IV
- LA SITUATION DES PERSONNELS DE DIRECTION
Après avoir examiné
l’évolution des missions des établissements et les principes qui doivent
présider à leur organisation, puis le rôle qui incombe aux responsables
placés à la tête de ces unités et les divers modes de pilotage possible,
la table ronde a abordé la situation des personnels de direction : vivier
et recrutement, formation initiale et continue, carrière et rémunération,
perspectives de débouchés vers d’autres métiers.
1 - Le vivier
et le recrutement
1.1 - L’état des lieux
Malgré des revalorisations substantielles, la profession de personnel
de direction n’attire pas. Les candidatures ont chuté de 30 % entre
1992 et 1997, passant de 2 788 à 1 946 postulants. Cette crise affecte
aussi bien le concours C1, réservé aux agrégés (2 candidats par poste)
que le concours C2 (3 candidats par poste). La session de 1998 (2 166
candidats) et plus encore celle de 1999 (2 566 candidats) ont vu s’amorcer
une remontée, mais elle est trop récente pour que l’on puisse évaluer
son caractère durable ou conjoncturel. En particulier, la perspective
d’une formation assurée en responsabilité, formule retenue à titre transitoire
pour le recrutement en cours, laisse vraisemblablement espérer à certains
candidats une nomination dans leur académie, voire à proximité de leur
domicile, et explique peut-être ce nouvel afflux. A cette crise quantitative,
s’ajoute une crise qualitative : “ La baisse du nombre des candidats
certifiés est en grande partie masquée par les néo-certifiés issus de
l’intégration des PEGC et des PLP1 ”. De fait, les candidats jeunes,
lauréats des concours du CAPES ou de l’agrégation, sont peu, trop peu
nombreux. L’âge moyen des candidats s’est stabilisé autour de 45 ans.
Si le pourcentage de candidats âgés de 31 à 35 ans progresse (il est
passé en deux ans de 5,6 % à 9,8 %), la tranche d’âge de 51 à 55 ans
s’accroît également (18,9 % en 1999 contre 14,7 % en 1997). Au total,
au concours de recrutement qui se déroule actuellement, 52 % des candidats
ont plus de 45 ans. Il y a là manifestement un problème objectif : comment
attirer des agrégés et certifiés jeunes vers ces fonctions ? Le changement
de conditions de travail et de niveau de responsabilité nécessite sans
doute un différentiel plus marqué. Jusqu’à l’année dernière, cette insuffisance
quantitative et qualitative de candidatures a eu pour conséquence l’impossibilité
pour les jurys successifs de pourvoir l’ensemble des postes offerts,
sous peine de renoncer à un niveau minimum (seuil d’admission à 9,2/20
en C1, à 8,6/20 en C2). Les vacances de postes ont généré un nombre
croissant de personnels “ faisant fonction ” qui, oscillant de 600 à
650 de 1993 à 1996, sont passés à 944 en 1997 et 1065 en 1998 sous l’effet,
notamment, du congé de fin d’activité. Cette situation devrait sensiblement
s’améliorer en 1999, du fait que les deux promotions recrutées au titre
des exercices 1998 et 1999 entreront ensemble en responsabilité. A l’issue
de cette double campagne, les personnels intérimaires devraient revenir
à une proportion raisonnable de 200 à 250 personnes, soit 2 % du corps
au lieu de 8 % précédemment.
1.2 - Elargir
- Pourquoi ? Jusqu’où ?
Le problème de l’élargissement du vivier a été longuement évoqué. Si
les avis apparaissaient au départ assez partagés entre les défenseurs
du statu quo au nom du rôle pédagogique premier du chef d’établissement
et de sa légitimité vis-à-vis des enseignants, et les partisans d’une
ouverture à d’autres catégories de fonctionnaires, voire à des cadres
de l’entreprise privée, la table ronde a progressivement évolué vers
un quasi consensus pour une ouverture prudente et progressive à d’autres
corps appartenant à la fonction publique. Il convient de préciser que
ce souci d’ouverture n’est pas lié à la crise de recrutement, mais veut
donner un signal fort d’un souhait des personnels de direction d’élargir
leurs horizons et d’enrichir leur vision. La référence à la compétence
et à la légitimité pédagogique ne doit pas être éludée. En effet, il
ne s’agit pas de distinguer deux catégories de chefs d’établissements,
les uns originaires de la pédagogie et tournés vers cette dernière,
les autres voués à l’administration et à la gestion. La fonction de
chef d’établissement est complexe et requiert des aptitudes et compétences
multiples. “ La maîtrise du pilotage pédagogique passe-t-elle automatiquement
par la pratique de la pédagogie ? ”. On peut avoir été enseignant et
manquer de pédagogie dans l’exercice de ses fonctions de direction.
On peut n’avoir jamais tenu une classe - c’est le cas de certains CPE
et de la plupart des COP - et bien réussir dans des fonctions de direction.
Par ailleurs, il n’est pas rare que des cadres administratifs de l’Education
nationale aient une expérience d’enseignement. Les titres universitaires
atteints par bien des cadres A de la fonction publique relèvent des
niveaux 1 et 2, alors que de plus en plus nombreux se présentent au
concours des candidats justifiant d’un diplôme de niveau 3, 4, voire
5. La session en cours confirme cette tendance. Un candidat non enseignant
pourra mettre en oeuvre “ des qualités et des compétences de manager
et de pédagogue, d’humaniste et de gestionnaire ”, et beaucoup jugent
intéressant d’avoir “ à la tête des établissements des personnalités
aussi diverses que possible ”. Cette ouverture devra naturellement être
progressive pour se stabiliser, si l’expérience est concluante, autour
de 30 % dans cinq ans. Le précédent des candidatures externes au concours
de CPE et de professeur des écoles constitue un exemple encourageant.
Les lauréats issus d’un vivier extérieur à l’actuel devront bénéficier
d’une formation en partie spécifique, comportant une immersion en établissement ,
afin de parfaire les aptitudes décelées par le jury. En contrepartie
de cette ouverture vers l’extérieur, les chefs d’établissements souhaitent
pouvoir bénéficier également d’accès en débouchés à certaines carrières,
dans le contexte d’une mobilité interministérielle accrue que prône
la réforme de l’Etat.
Proposition 23 : Les fonctions de personnels de direction
sont désormais accessibles aux personnels de la fonction publique d’Etat,
hospitalière ou territoriale, âgés de 30 à 45 ans, classés dans un corps
de catégorie A ou A+, titulaires d’un diplôme universitaire de niveau
Bac + 4, justifiant d’au moins 5 ans d’activité professionnelle en catégorie
A et ayant effectué au moins une mobilité géographique ou fonctionnelle.
Quant aux modalités du concours externe, la table ronde a émis plusieurs
hypothèses : soit le même concours pour tous, soit deux concours séparés.
Faut-il autoriser l’apport extérieur au niveau du seul C2 ou donner
accès au C1 aux catégories A+ et A supérieur, sachant que le C2 ne sera
sans doute pas suffisamment attractif pour de nombreux candidats extérieurs ?
Un groupe de travail devra approfondir cette question et définir, le
cas échéant, les modalités d’un concours externe. Par ailleurs , il
serait opportun, dans l’hypothèse où les candidats reçus au concours
ne se satisferaient pas de leurs fonctions ou se révéleraient mal adaptés
à celles-ci, de leur accorder un “ droit au retour ” dans leur corps
d’origine comme cela est également proposé pour l’ensemble des personnels
de direction (cf.infra proposition n° 39).
Proposition 24 : Etudier la possibilité de placer les
lauréats issus du vivier extérieur pour une durée maximale de 5 ans,
en position de détachement de leur corps d’origine. Au terme de ces
5 années, ils seraient, à leur demande, et après avis favorable des
autorités hiérarchiques de l’éducation nationale, intégrés à titre définitif
dans le corps des personnels de direction. A défaut, ils retourneraient
à leur corps d’origine.
1.3 - Les conditions
et modalités de recrutement
Il convient de rappeler au préalable que trois formules ont été expérimentées
en moins de 20 ans : - le recrutement par liste d’aptitude (décret n°
81.482 du 8 mai 1981). - le recrutement par concours sur épreuves (écrit
et oral) et par liste d’aptitude (décret n° 88.343 du 11 avril 1988).
- le recrutement par concours sur dossier et épreuve orale, ainsi que
par liste d’aptitude ouverte aux faisant fonction (décret n° 95.1189
du 6 novembre 1995). La table ronde s’est interrogée sur les attentes
de l’institution, s’agissant de personnels d’encadrement supérieur de
l’Etat. Il convient de vérifier quatre types de capacités : analyse
et synthèse (capacités intellectuelles), management (écoute, travail
en équipe, relations humaines), adaptation et mobilité, respect des
exigences et des contraintes du métier (disponibilité, implication).
La pertinence des conditions de recrutement actuelles au regard de ces
attentes a fait l’objet d’un examen attentif. Plusieurs pistes ont été
proposées : - la déconcentration du recrutement des adjoints au niveau
des recteurs d’académie par le biais d’une liste d’aptitude, le concours
et le mouvement national étant réservés à l’accès aux fonctions de chef
d’établissement, une fois passée la période probatoire obligatoire d’adjoint
pendant une durée de l’ordre de 3 ans; - la déconcentration de l’admissibilité
(épreuve sur dossier) au niveau académique; - le retour à la liste d’aptitude
pour les deux types de fonction ; - le rétablissement d’une admissibilité
sur épreuves écrites. Une tendance se dégage en faveur du maintien d’un
concours national, éventuellement réaménagé afin de mieux déceler les
aptitudes à la fonction , avec parfois une insistance pour qu’il soit
“ clairement affirmé comme la voie naturelle ”. Il apparaît que la définition
actuelle des épreuves n’a encore que quatre ans d’existence et qu’il
n’est pas fondamentalement nécessaire d’en changer. On pourrait cependant
concevoir une déconcentration de l’admissibilité au niveau académique.
Mais quelle que soit la formule retenue, une très grande vigilance des
autorités hiérarchiques et fonctionnelles s’impose durant les années
où le stagiaire est en responsabilité pour déceler une éventuelle erreur
manifeste dont aucun système de sélection n’est à l’abri, ce qui implique
un avis sérieux, établi dans la transparence d’une évaluation contradictoire.
Le problème d’une limite d’âge pour l’accès aux concours de recrutement,
face au vieillissement du vivier, se pose de manière de plus en plus
aiguè. L’attractivité d’un corps suppose que l’on y accède assez jeune,
en particulier lorsqu’il s’agit d’un métier qui implique responsabilité,
encadrement, dynamique d’entraînement.... Aussi paraît-il de plus en
plus souhaitable et souhaité que soit instaurée une limite d’âge. Le
chiffre le plus souvent évoqué est celui de 45 ans, sous réserve naturellement
de la législation particulière aux mères de famille. Il convient néanmoins
d’agir prudemment et progressivement, sous peine de tarir brutalement
un vivier déjà insuffisant (les personnes âgées de plus de 45 ans représentent
depuis plusieurs années 52 % de l’ensemble des candidats au concours).
Proposition 25 : La limite d’âge supérieure d’accès au concours de
recrutement est fixée à 55 ans pour les concours C1 et C2. Elle est
progressivement ramenée à 50 ans, à raison d’une année par an, durant
les cinq prochaines sessions. Beaucoup d’enseignants hésitent à franchir
le pas d’une fonction si différente de la leur, et dont les conditions
de travail et de responsabilités sont très contraignantes. Il semblerait
également que le caractère irréversible de la fonction ait un effet
dissuasif. Une possibilité de détachement avec droit de retour serait
probablement susceptible d’accroître le nombre de candidats.
1.4 - La situation
des actuels “ faisant fonction ”
De nombreux “ faisant fonction ” n’ont pas démérité et sont très appréciés
par les autorités hiérarchiques qui ont fait appel à eux. Cependant,
il arrive que malgré plusieurs tentatives, ils ne franchissent pas la
barre du concours national. D’autres, vraisemblablement par crainte
d’un déplacement géographique, ne s’y présentent pas . Il convient donc
que des dispositions particulières plus efficaces que celles qui existent
actuellement leur soient offertes. La procédure qui régit les actuelles
listes d’aptitude doit être assouplie. En effet, les places offertes
ne concernent que les académies réputées peu attractives, ce qui est
en soi de bonne gestion. Néanmoins, les académies attractives, déjà
taxées dans le cadre des premières affectations en ne recevant pas tous
les titulaires nécessaires pour combler les vacances de postes, sont
contraintes à recourir à des “ faisant fonction ” dont la plupart n’envisagent
pas une mobilité géographique. Il est du reste paradoxal que l’ensemble
des postes offerts à la liste d’aptitude, bien qu’en petit nombre, ne
soient pas pourvus chaque année.
Proposition 26 : Les personnels “ faisant fonction ” depuis
au moins trois ans peuvent être titularisés par liste d’aptitude, dans
leur académie d’exercice, en qualité d’adjoints. Il ne pourront néanmoins
accéder aux fonctions de chef d’établissement qu’à condition d’accepter
une mutation dans le cadre du mouvement national.
2 - La formation
La formation, initiale
et continue, vise à construire ou développer les compétences attendues
d’un responsable d’établissement et à élever le niveau de professionnalisme
“ celui-ci étant plus lié à la capacité de faire face à l’incertitude
et au complexe qu’à la définition prétendument exhaustive et par là
même éducatrice d’une fonction”. - La formation initiale devrait durer
une année : cet allongement par rapport au dispositif actuel entraînerait
quelques coûts, mais l’enjeu pour le bon fonctionnement du système éducatif
est tel qu’il suffirait à les justifier. Elle se déroulerait en alternance,
pour allier les enseignements de la pratique à une vision plus systématisée.
Elle devrait porter sur trois domaines principaux : les compétences
administratives et juridiques; la gestion des ressources humaines, l’organisation
et la communication; l’expertise pédagogique, ces domaines correspondant
aux missions des chefs d’établissement qui ont été recensées plus haut.
Elle serait dispensée par des formateurs de haut niveau : les implications
juridiques de la fonction, notamment, deviennent si complexes qu’elles
ne peuvent être précisées que par des professionnels du droit ; et la
perception des incidences de l’environnement professionnel, géographique
et social sur le fonctionnement du système éducatif (et des établissements
en particulier) nécessite une approche conceptuelle qui est insuffisamment
répandue chez les formateurs de terrain. Les EAAVS jouent un rôle important
pour les formations centrées sur les pratiques, mais il conviendrait
de les renouveler périodiquement sur appel d’offres et de compléter
leur apport par une culture plus large et plus distanciée, qui pourrait
être dispensée dans un cadre universitaire.
Proposition 27 : Porter à un an la durée de la formation
initiale ; faire appel à des formateurs de haut niveau. - La formation
continue a pour objectif de faciliter l’adaptation aux mutations du
système et de répondre aux besoins particuliers des chefs d’établissement
dans les différents aspects de leur métier. Elle devrait donc être construite
d’une part en fonction des nécessités constatées sur le terrain, d’autre
part en fonction d’objectifs définis par les responsables nationaux
et académiques. Certains de ces modules pourraient être communs aux
différents corps de personnels d’encadrement ; d’autres, - par exemple
pour ce qui concerne les TICE - avoir une assise intercatégorielle encore
plus large. Les plans académiques de formation devraient compter un
volet relatif à la formation continue des personnels de direction. En
raison de son importance pour le bon exercice de la fonction, on pourrait
proposer que la formation continue soit rendue obligatoire. En tout
état de cause, elle devrait être prise en compte dans l’évaluation des
chefs d’établissement, notamment à l’occasion d’un changement d’affectation.
Proposition 28 : Inclure dans les plans académiques de
formation un volet concernant la formation continue des personnels de
direction.
3 - La carrière
Il convient de
faire apparaître les problèmes liés au déroulement de la carrière des
personnels de direction, au système très complexe des rémunérations,
à la mobilité, et de proposer des débouchés possibles vers d’autres
corps de la fonction publique.
3.1 - La rémunération
Il va de soi que ce rapport ne peut formuler de propositions précises
en matière de grille indiciaire ou indemnitaire, sachant que le problème
dépasse les attributions du seul ministère de tutelle, car il implique
également la Fonction publique et le Budget. Il nous a paru néanmoins
normal, comme y invitait la lettre de mission, de faire le point sur
cette question pour relever les aspects le plus souvent cités. La rémunération
des personnels de direction est devenue un système très complexe et
peu lisible, à la suite des droits successivement acquis dans le cadre
des différents protocoles d’accord conclus en février 1990, janvier
1993 et janvier 1995. Sur le plan du traitement principal, on distingue
trois niveaux de salaires :
- la 2ème catégorie/2ème classe (2.2) correspond à la classe normale
des professeurs certifiés. Cependant la mise en place des accords Durafour
permettra un décrochage sensible puisque l’indice terminal passera de
655 à 693.
- la 2ème catégorie/1ère classe (2.1) et la 1ère catégorie/2ème classe
(1.2) bénéficient de la même grille indiciaire, qui correspond à celle
des agrégés de classe normale, avec un indice terminal 818.
- la 1ère catégorie/1ère classe (1.1) s’aligne sur la hors classe des
professeurs agrégés, avec l’indice terminal 960 (hors échelle A).
La répartition entre les catégories et en leur sein entre les classes
est très inégale. En 1996, les 13.178 personnels de direction se ventilaient
de la manière suivante : TOTAL 1ère catégorie : 1.1 : 202
1.2 : 417 619 Note de Jacques Sénécat, doyen du groupe Etablissements
et Vie scolaire de l’IGEN, sur le recrutement et la carrière des personnels
de direction (25 janvier 1999). Source : rapport de Claudie Vuillet,
IGEN, présidente des jurys 1998. Source : DPATE B4. Cf. supra 3.1.
Source : Bernard Toulemonde in “ Administration et Education ” n°4.1997.
La première catégorie ouverte aux agrégés représentait donc 4,7 % de
l'ensemble, et les bénéficiaires de la 1.1 (échelle lettre A), à peine
1,5 %. La grande majorité (9 460 soit 71,8 %) se trouve en 2.2, donc
dans la classe normale des professeurs certifiés, dont ils devraient
être décrochés depuis 1996 au terme des accords Durafour. A ce propos
leur impatience est grande et on peut la comprendre : une profession
exposée ne voit publier qu'en octobre 1998 le décret d'application de
mesures ayant effet au 1er septembre 1996, en vertu d'un protocole Fonction
publique qui remonte à ... 1989. Au terme de ce décret, la carrière
en 2.2 passera de 11 à 10 échelons, le terminal représentant un différentiel
sensible par rapport aux certifiés (indice 693 au lieu de 655). Ce problème
devrait se régler d'ici juin 1999 si le logiciel de traitement annoncé
arrive dans les temps aux services rectoraux concernés.
Le régime des bonifications indiciaires varie suivant la catégorie de
l'établissement - ceux-ci sont classés en cinq catégories - et la fonction
réellement exercée (chef ou adjoint). Depuis le protocole du 3 février
1995, une nouvelle bonification indiciaire (NBI) a été instaurée pour
les seuls chefs d'établissement de 3ème, 4ème, et 4ème exceptionnelle
catégories. L'écart extrême de bonifications indiciaires s'étale donc
de 50 points pour un adjoint dans un établissement de 1ère catégorie
à 230 points pour un chef exerçant dans un établissement de 4ème exceptionnelle.
Ces bonifications indiciaires sont prises en compte pour la retraite
dans la limite de l'indice butoir 960 qui correspond au dernier échelon
de l'échelle lettre A. Autrement dit, un chef d'établissement au dernier
échelon de la 1.1, donc à l'indice 960, perd le bénéfice de ses bonifications
indiciaires pour le calcul de ses droits. Il s'agit là d'une règle de
la fonction publique. A ces bonifications indiciaires, s'ajoutent deux
indemnités : - de sujétions spéciales, qui varie de 9.450 F à 30.690
F dans les lycées, suivant le poste occupé (chef ou adjoint) et la catégorie
de l'établissement, et est uniformément fixée à 12.210 F pour les proviseurs
de LP et principaux de collèges et à 9.450 F pour les adjoints des mêmes
types d'établissements. - de responsabilité de direction, avec deux
taux suivant la catégorie d'appartenance (1ère ou 2ème) et suivant la
fonction occupée (chef ou adjoint), ce qui donne une fourchette de 6.102
F à 12.657 F. Certains chefs d'établissement, touchent également des
indemnités liées à des charges particulières. Il s'agit notamment de
la responsabilité d'un centre d'examens ou d'un GRETA, ou encore d'un
CFA annexé dont les responsables déplorent unanimement l'insuffisante
prise en compte financière. Enfin, les personnels de direction se voient
offrir dans leur très grande majorité un logement de fonction, par nécessité
absolue de service, ce qui les dispense du loyer et en grande partie
des charges. Le parc de ces logements est néanmoins particulièrement
disparate : quoi de commun entre le superbe et spacieux appartement
d'un lycée historique de centre ville et des logements exigus, mal insonorisés,
de type HLM existant dans les établissements des banlieues difficiles,
où il est parfois nécessaire de vivre volets fermés pour se protéger
des projectiles ? Au total, la rémunération des personnels de direction
est très variable. Les extrêmes vont de moins de 150 000 F à plus de
400 000 F par an pour une petite minorité[34]. La DPATE, dans le document
mis au point pour l'appel à candidatures à la session 1999, situait
entre 13 000 et 16 000 F - indemnités comprises - la rémunération nette
mensuelle d'un adjoint en début de carrière et entre 25 000 et 31 000
F celle d'un chef d'établissement en fin de carrière. De ces observations
se dégagent quelques demandes fortes qui sont constamment revenues dans
la table ronde :
- nécessité d'un différentiel plus marqué en début de carrière, notamment
pour les personnels qui bénéficiaient avant l'entrée dans le corps d'un
niveau universitaire et indiciaire plus favorable. Des efforts substantiels
ont été consentis pour la fin de carrière ; c'est donc sur le début
qu'il faudrait agir si l'on veut aider de bons enseignants à franchir
le pas. Il est souvent fait observer qu'un professeur agrégé assurant
deux heures supplémentaires, ou exerçant en classe préparatoire, est
perdant en devenant chef d'établissement - fusion des catégories 2.2.
et 2.1 - simplification du régime indemnitaire : la BI et la NBI devraient
être fusionnées, de même sans doute que l'indemnité de direction et
de sujétions spéciales
- généralisation de la NBI à tous les chefs d'établissement et aux adjoints
- réduction des écarts indemnitaires entre chefs et adjoints
- révision du classement des établissements : il est unanimement demandé.
Deux revendications précises sont exprimées : réduire le nombre d'établissements
de 1ère catégorie (qui représentent actuellement 19,5% de l'ensemble),et
tenir compte dans les critères de la durée d'ouverture des établissements.
Certaines anomalies sont dénoncées, tel le poids excessif accordé à
des élèves qui ne posent pas de problèmes (notamment ceux des classes
post-bac), alors que les effectifs de collèges situés dans un environnement
difficile et qui requièrent une attention de tous les instants sont
mal pris en compte. Ne conviendrait-il pas aussi d'introduire un critère
d'établissement peu prisé parce que trop difficile ou trop isolé, et
de prendre en compte les élèves de CFA dans le classement ? D'aucuns
proposent que celui-ci soit déconcentré au niveau des recteurs afin
de mieux correspondre à la réalité du terrain. Il y a là, en tout état
de cause, une remise à plat à opérer.
- levée du butoir 960 : cette mesure aurait un effet pour les personnels
retraités, qui sont frappés par une réglementation de type fonction
publique.
- échelle unique de salaire : celle-ci entraînerait la suppression des
tableaux d'avancement pour les changements de classe ou de catégorie.
Les personnels bénéficieraient d'un avancement automatique et non plus
contingenté, ce qui pose tout de même le problème de l'évaluation et
de sa gratification.
- accès à la hors-échelle B : cette revendication est associée à l'éventuel
élargissement du vivier aux catégories A + et A supérieur de la fonction
publique. Il est clair qu'elle remet en cause le positionnement du corps
des IA-DSDEN et IA-IPR, qui précisément peuvent atteindre la hors-échelle
B, alors qu'ils sont appelés à constituer un corps de débouché pour
les chefs d'établissement. Il convient d'avoir à l'esprit que " c'est
sur le plan des revendications salariales que la profession a le plus
progressé ces dernières années avec le protocole d'accord et ses prolongements
"[35]. Aussi, des pistes de réflexion ouvertes, conviendrait-il d'extraire
deux ou trois priorités justifiant des correctifs.
Proposition 29 : remettre à plat le classement des établissements
en actualisant les critères ; impliquer davantage les services déconcentrés
dans son élaboration.
Proposition 30 : Entreprendre rapidement une réflexion
sur le différentiel de début de carrière.
Proposition 31 : Donner un accès moins restreint à la
catégorie 1.1 pour les meilleurs chefs d'établissement de 2ème catégorie;
rechercher un meilleur équilibre entre les catégories, notamment 2.1
et 2.2.
Enfin, le logement de fonction représente, suivant les cas, des valeurs
extrêmement différentes, parfois même une valeur négative pour la famille
qui se voit contrainte d'y habiter. Il ne serait pas illégitime d'envisager
que l'indemnité de sujétions spéciales soit modulée positivement lorsque
le logement représente une contre valeur. Par ailleurs, on peut regretter
que l'état du parc de logements de fonction soit quasiment inconnu des
autorités académiques et des collectivités territoriales de rattachement.
Proposition 32 : Demander aux collectivités territoriales
de rattachement d'établir, en liaison avec les autorités académiques,
un état des logements de fonction des établissements scolaires.
Proposition 33 : Accroître le montant de l'indemnité de
sujétions spéciales lorsque le logement de fonction représente une contre
valeur.
3.2. - L'évaluation
L'évaluation des chefs d'établissement est un vieux serpent de mer.
Plusieurs projets de rénovation du système, élaborés dans le souci d'offrir
à des cadres de haute responsabilité une procédure digne de cette responsabilité,
ont été voués à l'échec. Il en résulte que toute évaluation formelle
a disparu depuis dix ans. Les chefs d'établissement ont fait savoir
avec insistance qu'ils souhaitaient être évalués. Là encore, il y a
un consensus clair. D'autant plus clair qu'ils ont conscience d'être
évalués, de fait, soit à la faveur d'une demande de mutation, soit lors
de l'établissement des promotions. Mais cette évaluation, parfois qualifiée
de " sauvage ", leur paraît peu transparente. " L'appréciation et le
pronostic ne sont pas l'aboutissement d'une procédure claire, uniforme
et contradictoire, et ne répondent pas à des critères raisonnés et loyalement
affichés "[36]. Dès lors que l'institution leur a fixé des objectifs
précis par le biais de la lettre de mission évoquée plus haut, l'évaluation,
sur la base de cette lettre, devient possible, souhaitable, obligatoire,
car elle " procède d'une exigence démocratique demandée aux fonctionnaires
disposant d'une autorité et d'un champ important d'autonomie ". Beaucoup
estiment que " l'évaluation des personnels de direction doit conclure
l'évaluation globale de l'unité d'enseignement qu'est l'EPLE ". De nature
formative, elle doit être conduite sous forme contradictoire et générer
des conséquences, après sa transformation en notation, en termes de
promotion et de carrière. Elle devra en outre déboucher sur des propositions
de formation continue permettant à l'évalué de combler ses manques.
Cette procédure ne devra pas être trop lourde, sous peine, une nouvelle
fois, de ne pas aboutir. Il est souhaité qu'elle puisse avoir lieu aux
périodes clés de la vie professionnelle (promotions, mutations, détachements,
sortie du corps en débouché de carrière). Une évaluation intermédiaire
plus légère pourrait être envisagée en lien avec l'avancement. Qui seront
les évaluateurs ? A coup sûr le recteur, qui s'entoure des avis qu'il
estime nécessaires. La plupart ne souhaitent que cette évaluation de
l'autorité hiérarchique (recteur et/ou/via IA-DSDEN), d'autres prônent
un regard croisé de la hiérarchie d'autorité et de la hiérarchie fonctionnelle
(inspection générale) . En tout état de cause, il est souhaitable d'"
identifier clairement l'évaluateur ". Le processus d'évaluation doit
reprendre progressivement. De l'établissement de la lettre de mission
à la conclusion de l'évaluation proprement dite débouchant sur un plan
de formation continue, il exigera une mobilisation forte des instances
académiques.
Proposition 34 : Un groupe de travail paritaire doit rapidement
se mettre en place pour définir dans la plus grande transparence un
processus concerté d'évaluation des personnels de direction.
3.3 - La mobilité
Le métier de personnel de direction exige un dynamisme que seule une
mobilité périodique est susceptible de raviver ou de maintenir. La table
ronde dans son ensemble s'est prononcée en faveur d'une mobilité obligatoire
ou, à tout le moins, fermement incitative. La durée de fonction dans
un même établissement qui paraît raisonnable serait de six ans, avec
un minimum de trois ans et un maximum de neuf ans.
Proposition 35 : Le chef d'établissement nouvellement
nommé reçoit une lettre de mission pour une durée de trois ans. Celle-ci
est renouvelable pour trois ans. Au terme de six années dans le même
établissement, la mission n'est prolongée qu'annuellement. La durée
de fonction dans un même établissement ne peut dépasser neuf ans. Le
développement de cette mobilité, souhaitée par la majorité des personnels
de direction[37], suppose que soient organisés des parcours de carrière
suffisamment attractifs et incitatifs. Trop souvent des adjoints piétinent
dans des postes peu prisés, ou dans des lycées de taille importante,
sans en être toujours correctement récompensés. La mobilité doit être
organisée de manière à prendre en compte les situations familiales.
Cela implique une mobilisation des DRH dans les académies et leur renforcement,
comme celui du bureau de la DPATE qui gère 13.000 agents avec 18 personnes
et est " embolisé par les tâches courantes ". En comparaison, une contribution
relève " qu'IBM France, dont la gestion est à la fois très répartie
et informatisée, dispose d'une DRH de 100 personnes pour gérer 18.000
agents... ". Les rôles respectifs de l'administration centrale et des
échelons académiques devront être précisés, pour éviter les redondances.
3.4 - Des débouchés
vers d'autres métiers
Est-il possible de rester chef d'établissement à vie ? Certains sont
entrés très jeunes dans la fonction, autour de la trentaine. Les voilà
embarqués pour 30 à 35 ans. On peut comprendre qu'ils aient envie d'en
sortir, soit pour enrichir leur expérience, soit pour accéder à des
responsabilités plus larges, assorties d'une promotion. On peut imaginer
qu'une carrière idéale de personnel de direction s'épanouisse sur 15
ou 20 ans, à travers un ou deux postes d'adjoint, et deux à trois postes
de chef en pleine responsabilité. Il convient donc qu'au terme d'un
tel parcours, à supposer qu'il soit effectivement proposé et organisé,
les chefs d'établissement puissent mettre leur expérience au service
d'autres secteurs de la fonction publique. Cette aspiration peut aussi
intervenir plus tôt et devrait être facilitée par des passerelles. Enfin,
il peut paraître légitime que des chefs d'établissement éprouvent le
besoin de retrouver, pour un temps ou pour la fin de leur carrière,
le contact direct avec les élèves au sein de la classe ; une évaluation
de leur projet serait alors souhaitable. On pourrait retenir les propositions
suivantes :
Proposition 36 : corps de débouchés : les chefs d'établissement
doivent pouvoir accéder beaucoup plus facilement qu'aujourd'hui aux
fonctions d'IA-DSDEN ou d'IA-IPR, notamment Etablissements et vie scolaire,
qui constituent des débouchés promotionnels naturels. Les chefs d'établissement
devraient constituer le vivier naturel de la nouvelle fonction proposée
d'IA-DAES (correspondant de proximité), qui serait d'autant plus légitimée
qu'elle serait confiée à des personnes qui ont exercé des responsabilités
en établissement (cf.supra, 2.4.3)
Proposition 37 : corps de mobilité : l'ouverture du vivier
de recrutement suppose une réciprocité au bénéfice des personnels de
direction. Les chefs d'établissement devraient pouvoir accéder, soit
par concours, soit par détachement, à d'autres corps d'encadrement de
la fonction publique, au sein de l'Education nationale (CASU en rectorat
ou IA, SGASU), ou dans un cadre interministériel (administrateurs civils,
corps préfectoral, administration hospitalière, jeunesse et sports,
culture...).
Proposition 38 : droit au retour : tout personnel de direction
devrait pouvoir, pour un temps ou à titre définitif, retourner à son
corps d'origine, par le biais d'un détachement. Cette disposition permettrait,
en début de carrière, de régler sans difficulté les erreurs d'aiguillage,
toujours possibles dans une fonction aussi complexe, et en fin de carrière,
de prévenir la lassitude, la routine ou la fatigue par un retour aux
sources. Elle pourrait aussi offrir aux personnels de direction la possibilité
d'accéder à la CPA qui ne leur est pas ouverte aujourd'hui, car incompatible
avec une responsabilité ne pouvant être scindée. * * * La revalorisation
du rôle des chefs d'établissement a ainsi de multiples facettes. L'amélioration
de leurs conditions de travail est indispensable à un bon exercice de
ce rôle. Une définition claire de ce que l'institution en attend aujourd'hui
est également nécessaire : elle passe aussi bien par une directive ministérielle
actualisant le contenu et le sens de leur mission que par l'instauration
de relations nouvelles avec les autorités académiques. La condition
matérielle qui leur est faite doit pareillement faire l'objet d'un suivi
attentif : tout ce qui contribue à un exercice serein de la fonction
sert, par delà les intéressés, le bon fonctionnement du système éducatif.
La dernière proposition qui sera faite ici illustre et conclut tout
à la fois les travaux menés par la table ronde :
Proposition 39 : L'autorité académique procède publiquement,
dans l'établissement, à l'installation du principal ou du proviseur
nouvellement nommé. * * *
LES PROPOSITIONS
EN CINQ PRIORITES
I. FACILITER
L'ACCOMPLISSEMENT DES TÂCHES
*Contractualiser les missions dévolues aux établissements, ainsi que
les moyens d'action correspondants, en laissant à leur disposition un
pourcentage de la DHG tenant compte des caractéristiques de l'établissement
(proposition 11).
*Interconnecter les services des rectorats et des inspections académiques;
désigner au niveau rectoral une personne chargée d'établir annuellement
la liste des informations qui seront demandées aux établissements; adresser
cette liste aux établissements et à l'administration centrale; prévoir
des délais de réponse suffisants (proposition 1).
*Prendre en compte les besoins et les contraintes des établissements
dans la conception des systèmes d'information de gestion informatisés
(proposition 2).
*L'administration centrale devrait publier aussitôt que possible le
guide juridique annoncé aux chefs d'établissement; les services juridiques
des académies devraient être étoffés et comporter, dans les I.A., des
relais capables de conseiller les chefs d'établissements pour les affaires
simples et de les aiguiller vers des autorités qualifiées lorsque la
question est plus grave ou complexe (proposition 3).
*Les collectivités territoriales pourraient être incitées à déléguer
aux établissements des crédits de maintenance leur permettant de faire
procéder eux-mêmes aux réparations urgentes mais de portée financière
limitée (proposition 4).
*Dans le ressort de chaque bassin de formation est progressivement implanté
un poste de technicien de TICE (proposition 22).
II. MODERNISER
LE PILOTAGE
*En reprenant les propositions du rapport "Centrale 2000", affirmer
et organiser la déconcentration en un niveau intermédiaire unique entre
le ministère et l'établissement : l'académie; puis organiser un maillage
des services académiques pour assurer les fonctions de proximité; définir
une géographie de l'enseignement scolaire mettant en cohérence les multiples
découpages actuels (proposition 13).
*L'organisation du dispositif de coopération entre établissements est
remise à plat, avec pour objectif de réunir en bassins de formation
d'une aire géographique limitée un nombre moyen d'établissements assez
homogène (proposition 8).
*Les autorités académiques encouragent, par des moyens appropriés, les
initiatives de mutualisation proposées par les établissements d'un même
bassin de formation, conformément à la loi du 10 juillet 1989 (proposition
9).
*Les établissements à faibles effectifs sont invités, sur la base du
volontariat, et à titre expérimental, à se regrouper en vue de constituer
éventuellement par la suite un seul EPLE. Le nouvel établissement devra
réunir soit un minimum d'unités pédagogiques, soit un minimum d'élèves.
Les unités pédagogiques seront animées par un personnel de direction
adjoint, l'essentiel des tâches administratives étant effectuées au
siège de l'EPLE renforcé en conséquence (proposition 10).
*Les instances de l'établissement sont réorganisées. Chaque établissement
fonctionnerait avec un conseil d'administration , un bureau, émanation
du conseil d'administration et un conseil de la vie scolaire (proposition
7).
*Les établissements se dotent d'un conseil pédagogique dont la composition
est fixée par le conseil d'administration. Il réunit des enseignants
en respectant un équilibre entre les niveaux de formation et les secteurs
disciplinaires, organisés ou non en départements (proposition 20).
*Le rôle du conseil d'administration est recentré sur la conduite de
la politique générale de l'établissement, et son fonctionnement amélioré.
Les questions de caractère plus quotidien ou matériel sont réglées soit
directement par le chef d'établissement avec obligation de compte rendu,
soit par la commission permanente remodelée sous forme d'un bureau (proposition
5).
*Le chef d'établissement préside le conseil d'administration. Chaque
année, à la dernière séance de l'année scolaire, après avoir échangé
sur le rapport annuel présenté par le chef d'établissement, le conseil
débat du fonctionnement de la démocratie interne (proposition 6).
III. AFFERMIR
LE RÔLE DES CHEFS D'ÉTABLISSEMENT ET DE LEUR ÉQUIPE
*Elaborer une directive nationale définissant le contenu et le sens
à donner aux fonctions de chef d'établissement, ainsi que la position
institutionnelle qui en découle (proposition 15).
*L'autorité
académique procède publiquement, dans l'établissement, à l'installation
du principal ou du proviseur nouvellement nommé (proposition 39).
*Au cours de la première année suivant sa nomination, le chef d'établissement
reçoit de l'autorité académique une lettre de mission établie en concertation
avec lui. Celle-ci fixe des objectifs précis dans le cadre des orientations
nationales, et les adaptations spécifiques au contexte de l'établissement
et de l'académie. Elle a valeur contractuelle et est donc co-signée
(proposition 17).
*Associer davantage les chefs d'établissement et les corps d'inspection
à la préparation de l'évaluation des personnels (proposition 14).
*Considérer les chefs d'établissement comme des collaborateurs des autorités
académiques; les associer systématiquement aux groupes de travail préparant
l'élaboration ou la mise en oeuvre des politiques rectorales; créer
au besoin de tels groupes (proposition 12).
*La direction d'un établissement est assurée par un chef d'établissement,
assisté le cas échéant d'un ou plusieurs personnels de direction adjoints.
Une équipe de direction comprenant le gestionnaire, le CPE et, en fonction
des situations, le chef de travaux, le personnel social et de santé
doit être mise en place (proposition 18).
*Lors de sa nomination, le chef d'établissement négocie avec son, ou
ses adjoints, la répartition des fonctions de direction, qui fait l'objet
d'un accord écrit, diffusé au sein de l'établissement ainsi qu'aux autorités
hiérarchiques (proposition 16).
*Un organigramme est adopté par le chef d'établissement pour assurer
un pilotage en équipe. Ce document, qui prend valeur contractuelle,
est révisable annuellement à l'initiative du chef d'établissement, en
concertation avec ses collaborateurs concernés (proposition 19).
*Mettre en synergie l'ensemble des personnels de l'administration et
de l'intendance pour préparer un pôle unique de gestion administrative
et financière, qui devra disposer de possibilités d'action suffisantes
(proposition 21).
IV. FAVORISER
L'ACCÈS À LA FONCTION
*Les fonctions de personnels de direction sont désormais accessibles
aux personnels titulaires ou contractuels de droit public de la fonction
publique d'Etat, hospitalière ou territoriale, âgés de 30 à 45 ans,
classés dans un corps de catégorie A ou A+, titulaires d'un diplôme
universitaire de niveau Bac+4, justifiant d'au moins 5 ans d'activité
professionnelle en catégorie A et ayant effectué au moins une mobilité
géographique ou fonctionnelle (proposition 23).
*Etudier la possibilité de placer les lauréats issus du vivier extérieur
pour une durée maximale de 5 ans, en position de détachement de leur
corps d'origine. Au terme de ces 5 années, ils seraient, à leur demande,
et après avis favorable des autorités hiérarchiques de l'éducation nationale,
intégrés à titre définitif dans le corps des personnels de direction.
A défaut, ils retourneraient à leur corps d'origine (proposition 24).
*La limite d'âge supérieure d'accès au concours de recrutement est fixée
à 55 ans pour les concours C1 et C2. Elle est progressivement ramenée
à 50 ans, à raison d'une année par an, durant les 5 prochaines sessions
(proposition 25).
*Les personnels "faisant fonction" depuis au moins trois ans peuvent
être titularisés par liste d'aptitude, dans leur académie d'exercice,
en qualité d'adjoints. Ils ne pourront néanmoins accéder aux fonctions
de chef d'établissement qu'à condition d'accepter une mutation dans
le cadre du mouvement national (proposition 26).
*Le chef d'établissement nouvellement nommé reçoit une lettre de mission
pour une durée de trois ans. Celle-ci est renouvelable pour trois ans.
Au terme de six années dans le même établissement, la mission n'est
prolongée qu'annuellement. La durée de fonction dans un même établissement
ne peut dépasser neuf ans (proposition 35).
V. ACCOMPAGNER
LES CARRIÈRES DES PERSONNELS DE DIRECTION
*Porter à un an la durée de la formation initiale; faire appel à des
formateurs de haut niveau (proposition 27).
*Inclure dans les plans académiques de formation un volet concernant
la formation continue des personnels de direction (proposition 28).
*Un groupe de travail paritaire doit rapidement se mettre en place pour
définir dans la plus grande transparence un processus concerté d'évaluation
des personnels de direction (proposition 34).
*Remettre à plat le classement des établissements en actualisant les
critères; impliquer davantage les services déconcentrés dans son élaboration
(proposition 29).
*Entreprendre rapidement une réflexion sur le différentiel de début
de carrière (proposition 30).
*Donner un accès moins restreint à la catégorie 1.1. pour les meilleurs
chefs d'établissement de 2ème catégorie, rechercher un meilleur équilibre
entre les catégories; notamment 2.1 et 2.2 (proposition 31).
*Demander aux collectivités territoriales de rattachement d'établir,
en liaison avec les autorités académiques, un état des logements de
fonction des établissements scolaires (proposition 32).
*Accroître le montant de l'indemnité de sujétions spéciales lorsque
le logement de fonction représente une contre-valeur (proposition 33).
*Corps de débouchés : les chefs d'établissement doivent pouvoir accéder
beaucoup plus facilement qu'aujourd'hui aux fonctions d'IA-DSDEN ou
d'IA-IPR, notamment Etablissements et vie scolaire, qui constituent
des débouchés promotionnels naturels. Les chefs d'établissement devraient
constituer le vivier naturel de la nouvelle fonction proposée d'IA-DAES
(un correspondant de proximité), qui serait d'autant plus légitimée
qu'elle serait confiée à des personnes qui ont exercé des responsabilités
en établissement (proposition 36).
*Corps de mobilité : l'ouverture du vivier de recrutement suppose une
réciprocité au bénéfice des personnels de direction. Les chefs d'établissement
devraient pouvoir accéder, soit par concours, soit par détachement,
à d'autres corps d'encadrement de la fonction publique, au sein de l'Education
nationale (CASU en rectorat ou IA, SGASU), ou dans un cadre interministériel
(administrateurs civils, corps préfectoral, administration hospitalière,
jeunesse et sports, culture,...) (proposition 37).
*Droit au retour : tout personnel de direction devrait pouvoir, pour
un temps ou à titre définitif, retourner à son corps d'origine, par
le biais d'un détachement (proposition 38).
Annexes
ANNEXE n°1
Ministère de l'Education nationale, de la recherche et de la technologie
Le Ministre La Ministre déléguée Paris, le 29 OCT. 1998
Monsieur le Recteur, Les chefs d'établissement des lycées et collèges
ont un rôle irremplaçable dans notre système éducatif. La très grande
majorité d'entre eux accomplit cette tâche avec dévouement et talent
auxquels je tiens à rendre hommage. Or nous constatons un certain malaise
chez une partie de ces responsables, malaise dont la traduction la plus
spectaculaire est la raréfaction des candidatures aux concours de recrutement.
Je souhaite que vous meniez une mission de concertation et de réflexion
destinée à me proposer des mesures tendant à redonner à la mission de
chef d'établissement les moyens, la considération, les conditions de
travail, les procédures de recrutement, et les carrières adaptés aux
nécessités et aux enjeux à venir. Vous déterminerez la procédure qui
vous paraîtra la plus adéquate pour écouter et recueillir les suggestions
des chefs d'établissements et de leurs organisations représentatives,
des acteurs et des partenaires du système éducatif. Cette concertation
pourrait se démultiplier dans les académies afin d'avoir une vision
complète de la diversité des situations, tout en conservant à votre
mission le caractère national qu'impose la notion de service public.
Je vous demande de mettre en place votre dispositif de concertation
le plus rapidement possible. Madame Gille, Directrice des personnels
administratifs, techniques et d'encadrement vous prêtera toute l'aide
dont vous avez besoin. Je vous prie de croire, Monsieur le Recteur,
à l'expression de mes sentiments les meilleurs. Claude Allègre Ségolène
Royal Monsieur le Recteur BLANCHET Recteur de l'Académie de Paris Chancelier
des Universités de Paris 47, Rue des Ecoles 75230 PARIS Cedex 06
ANNEXE n°2
Responsable de la mission : René BLANCHET Recteur de l'académie, Chancelier
des Universités de Paris Rapporteur général : Céline WIENER Inspectrice
générale de l'administration de l'éducation nationale Coordination :
Coordonnateur : Jean-Pol ISAMBERT, Inspecteur général adjoint de l'administration
de l'éducation nationale Martine VEGLIS, cabinet du Recteur de l'académie
de Paris Jean-Marc CHNEIDER, cabinet du Recteur de l'académie de Paris
Yves VALLAT, Chargé de mission - DPATE GROUPE NSUIVI GROUPE NATIONAL
ROUANNEXEPAE NATIONAL DE SUIVI Groupe national de suivi Jean-Pierre
BERLAND , Proviseur du lycée Fénelon , Paris , (Paris). Jean-Claude
CEYSSON , Proviseur du L.P Premier Film, Lyon , (Lyon). Philippe CLAUS
, DRRH académique , (Nancy-Metz). Martine DENIS-LINTON , Directrice
des Affaires Juridiques. Renée ESCOUBAS , Proviseur du lycée Victor
Hugo , Marseille , (Aix-Marseille). Roger FETTER , IA-IPR Etablissements
et Vie Scolaire (Rennes). Bernard GARY , Principal du collège Bel Air
, Franconville , (Versailles). Béatrice GILLE , Directrice des Personnels
administratifs , techniques et d'encadrement. Denis IELLI , IA-IPR stagiaire,
Marseille, Marseille, (Aix-Marseille). Claude MAEYENS , IA-DSDEN de
la Gironde, (Bordeaux). Guy MARCHAND , Proviseur du L.T du Hainaut,
Valenciennes, (Lille) . Claude NOAH , Proviseur du lycée Pierre-Emile
Martin , Bourges , (Orléans-Tours). Christian PEYROUX , Secrétaire général
d'académie, (Orléans-Tours). Roselyne PRUDENT , Principal adjoint du
collège Jacques Amyot , Melun, (Créteil). Jacky RAYMOND , IA-DSDEN des
Hautes-Alpes, (Aix-Marseille). Claude RETAILLEAU , Proviseur adjoint
du lycée Livet , Nantes (Nantes). Marc RIPOLL , CASU-lycée polyvalent
des Glières, Annemasse, (Grenoble). Jacques SENEGAT , IGEN Doyen du
groupe Etablissements et Vie Scolaire . Bernard TOULEMONDE , Directeur
de l'Enseignement Scolaire. Organisation représentative des chefs
d'Etablissement : * SNPDEN * AMICALE * SPDLC Organisations syndicales
des personnels: * FSU * FEN * SGEN/CFDT * CGT * FO * USI Parents d'élèves
: * FCPE * PEEP Représentants lycéens : * 3 élus du Conseil Supérieur
de l'Education * 3 élus au CNVL Collectivités territoriales : * Régions
* Départements * Villes Schéma d'organisation Rapporteur général
Coordination Table ronde Organisations représentatives des chefs d'établissement
Groupe national de suivi. Organisations représentatives des partenaires
& acteurs du système éducatif. Auditions extérieures Contributions des
synthèses académiques
annexe 4
République Française Ministère de l'Education nationale, de la recherche
et de la technologie La directrice du cabinet Paris, le 7 DEC. 1998
NOTE à l'attention de Mesdames et Messieurs les Recteurs Objet : Démultiplication
académique de la Table ronde sur la revalorisation du rôle des chefs
d'établissement. Le Ministre et la Ministre déléguée ont confié le 29
octobre 1998 au Recteur BLANCHET une mission nationale sur la revalorisation
du rôle des chefs d'établissement de l'enseignement secondaire. Constatant
une crise avérée du recrutement pour ces personnels de direction, la
concertation nationale devra s'employer à proposer des mesures concrètes
redonnant à la mission du chef d'établissement les moyens, la considération,
les conditions de travail, les procédures de recrutement et les carrières
adaptées aux nécessités et enjeux à venir. Largement ouverte à l'ensemble
des partenaires et acteurs du système éducatif, la table ronde installée
le 19 novembre 1998 en présence du Ministre prévoit la mise en place
d'un dispositif d'audition par un groupe national de suivi, composé
de directeurs d'administration centrale, de personnels d'encadrement
au niveau académique et de chefs d'établissement. Un rapport final sera
remis au Ministre au cours de l'hiver 1999. Afin d'avoir une vision
complète de la diversité des situations tout en vous situant dans le
cadre national de la réflexion, je vous demande de mettre en place un
dispositif académique de concertation le plus rapidement possible. Vous
veillerez tout particulièrement à accorder une écoute privilégiée aux
suggestions et demandes émanant des organisations représentatives des
chefs d'établissement. En tout état de cause, vos contributions devront
parvenir au Rapporteur général, Madame WIENER, Inspectrice générale
de l'administration de l'éducation nationale, avant le 29 janvier 1999.
Jeanne-Marie PARLY -
Notes
[1] Les citations en italique correspondent à des constats, à des critiques
ou à des propositions formulées dans ces contributions et qu'il a paru
intéressant de restituer [2] Les rémunérations complémentaires éventuelles
étant prises en compte [3] Selon un principal, on prescrit " les établissements
feront ", sans se préoccuper des conditions de faisabilité. [4] Et pas
davantage dans la plupart des ouvrages ou rapports consacrés au système
éducatif. [5] Cf. " La vie de l'élève et des établissements scolaires
" (rapport présenté par René Blanchet, février 1998, p.9). [6] " Le
Monde " du 26 février 1999. [7] Etienne Lefebvre, Daniel Mallet, Pierre
Vandevoorde, " Le nouveau chef d'établissement ", Berger-Levrault, 1995.
[8] " Réflexions sur la direction des EPLE et le rôle pédagogique des
chefs d'établissement " (IGEN-EVS, octobre 1995). [9] Notamment en ce
qui concerne l'hygiène, la santé et la sécurité, le rapport annuel sur
le fonctionnement pédagogique, le droit à publication, la mise en place
d'équipes et conseils. [10] " Bilan du suivi permanents des "établissements
scolaires en 1997-98 ", rapport IGAEN no98-007, Alain Dulot, juillet
1998. [11] Source : Repères et références statistiques, DEP (1997).
[12] Circulaire du 17 décembre 1998 sur l'avenir du système éducatif
en milieu rural isolé (BO no48 du 24 décembre 1998). [13] Michel Blachère,
" Continuité pédagogique et coopération entre établissements ", Note
IGEN-EVS, mars 1997. [14] Ibid [15] IGAEN, rapport no93005, janvier
1993, dont les propositions restent toujours d'actualité. [16] Selon
les chefs d'établissement, un projet ainsi confectionné " se résume
à un kit prêt à être assemblé avec les pièces fournies par les autorités
académiques ". [17] Voir le rapport de Claude Pair, (" Rénovation du
service public de l'Education Nationale : responsabilité et démocratie
" février 1998) notamment son chapitre 5. [18] Il convient de réaffirmer
la pertinence du rapport " Centrale 2000 " (janvier 1993), suivi des
rapports de Jean-Pol Isambert (1995) et de Claude Pair. [19] Dans l'ensemble
du système, d'ailleurs, la summa divisio qui sépare fonctions (ou carrières)
pédagogiques et administratives est souvent fallacieuse. [20] Cf. en
particulier Bernard Toulemonde " Le chef d'établissement d'enseignement
du second degré ", in Actualité juridique-droit administratif, novembre
1996, p819 et ss. [21] Il est remarquable qu'un récent rapport consacré
à l'enseignement du premier degré insiste pareillement sur l'importance
du projet et de l'action collective, ainsi que l'utilité de renforcer
la fonction de directeur d'école (Jean Ferrier " Améliorer l'efficacité
de l'école primaire ", juillet 1998, p.114 et s.) [22] L'une et l'autre
notes étant, au demeurant, enserrées dans des barèmes auxquels il est
très difficile de déroger. [23] Michel Poupelin, IGEN, " La crise de
recrutement au concours des personnels de direction ", décembre 1997.
[24] Dans certains cas, le gestionnaire est en même temps agent comptable
et, à ce titre, en raison de la règle de séparation des fonctions d'ordonnateur
et de comptable, indépendant du chef d'établissement. Aussi n'évoquerons-nous,
à dessein, que la fonction de gestionnaire. [25] Ils joueraient parfois
de leur dépendance fonctionnelle d'un conseiller placé auprès des autorités
académiques. [26] Elle aurait l'avantage de familiariser les enseignants
avec les tâches de coordination et ainsi, peut-être, d'accroître leur
motivation pour les fonctions de chef d'établissement. [27] Note de
Jacques Sénécat, doyen du groupe Etablissements et Vie scolaire de l'IGEN,
sur le recrutement et la carrière des personnels de direction (25 janvier
1999). [28] Source : rapport de Claudie Vuillet, IGEN, présidente des
jurys 1998. [29] Source : DPATE B4. [30] Cf. supra 3.1. [31] Source
: Bernard Toulemonde in " Administration et Education " no4.1997. [32]
La 3ème classe de la 2ème catégorie a été supprimée dans le cadre du
protocole d'accord du 14 février 1990. [33] Cf. Yves Grellier " Profession
: chef d'établissement " (E.S.F., 1998) [34] Note précitée de Jacques
Sénécat, doyen de l'IGEN-EVS. [35] Paul Muller, IGEN " Les personnels
de direction : questions et problèmes ", (note du 17 février 1998).
[36] C f. Paul Muller, IGEN : " Le mouvement 1997 des personnels de
direction " (note du 23 août 1997) : on y relève que 26% du corps demande
à bouger, sachant que 40% ne sont pas en droit de participer au mouvement
(stagiaires, règles de stabilité de 3 ans) ou figurent parmi les retraitables.
Par ailleurs, seule la moitié des personnels bénéficie d'une progression
de catégorie d'établissement.