,
même les actes qui ne paraissent pas à première vue s’y rattacher :
l’élaboration du budget, dans la mesure où elle exprime des choix de
politique éducative, ne participe pas seulement de la gestion financière
; et la constitution des classes, qui tend à apparier au mieux les élèves
et les enseignants, ne relève pas uniquement de l’organisation administrative.
Ensuite parce que les définitions données de la pédagogie sont variables
: entendue au sens étroit, elle recouvre l’acte d’enseignement, voire
la didactique d’une discipline, et est donc en premier lieu l’affaire
des enseignants ; en un sens plus large, elle englobe l’efficacité de
la transmission et de l’acquisition des connaissances, donc les résultats
auxquels parviennent les élèves, et concerne dès lors l’ensemble de
la communauté éducative : non seulement le chef d’établissement ne peut
s’en désintéresser, mais il en est même le garant. Pour ces différentes
raisons, il paraît préférable de retenir une autre classification des
missions qui composent le métier de chef d’établissement. Mais il faut
également se demander si les moyens d’action accordés en contrepartie
sont adaptés à ces missions.
1.1 - Les composantes
du métier
Il n’est pas certain qu’elles aient toutes été perçues lors de l’institution
des EPLE, ni même à la date du décret statutaire : l’évolution tend
en effet à les accroître et les diversifier. Sans prétendre à l’exhaustivité
- et avec la part d’arbitraire que comporte toute tentative de catégorisation
- on peut les regrouper sous trois rubriques principales.
· Un rôle de pilote Commandant de bord, PDG d’entreprise publique, chef
d’orchestre, entraîneur d’équipe, bien des métaphores ont été utilisées
pour caractériser ce rôle, qui connaît une grande extension à l’ère
des projets et des contrats. C’est au chef d’établissement, non pas
seul mais avec la collaboration des autres membres de la communauté
éducative, que revient la mission de déterminer la politique à suivre,
parce qu’il a une vision globale de l’établissement et de son environnement.
Dans le respect des directives nationales et du projet académique, l’autonomie
reconnue aux EPLE trouve à s’exercer pour la mise en place des structures
et des options, la conception de dispositifs et de parcours adaptés
aux besoins des élèves, le choix des activités proposées à ceux-ci,
les stratégies d’orientation... Le projet est constructeur d’avenir
en fonction des données du présent : le chef d’établissement a pour
tâche “ de fixer un cap, puis d’agir en sorte que ce cap soit maintenu ”.
Cela suppose, en amont, une analyse et une définition d’objectifs à
moyen terme, en aval un ordonnancement des activités qui les fasse en
permanence concourir à la réalisation du dessein que s’est fixé la communauté
éducative : maître d’œuvre du projet, le chef d’établissement en est
aussi le garant. En regard, il lui revient de négocier les financements
correspondants tant auprès des collectivités territoriales que des autorités
académiques, dont il est le premier interlocuteur. Et si c’est du gestionnaire
que relève la mise en forme du budget, il appartient au chef d’établissement
d’en déterminer au préalable avec lui les grandes orientations, afin
que le budget soit à la fois l’expression et l’appui de la politique
d’établissement : tout bon pilote doit être un stratège avisé.
· Une fonction d’organisation Dans un EPLE, organiser c’est pourvoir
au bon déroulement des activités éducatives - on retrouve ici l’étymologie
de l’appellation “ proviseur ”. Le domaine privilégié de cette fonction
est naturellement l’architecture pédagogique : constitution des classes,
attribution des services d’enseignement, désignation des professeurs
principaux, confection de l’emploi du temps, répartition des moyens
horaires et des crédits... Avec le développement du soutien scolaire
sous ses différentes formes et des activités interdisciplinaires, la
fonction d’organisation prend une dimension nouvelle : plus importante,
elle est aussi plus complexe et requiert autant d’autorité que de psychologie,
voire de diplomatie. La gestion des ressources humaines participe aussi
de ce rôle. Il s’agit en effet “ de donner des rôles à chacun, et si
possible celui qui lui convient le mieux ”, afin que tous contribuent
au bon fonctionnement de l’établissement et à la réalisation du projet
(c’est à ce propos qu’est le plus souvent utilisée l’image du chef d’orchestre).
En certains cas il faut en permanence écouter, conseiller, appuyer,
encadrer, qu’il s’agisse du soutien à une action expérimentale ou de
l’aide aux personnes momentanément en difficulté ; toujours, dans cet
univers peu hiérarchisé qu’est l’Education nationale, il faut rechercher
le consensus ; toujours, aussi, il faut faire preuve d’ouverture aux
autres, d’imagination et d’aptitude à apaiser d’éventuelles tensions.
Vient enfin la logistique qui, à l’instar de l’intendance, ne suit pas
sans que l’on y tienne la main. Avec l’appui du gestionnaire et, dans
les lycées professionnels ou polyvalents, du chef de travaux, le chef
d’établissement doit veiller à la sécurité des installations et des
équipements, à l’adaptation et au confort des locaux, au bon déroulement
des opérations de réfection programmées par la collectivité territoriale
de rattachement. Il doit également gérer avec discernement les ressources
matérielles et financières allouées à l’établissement, planifier les
investissements, rechercher les possibilités de coopération ou de partenariat.
Et il doit veiller à l’accomplissement de toutes les tâches administratives
qu’implique la gestion d’un EPLE - ou, trop souvent, les accomplir lui-même.
· Une mission d’animation Les établissements sont des lieux relationnels
par excellence, en ce sens que tout s’y joue au travers de rapports
individuels ou collectifs, et que le climat qui y règne a une importance
décisive : là où la communauté éducative n’existe que sur le papier,
chacun travaillant en fonction de ses goûts, de ses convenances, ou
des orientations qu’il croit les meilleures, la cohérence et la continuité
sont aléatoires ; au contraire, lorsqu’existent une approche et un dessein
collectifs, des stratégies de réussite efficaces peuvent se développer
; le rôle fédérateur et catalyseur du chef d’établissement est à cet
égard primordial. Il s’exerce au service des actions communes nécessaires
à la mise en oeuvre du projet, par la constitution d’équipes, l’organisation
de la complémentarité et l’ouverture sur l’environnement extérieur.
Il consiste à impulser les initiatives, rassembler les énergies, mobiliser
les hésitants et veiller à la synergie des entreprises individuelles
en développant le sentiment d’appartenance à une communauté d’œuvre.
Il suppose une action permanente et soutenue de communication : délivrance
à tous les intéressés d’une information “ qui donne du sens, soutient
la motivation et facilite l’exécution du travail ”, mais aussi aménagement
des relations internes de manière à limiter autant que possible les
cloisonnements et créer les conditions d’une dynamique collective “ d’échanges
et d’argumentation ” tournée vers la réussite des élèves. Animer, c’est
aussi favoriser la vie en commun, c’est-à-dire créer et maintenir l’harmonie
au sein de la collectivité en faisant respecter les droits et la personnalité
de chacun. Les chefs d’établissement doivent veiller à ce que règne
un climat de confiance réciproque et de compréhension mutuelle entre
adultes et élèves. Le respect des valeurs démocratiques a toute sa place
dans les établissements d’enseignement : il implique que les droits
reconnus aux uns soient acceptés et non pas seulement tolérés par les
autres, et que les obligations soient explicitées pour n’être pas considérées
comme des charges indues. Les intérêts en présence sont parfois divergents
: il appartient aux chefs d’établissement d’exercer entre eux un arbitrage,
plus ou moins apparent mais propre à désamorcer les conflits ; le règlement
intérieur représente à cet égard un instrument utile, mais les conditions
de son élaboration, ses dispositions et la manière dont elles sont appliquées
constituent aussi de bons indicateurs du climat qui prévaut dans l’établissement.
Toutes ces tâches - et sans doute bien d’autres - sont inscrites dans
les textes ou peuvent être déduites de l’esprit de ceux-ci. Elles sont
considérables, et expliquent la place centrale qu’occupent de nos jours
les chefs d’établissement; mais il n’est pas certain que les possibilités
d’action offertes soient à la hauteur des responsabilités conférées.
1.2. - Les moyens
d’action
On a dit plus haut qu’il conviendrait d’étoffer l’équipe entourant les
chefs d’établissement, et que les projets devraient être soutenus par
une contractualisation pluriannuelle des moyens d’où résulteraient “ des
espaces pour agir ”. Mais il faut également évoquer le problème des
pouvoirs dont ils disposent sur la situation des personnels : non seulement
ils n’ont rien à dire sur les affectations, mais ils ne pèsent guère
sur les conditions d’emploi. Presque toujours, fort heureusement, leur
autorité morale suffit à créer le consensus autour d’une politique et
à susciter l’adhésion pour sa mise en oeuvre, car la compétence et l’engagement
de l’immense majorité des personnels sont indéniables. Mais dans quelques
cas ils rencontrent des résistances ou une inertie préjudiciables qu’ils
ne peuvent surmonter, en raison de deux facteurs dont les effets s’additionnent.
D’une part, certains statuts particuliers sont insuffisamment précis
quant aux prestations qui peuvent être légitimement demandées aux intéressés.
D’autre part, leur position institutionnelle propre n’a pas évolué depuis
les textes fondateurs alors que leurs responsabilités fonctionnelles
se sont accrues : le pilote dont chacun reconnaît le rôle éminent demeure
à certains égards un primus inter pares. L’ordonnancement juridique
est en effet quelque peu ambigu : le décret du 30 août 1985 donne ainsi
aux chefs d’établissement “ autorité sur l’ensemble des personnels affectés
ou mis à la disposition de l’établissement ” et les charge de veiller
“ au bon déroulement des enseignements ainsi que du contrôle continu
des aptitudes et des connaissances ”, mais en pratique ces dispositions
sont doublement contrecarrées. En premier lieu par l’absence des instruments
traditionnels du pouvoir hiérarchique : la notation des personnels enseignants,
par exemple, n’appartient aux chefs d’établissement que pour les 40
% correspondant à la note administrative, le reste - c’est-à-dire tout
ce qui concerne la pédagogie - relevant des corpsd’inspection. Et
s’ils ont le pouvoir de fixer les services de toutes les catégories
de personnels, ce ne peut être que “ dans le respect des statuts de
ces derniers ” : lorsque ce statut ne prévoit pas expressément (mais
comment pourrait-il le faire ?) la participation à telle ou telle tâche
résultant du projet d’établissement, de quels moyens dispose le chef
d’établissement pour convaincre les récalcitrants ? En second lieu,
les particularismes professionnels font parfois obstacle à un quelconque
“ contrôle ” exercé par les chefs d’établissement. Les enseignants qui
sont attachés à leur établissement autant qu’à leur discipline adhèrent
volontiers au projet commun, mais ceux qui conçoivent leur métier comme
un dialogue singulier avec les élèves sont plus portés à défendre le
domaine réservé qu’est pour eux la salle de classe : comment les inciter
à se déprendre de leur tour d’ivoire ? Et que faire en cas de légèreté
ou d’incompétence avérées et tournant au désavantage des élèves lorsque
l’intéressé refuse d’entendre ou de suivre les conseils, y compris ceux
des corps d’inspection ? De telles difficultés sont, répétons-le, exceptionnelles
; mais les chefs d’établissement qui s’y trouvent confrontés sont par
trop démunis de moyens d’action. Sans en faire pour autant des autocrates
ni remettre en cause les latitudes d’action indispensables au métier
d’enseignant, il serait utile d’impliquer davantage les chefs d’établissement
dans les processus d’évaluation. La dualité des évaluateurs devrait
être conservée, car elle permet de croiser deux points de vue complémentaires
(“ l’inspecteur porte sur l’action d’un professeur un regard discontinu
et extérieur, le chef d’établissement un regard continu et intérieur ”),
mais il conviendrait que l’évaluation soit plus qu’aujourd’hui préparée
et réalisée en commun.
Proposition 14 : Associer davantage les chefs d’établissement
et les corps d’inspection à la préparation de l’évaluation des personnels.
Par ailleurs, les autorités académiques devraient être incitées à porter
une attention plus grande aux difficultés que leur signalent les chefs
d’établissement : il n’est pas conforme à l’intérêt du service public
que des signalements réitérés ne soient pas suivis d’effets dès l’instant
où ils sont solidement étayés. Sur un plan plus général, il serait temps
que les missions des chefs d’établissement soient redéfinies pour prendre
en compte l’évolution que l’on constate depuis une décennie. Les textes
de 1985 et 1988 consacraient l’avènement d’un nouveau métier et en ont
judicieusement défini les grandes lignes, qu’il ne paraît pas nécessaire
de modifier. Mais il faudrait qu’un “ référentiel ” de ce métier spécifie
en les actualisant ses diverses composantes et dessine le cadre fonctionnel
de son exercice : en termes d’encadrement, d’organisation de la pédagogie,
de gestion des ressources humaines, qu’implique-t-il aujourd’hui et
quelles sont les attentes de l’institution à l’égard des personnes qui
en sont investies ? La question se pose au niveau national pour l’ensemble
de la profession, comme au niveau académique pour chacun de ses membres,
compte tenu des particularités de l’établissement d’affectation (cf.
infra, proposition n° 17).
Proposition 15 : Elaborer une directive nationale définissant
le contenu et le sens à donner aux fonctions de chef d’établissement,
ainsi que la position institutionnelle qui en découle.
2 - La direction
: chef d’établissement et adjoint(s)
La complexité croissante
des établissements, l’élargissement de leurs missions, la nécessité
d’une présence beaucoup plus attentive aux élèves, ne permettent pas
au chef d’établissement de faire face seul à l’ensemble des responsabilités
qui lui incombent. Il lui appartient donc d’organiser son travail, en
tout premier lieu avec son adjoint, soit statutaire dans la majeure
partie des établissements, soit fonctionnel lorsque l’unité n’atteint
pas une taille critique.
2.1. - Qui fait
quoi ?
La question doit être posée et l’est par la plupart des contributions.
Le statut des personnels de direction a opté pour une non définition
du rôle de l’adjoint. Le flou qui en résulte génère souvent un malaise
pour l’adjoint qui voit mal sa position. Il apparaît comme “ un homme
de coulisse, un machiniste ” aux côtés d’un chef non choisi , “ enfermé
dans des tâches d’administration ”, la plupart du temps mal connu de
ceux qui pèseront sur l’évolution de sa carrière . La fonction est rapidement
“ vécue comme un purgatoire ”. Les intéressés ont le sentiment d’une
progressive dégradation de leurs fonctions, qui évoluent vers “ des
tâches de type bureautique ”. La technicité que requiert la préparation
des emplois du temps “ n’est pas, a priori, le meilleur produit d’appel
pour la fonction ”. Bref, “ être adjoint, c’est vivre une condition
de subordination... Perçue comme une fonction de l’ombre, (la fonction
d’adjoint) l’est aussi comme instable et floue, et du coup dissuasive ”.
Face à une réalité très contrastée, (de l’alter ego à l’exécutant),
deux thèses sont en présence. Les tenants du statut tiennent à “ réaffirmer
le principe d’unicité de la fonction ” et à défendre le “ corps unique ”,
réservant l’appellation “ équipe de direction ” aux seuls personnels
relevant du statut des personnels de direction. D’autres plaident en
faveur d’une redéfinition et d’une revalorisation du rôle de l’adjoint.
Ainsi est-il proposé de lui confier la responsabilité de conduire la
partie pédagogique du projet d’établissement ou la présidence du conseil
pédagogique - nouvelle instance suggérée - en liaison avec les IPR.
Les mots clarifier, définir, préciser reviennent fréquemment. A la réflexion,
ces deux positions ne paraissent pas si antinomiques. Une forte convergence
se fait jour pour que chaque adjoint bénéficie de fonctions claires.
Pour ce faire, il est possible de déterminer ces fonctions à travers
un texte spécifique relatif aux adjoints autour du classique dénominateur
commun que sont la confection de l’emploi du temps, la préparation et
le suivi des conseils de classe, la participation à l’orientation des
élèves, avec parfois le retour prôné au rôle de censeur des études dans
les établissements complexes. Mais on court alors le risque de figer
les rôles et de réduire la marge d’autonomie dont disposent les chefs
d’établissement. Ne vaut-il pas mieux envisager que la répartition des
tâches entre le chef et l’adjoint soit “ du ressort de l’équipe de direction
en fonction des compétences et des goûts de chacun et des exigences
de l’établissement ” ? Il importe de construire des délégations claires,
de substituer “ une délégation d’initiative à l’actuelle délégation
d’exécution ”. Le premier acte d’un chef d’établissement nommé ne devrait-il
pas être de passer un contrat avec son adjoint sur la répartition des
responsabilités ? Il serait par contre malsain de laisser s’établir
ou se perpétuer, au nom du principe de l’unicité de direction, une situation
floue, préjudiciable à l’exercice de l’autorité et à l’image dynamique
que doit donner à la communauté scolaire une direction travaillant vraiment
en équipe.
Proposition 16 : Lors de sa nomination le chef d’établissement
négocie avec son, ou ses djoints, la répartition des fonctions de direction,
qui fait l’objet d’un accord écrit, diffusé u sein de l’établissement
ainsi qu’aux autorités hiérarchiques.
2.2. - Quelles
missions pour un établissement donné ?
L’importance de la démarche de projet dans la conduite d’un établissement
suppose que la personne nommée à la tête de cet établissement sache
clairement ce que l’on attend d’elle. Les contributions déplorent souvent
la multiplicité d’instructions, parfois contradictoires, qui malmènent
l’autonomie des établissements et contraignent leurs responsables à
agir dans l’urgence. Ceux-ci demandent à travailler dans la sérénité,
dans la durée, sur la base d’un contrat clair passé avec leur hiérarchie.
C’est effectivement sur des bases contractuelles que doivent désormais
s’établir les relations entre les établissements et la tutelle (cf.
proposition 11). Il y a sur ce point accord unanime. Le chef d’établissement,
lors de sa nomination, devrait recevoir du recteur une lettre de mission.
Le ministre ayant d’une part défini le cadre général de la fonction
de chef d’établissement (cf. proposition 15) et précisant d’autre part
dans la circulaire annuelle de rentrée les priorités nationales qui
s’imposent à tous, il apparaît logique que l’autorité déconcentrée,
qui connaît les établissements et leurs problèmes, adapte ces priorités
aux spécificités locales. La mission ainsi confiée requiert au préalable
un temps d’apprivoisement de l’établissement par le responsable nommé.
Il n’est ni possible ni souhaitable de fixer des objectifs ex abrupto.
C’est donc au terme d’une période d’observation que l’autorité académique
doit établir, en concertation avec celui ou celle qui aura à le mettre
en oeuvre, le cahier des charges relatif à la mission confiée. C’est
aussi par rapport à cette lettre de mission que pourront être évalués
par la suite les chefs d’établissement (cf. infra, proposition 35).
Proposition 17 : Au cours de la première année suivant
sa nomination, le chef ’établissement reçoit de l’autorité académique
une lettre de mission établie en concertation avec lui. Cette lettre
fixe des objectifs précis dans le cadre des orientations nationales,
et les adaptations spécifiques au contexte de l’établissement et de
l’académie. Elle a valeur contractuelle et est donc co-signée.
3 - Un travail
d’équipe
Si le chef d’établissement doit faire équipe avec son adjoint pour assurer
avec son concours la responsabilité de la direction de l’établissement,
il lui appartient, il leur appartient de faire équipe avec d’autres
au sein de l’établissement, pour constituer une véritable “ équipe de
direction ” au sens fonctionnel, et non plus statutaire, du terme. Ils
seront du reste jugés en partie sur leur capacité à faire équipe. L’isolement
d’une “ direction ” que l’on rencontre parfois sur le terrain va à
l’encontre de cette exigence.
3.1 - Une équipe
- Quelle équipe ?
Le noyau dur d’une équipe de direction - ou, si certains préfèrent,
de pilotage ou encore de coordination - se résume à trois personnes
(parfois deux dans les petits établissements) : chef d’établissement
et adjoint, gestionnaire. Il convient de souligner la place particulière
qu’occupe ce dernier dans l’établissement, de par ses compétences techniques
en gestion matérielle et financière. Il est clair que le gestionnaire
exerce ses missions sous l’autorité du chef d’établissement. Ces missions
ont été précisées dans la circulaire du 6 février 1997, discutée en
ce qu’elle semble désigner le gestionnaire comme adjoint, ce qui complique
encore le positionnement déjà délicat de l’adjoint statutaire. Peut-être
aurait-il été souhaitable d’élaborer cette circulaire en meilleure concertation
avec les personnels de direction, qui étaient concernés au premier chef.
Néanmoins, le champ de compétences évoqué paraît rationnel, et il conviendra
d’examiner sereinement quel parti en tirer dans les modes d’organisation
des établissements (cf. infra, 3.2). En tout état de cause, un chef
d’établissement ne peut pas ne pas faire équipe avec son gestionnaire,
comme un gestionnaire ne saurait s’enfermer dans sa spécificité, fût-il
agent comptable. Par delà ces trois personnes-clés qui ont une responsabilité
importante, il paraît indispensable que soit prise en compte la dimension
“ vie scolaire ”, qui joue un rôle éminent avec l’évolution récente
des missions des établissements. A ce titre, doit être sollicitée la
compétence du ou des CPE, dont l’éclairage est irremplaçable pour définir
les stratégies de pilotage de l’établissement. Ce problème n’est cependant
pas simple. L’évolution statutaire des CPE, les positions de leurs organisations
représentatives, les éloignent parfois de la direction des établissements.
Une clarification de leurs missions et des exigences qui en découlent
a été unanimement demandée au sein de la table ronde. Elle est d’autant
plus légitime que, désormais, près d’un sur cinq des nouveaux personnels
de direction est issu du corps des CPE. Il serait paradoxal que persiste
- chez certains - un refus de collaborer à une fonction à laquelle,
parallèlement, ils aspirent. Les chefs d’établissement évoquent des
différends très précis qui concernent le service de vacances, l’obligation
de résidence, et le bénéfice d’un service hebdomadaire qui entraîne
des “ trous ” en vie scolaire, trous bouchés par nécessité absolue de
service par... le chef d’établissement ! Une remise à plat du positionnement
des CPE est expressément souhaitée. Il arrive néanmoins que nombre de
CPE, par leurs qualités intrinsèques, par leur sens du travail en équipe,
par leur souci de donner à la dimension vie scolaire toute la place
qu’elle exige dans le contexte d’aujourd’hui, s’imposent non seulement
comme des interlocuteurs incontournables des chefs d’établissement,
mais parfois comme leurs plus précieux alliés. Il est évident que, dans
l’idéal, tous devraient appartenir au premier cercle de leurs collaborateurs.
L’équipe de direction peut être conçue de manière plus large encore
avec, dans les établissements où il existe, le chef de travaux qui est
un conseiller précieux, le personnel social et de santé dont l’éclairage
devient également essentiel et dont certains souhaitent que la place
hiérarchique au sein de l’établissement soit mieux explicitée. A ce
stade de la réflexion, force est de constater que la complexification
croissante des établissements, l’élargissement de leurs missions, le
développement des technologies nouvelles, l’attention plus personnalisée
qui doit être portée aux élèves et aux familles, requièrent des responsables
d’établissement de travailler et surtout de s’organiser autrement.
Proposition 18 : La direction d’un établissement est assurée
par un chef d’établissement, assisté le cas échéant d’un ou plusieurs
personnels de direction adjoints. Une équipe de direction comprenant
le gestionnaire, le CPE et, en fonction des situations, le chef de travaux,
le personnel social et de santé doit être mise en place.
3.2 - Des configurations
variées
Tout le monde s’accorde sur la nécessité de libérer le chef d’établissement
des tâches matérielles et ponctuelles pour lui permettre de se consacrer
à sa mission fondamentale de pilotage politique, qui exige du temps
et de la disponibilité. Il faut donc mettre en place un véritable organigramme
de l’établissement, qui couvre toutes les fonctions et mobilise, par
le biais de la délégation, le maximum de compétences. Certains vont
jusqu’à proposer que les fonctions soient codifiées dans un texte. Il
nous paraît plus sage et plus conforme à l’esprit de l’autonomie de
laisser les chefs d’établissement s’organiser, en fonction de la taille
et du type d’établissement qu’ils dirigent. L’important est qu’ils choisissent,
en concertation avec ceux qui le feront vivre, un type d’organisation
clair, qui fera l’objet d’une large diffusion au sein de l’établissement
et auprès des autorités hiérarchiques. Ce mode de management prendra
alors une valeur contractuelle.
Proposition 19 : Un organigramme est adopté par le chef
d’établissement pour assurer un pilotage en équipe. Ce document, qui
prend valeur contractuelle, est révisable annuellement à l’initiative
du chef d’établissement, en concertation avec ses collaborateurs concernés.
Plutôt que de bâtir des organigrammes-type — plusieurs ont été proposés,
avec chacun leur logique et leur pertinence — il nous a paru plus judicieux
de lister les principales fonctions qui doivent être “ organisées ”
au sein des établissements. Le champ d’activité correspondant à ces
fonctions devra être couvert dans l’organigramme de chaque établissement.
La fonction première à organiser est, cela va de soi, celle qui concerne
l’action pédagogique. Elle doit être davantage structurée qu’aujourd’hui.
L’idée de créer des départements, avec un responsable enseignant en
partie déchargé de cours, fait son chemin. Quels que soient la qualité
de l’adjoint et son investissement traditionnellement privilégié dans
le champ de la pédagogie, les chefs d’établissement ont besoin de relais
pour l’animation des équipes, pour la mise en œuvre de l’ingénierie
pédagogique, pour coordonner la réflexion sur l’adaptation des contenus
et des méthodes. Afin de bien marquer l’importance de ce champ pédagogique
une instance fonctionnelle nouvelle devrait être mise en place. Selon
l’organisation choisie par l’établissement, le chef d’établissement
ou son adjoint sera l’animateur privilégié de cette instance. Celle-ci
jouera un rôle moteur dans l’initiation du projet d’établissement, élargi
ensuite aux autres acteurs de la communauté scolaire. Elle devra également
impulser la politique d’éducation à l’orientation.
Proposition 20 : Les établissements se dotent d’un conseil
pédagogique dont la composition est fixée par le conseil d’administration
. Il réunit des enseignants en respectant un équilibre entre les niveaux
de formation et les secteurs disciplinaires, organisés ou non en départements.
Un second pôle fonctionnel, qui découle également des missions de l’établissement,
concerne le vaste champ de la vie scolaire. Statutairement, il échoit
au CPE et à son équipe. Il peut aussi, en liaison étroite avec la précédente
fonction, s’élargir au champ du suivi et de l’accompagnement des élèves.
Il intégrera également les domaines de la santé et du social qui ont
un lien fort avec la vie scolaire. Enfin, le dernier pôle est au service
des deux précédents. Il concerne l’administration et la gestion de l’établissement,
y compris la gestion des ressources humaines et la communication interne
et externe. Selon la configuration des établissements, leurs dimensions
et les personnels dont ils disposent, ces pôles pourront être soit regroupés
sous une même responsabilité, soit au contraire démultipliés et répartis
entre plusieurs collaborateurs. Il est en effet impossible d’imaginer
qu’un collège de 150 élèves et un lycée qui en accueille 2 500, ou encore
une cité scolaire, fonctionnent suivant la même organisation.
Dans un petit collège, qui comprendra au maximum quatre personnes (le
chef d’établissement, l’adjoint ou CPE, le gestionnaire, la secrétaire),
il paraît logique que le partage soit le suivant : Chef d’établissement
à pôle pédagogique Adjoint/CPE à pôle vie scolaire Gestionnaire à pôle
administration et gestion.
Dans les établissements moyens qui comportent six personnes (un chef
d’établissement, un adjoint, un CPE, un gestionnaire, deux personnels
de secrétariat), la répartition des trois pôles se fait naturellement
entre l’adjoint, le CPE et le gestionnaire, ce qui permettrait au chef
d’établissement de se rendre disponible pour son triple rôle de pilote,
d’organisateur et d’animateur.
Enfin, dans les gros établissements, qui disposent d’une dizaine de
collaborateurs (deux adjoints, deux CPE, un CASU, cinq personnels de
secrétariat), il est possible de scinder davantage les responsabilités,
notamment entre les deux adjoints et les deux CPE.
La table ronde n’est pas unanime sur la question d’un pôle unique administration
et gestion. Les chefs d’établissement, majoritairement, privilégient
l’idée d’une séparation des deux fonctions. Ils revendiquent aussi un
renforcement de leur secrétariat, et souhaitent disposer d’un collaborateur
expérimenté, avec le profil d’attaché de direction. D’autres partenaires
plaident pour un pôle unique placé sous l’autorité du gestionnaire qui,
dans les gros établissements, est un fonctionnaire de catégorie A ou
A+, recruté par un concours de haut niveau ; il s’agirait dès lors de
transformer le gestionnaire en un véritable secrétaire général de l’établissement.
Il n’est pas possible de trancher ce débat dans le cadre du présent
rapport. Il serait néanmoins très regrettable que, comme c’est souvent
le cas aujourd’hui, se perpétue, voire se renforce, un cloisonnement
de deux services : l’administration d’un côté, l’intendance de l’autre,
alors que la mise en synergie de l’ensemble des personnels dans un service
unique d’administration et de gestion permettrait de gagner en efficacité
et de décharger réellement le chef d’établissement de toute cette partie
administrative qu’il doit naturellement contrôler, mais qui bien souvent
mobilise le plus fort de son activité, au détriment de sa mission première.
En tout état de cause il conviendra de donner à ce service les moyens
de fonctionner efficacement, notamment en requalifiant les personnes
qui en feront partie et en étoffant si nécessaire les effectifs existants.
Proposition 21: Mettre en synergie l’ensemble des personnels
de l’administration et de l’intendance pour préparer un pôle unique
de gestion administrative et financière, qui devra disposer de possibilités
d’action suffisantes. Par ailleurs, la dimension essentielle qu’ont
prise les nouvelles technologies dans la gestion quotidienne des établissements
paraît légitimer le développement d’un métier nouveau de maintenance
et d’aide à l’utilisateur, mutualisé au profit de plusieurs établissements.
Proposition 22 : Dans le ressort de chaque bassin de
formation est progressivement implanté un poste de technicien de TICE.
Dans l’ensemble
du système, d’ailleurs, la summa divisio qui sépare fonctions (ou carrières)
pédagogiques et administratives est souvent fallacieuse. Cf. en particulier
Bernard Toulemonde “ Le chef d’établissement d’enseignement du second
degré ”, in Actualité juridique-droit administratif, novembre 1996,
p819 et ss. Il est remarquable qu’un récent rapport consacré à l’enseignement
du premier degré insiste pareillement sur l’importance du projet et
de l’action collective, ainsi que l’utilité de renforcer la fonction
de directeur d’école (Jean Ferrier “ Améliorer l’efficacité de l’école
primaire ”, juillet 1998, p.114 et s.) L’une et l’autre notes étant,
au demeurant, enserrées dans des barèmes auxquels il est très difficile
de déroger. Michel Poupelin, IGEN, “ La crise de recrutement au concours
des personnels de direction ”, décembre 1997. Dans certains cas, le
gestionnaire est en même temps agent comptable et, à ce titre, en raison
de la règle de séparation des fonctions d’ordonnateur et de comptable,
indépendant du chef d’établissement. Aussi n’évoquerons-nous, à dessein,
que la fonction de gestionnaire. Ils joueraient parfois de leur dépendance
fonctionnelle d’un conseiller placé auprès des autorités académiques.
Elle aurait l’avantage de familiariser les enseignants avec les tâches
de coordination et ainsi, peut-être, d’accroître leur motivation pour
les fonctions de chef d’établissement.