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UN
ESPACE EUROPEEN DE LA RECHERCHE
1. UN ENSEMBLE
DE RESSOURCES MATERIELLES ET D'INFRASTRUCTURES OPTIMISE A L'ECHELLE DE
L'EUROPE
1.1. Mettre en
réseau les centres d'excellence et créer des centres virtuels
Des centres d'excellence de niveau mondial existent dans pratiquement
tous les domaines et disciplines en Europe. Leurs spécialisations précises
ne sont cependant pas toujours suffisamment connues en dehors des frontières
du pays où ils sont établis, plus particulièrement par les entreprises
qui pourraient collaborer avec fruit avec eux. Un des critères généralement
retenus pour la définition des centres d'excellence est en effet leur
capacité à produire des connaissances exploitables à des fins industrielles.
De nombreux problèmes de recherche fondamentale et appliquée nécessitent
par ailleurs à la fois une masse critique de moyens financiers et humains
et la combinaison des compétences complémentaires de spécialistes de disciplines
différentes. Une cartographie des centres d'excellence européens permettrait
d'instaurer une meilleure visibilité dans ce domaine. Un niveau de performances
très élevé pourrait d'autre part être atteint par la mise en réseau des
centres spécialisés répartis dans les pays de l'Union. Les formes de travail
à distance que permettent les réseaux électroniques rendent possible la
création de véritables "centres d'excellence virtuels”, notamment multidisciplinaires
et pouvant associer universités et entreprises. Pour stimuler l’excellence,
il faut cependant aussi veiller à maintenir un niveau suffisant de concurrence
entre les acteurs privés et publics de la recherche. Dans plusieurs Etats
membres, des schémas de financement des centres d'excellence sur la base
d'une mise en compétition ont été mis en place. La formule pourrait être
appliquée à l'échelle européenne, en collaboration par la Commission et
les Etats membres.
1.2. Définir une
approche européenne en matière d'infrastructures de recherche
Les infrastructures de recherche jouent un rôle central dans le progrès
et l'application des connaissances en Europe. Les sources de rayonnement,
les centres de calculs et les bases de données en biologie moléculaire,
pour donner quelques exemples, sont exploités de façon croissante par
les équipes de recherche publique et du secteur privé. Des infrastructures
de ce type existent dans tous les Etats membres. Leurs coûts de construction
sont élevés, souvent supérieurs aux capacités d'un seul pays, tout comme
leurs coûts d’exploitation. Et le potentiel qui leur est associé n'est
pas toujours exploité de façon optimale. Des infrastructures de grande
taille ont été construites et sont aujourd'hui exploitées au niveau européen.
L'évaluation des besoins en nouvelles infrastructures est, de plus, souvent
menée dans un cadre bilatéral ou multilatéral. L’Union européenne met
de son côté en œuvre depuis plusieurs années un programme de soutien aux
infrastructures de recherche. Jusqu’ici, l’action menée par cet intermédiaire
s'est limitée à fournir un soutien à l'accès transnational aux infrastructures,
au développement de nouveaux instruments et équipements, et à des projets
de coopération permettant d’améliorer l'inter-opérabilité des installations
et la complémentarité de leurs activités. Il s'agirait à présent de faire
un pas supplémentaire en développant une approche européenne en matière
d'infrastructures couvrant à la fois les questions de la création de nouvelles
installations, du fonctionnement de celles qui existent, et de leur accès.
Une analyse des responsabilités (notamment en matière financière) sur
ces trois plans devrait être effectuée, et des schémas de combinaison
des actions et des moyens devraient être définis. Sur la base du travail
effectué par la Fondation Européenne de la Science (FES) et l’OCDE, il
faudrait aussi procéder à une évaluation précise des besoins à couvrir
au niveau européen (y compris en matière de services communs). Une conférence
sur le thème des infrastructures de recherche en Europe sera organisée
à Strasbourg au second semestre de l'an 2000, par la Commission en collaboration
avec la Fondation Européenne de la Science. Elle pourrait être l'occasion
de mettre en place un cadre où débattre de ces questions.
1.3. Mieux exploiter
le potentiel offert par les réseaux électroniques
Les réseaux électroniques ouvrent aux chercheurs de toute nouvelles possibilités
de travail : laboratoires virtuels ; manipulation d'instruments à distance
; accès quasi-illimité à des bases de données complexes. Créé à l'usage
de la communauté scientifique, Internet est aussi devenu le support de
multiples activités d'information et de communication et a donné lieu
à de spectaculaires développements commerciaux. Mis au point par un chercheur
du CERN pour les besoins de la communauté des physiciens, le World Wide
Web est à présent employé par plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs.
Pour répondre aux besoins particuliers de la recherche, en accroissement
constant, des réseaux spécifiques sont nécessaires. Aux Etats-Unis, des
infrastructures à large bande et très haut débit sont aujourd'hui disponibles
pour les chercheurs, plus particulièrement ceux des universités. Les récentes
initiatives Internet-2 et Next Generation Internet (NGI) lancées en partenariat
par la communauté scientifique, les autorités publiques et le secteur
privé américains, devraient renforcer encore ces capacités. Pour combler
le retard européen dans ce domaine, l’Union soutient une action d'interconnexion
des réseaux télématiques nationaux à des niveaux de capacité progressivement
croissants : 34 Mbits/s, 155 Mbits/s aujourd’hui, bientôt 622 Mbits/s,
l’objectif final étant d’atteindre l'ordre de grandeur du Gbits/s, niveau
auquel opèrent déjà certaines liaisons aux Etats-Unis. Afin d'accélérer
le rattrapage européen en matière de réseaux électroniques, la Commission
a proposé au Sommet d'Helsinki l'initiative e-Europe, qui fixe des objectifs
ambitieux en matière notamment d’interconnexion à l'échelle européenne.
Elle est assortie d'un calendrier d'ici 2005. Un des objectifs est de
stimuler l'exploitation maximale de ces réseaux par la communauté des
chercheurs. Pour augmenter la productivité de la recherche européenne
tout en aidant à structurer la collaboration à l'échelle du continent,
il s'agirait de stimuler dans ce contexte l'utilisation des réseaux électroniques
dans les différents domaines de recherche, dans le cadre des programmes
européens de recherche comme au niveau national : développement de bases
de données et de l'accès aux services Internet avancés ; stimulation de
la production de contenus multimédias et des utilisations interactives
; soutien aux nouveaux modes de collaboration électron que des chercheurs,
préfigurant l'émergence de véritables "Instituts de recherche virtuels".
Parallèlement, il s'agirait d’encourager, aux niveaux national et européen,
les actions de sensibilisation et de formation des chercheurs aux possibilités
créées par les technologies de l'information et de la communication.
2. DES INSTRUMENTS
ET DES MOYENS PUBLICS UTILISES EN PLUS GRANDE COHERENCE
2.1. Mettre en
œuvre de manière plus coordonnée les programmes de recherche nationaux
et européens
Disposant de moyens souvent importants, les progr mmes nationaux de recherche
sont menés de façon largement indépendante les uns des autres. Cette situation
empêche de tirer tout le bénéfice des ressources matérielles et humaines
qui leur sont affectées. Les programmes de recherche de l'Union exercent
un certain effet de coordination sur les activités de recherche en Europe.
Cet effet est inégal selon les domaines. Il est institutionnalisé dans
le cas de la fusion (qui fait l'objet d'un programme intégré). Il s'exerce
de facto dans d’autres domaines, plus particulièrement dans des secteurs
où n'existaient pas encore de programmes structurés au niveau national
au moment où les actions au niveau européen ont été lancées ou dans des
domaines très spécialisés où l'expertise n'est pas très abondante en Europe.
Les programmes de l'Union devraient aussi avoir plus facilement cet impact
là où existe déjà une importante intégration des efforts industriels,
comme en aéronautique. Il serait indiqué d'aller plus loin dans cette
direction par d'autres mécanismes. Les responsables des administrations
nationales de la recherche dans les Etats membres ont décidé de recommander
l'adoption du principe d'ouverture mutuelle des programmes nationaux.
Il s'agirait de prendre les mesures nécessaires pour en assurer l'application
pratique. Des mécanismes d'information réciproque et un dispositif d'information
globale sur les objectifs et le contenu des programmes, ainsi que les
conditions d'éligibilité et de participation, devraient être mis en place.
L’extension de cette ouverture aux Pays candidats devrait être envisagée.
Des expériences convaincantes d'évaluation des activités nationales de
recherche par des panels internationaux, essentiellement composés d'experts
d'autres pays européens, ont été menées à bien au cours des dernières
années dans plusieurs pays, par exemple au Portugal et en Allemagne. Des
initiatives de ce type doivent être encouragées. La Commission peut ici
jouer un rôle d'initiateur et de catalyseur, en fournissant aux Etats
membres des moyens logistiques et des instruments juridiques pour mieux
coordonner les activités de recherche menées en Europe.
2.2. Renforcer
les relations entre les organisations de coopération scientifique et technologique
européenne
Au cours des dernières décennies, à côté des programmes européens de recherche
(voire avant la création de ceux-ci), une série d'organisations de coopération
scientifique et technologique européenne ont été créées dans un cadre
intergouvernemental (FES, ESA, EMBO, EMBL, CERN, ESO, ESRF, ILL, EUREKA,
COST). Des coopérations se sont développées entre elles et avec les programmes
de recherche de l’Union, sur une base essentiellement bilatérale (coopération
de l'Union avec EUREKA, l’ESA et la Fondation Européenne de la Science,
plus particulièrement). Ces organisations jouent un rôle important sur
la scène scientifique et technologique européenne. Elles font aujourd’hui
face à des problèmes communs (financement, intégration des chercheurs
des pays d'Europe centrale et orientale, dialogue avec les Etats-Unis).
Il serait utile de leur offrir un cadre dans lequel discuter de leurs
rôles respectifs sur la scène scientifique et technologique européenne
et de leurs relations entre elles et avec l'Union. La priorité devrait
être de créer les conditions d'une concertation politique entre ces organisations.
Elle pourrait être assurée par l'intermédiaire d'un conseil de leurs plus
hauts responsables se réunissant à intervalles réguliers. Son existence
aiderait de surcroît à offrir aux Européens et aux observateurs extérieurs
une image plus cohérente de l'Europe de la science et de la technologie.
3. UN INVESTISSEMENT
PRIVE PLUS DYNAMIQUE
3.1. Mieux utiliser
les instruments de soutien indirect à la recherche
Un recours
d'importance croissante est fait dans le monde aux instruments de soutien
indirect, notamment aux mesures fiscales, pour stimuler l'investissement
privé en recherche et développement et la création de postes de chercheurs
et de techniciens par les entreprises. Aux États-Unis et au Canada, d’intéressants
schémas de soutien à long terme aux jeunes sociétés sont ainsi appliqués.
En Europe, les mécanismes utilisés dans les différents pays présentent
une grande variété. Certains Etats membres y font appel de façon très
soutenue. D’autres y recourent beaucoup moins. Il conviendrait de développer
des systèmes d'information faciles d'usage sur les dispositifs existants.
L'échange et la diffusion des bonnes pratiques devraient aussi être encouragés
pour stimuler les investissements privés dans la recherche, plus particulièrement
ceux des PME, ainsi que l'innovation. Les différences de situations entre
pays et régions de l'Union dans ce domaine peuvent affecter de multiples
façons la concurrence entre eux, en créant des conditions plus ou moins
favorables à l'investissement dans la recherche et l’innovation. Là où
les dispositifs utilisés auraient la nature d'aides d’Etat, les règles
communautaires en la matière devraient en tout état de cause être respectées.
3.2. Développer
des outils efficaces pour la protection de la propriété intellectuelle
Le système de brevet actuel en Europe, qui repose sur l'Office Européen
des Brevets et les Offices nationaux, est basé sur la délivrance de brevets
nationaux, valables uniquement dans les Etats membres pour lesquels ils
ont été délivrés. Ce système est coûteux, et le coût élevé des brevets
est largement perçu comme un des obstacles majeurs à leur large utilisation
en Europe. La gestion des brevets par plusieurs Etats membres est, de
plus, complexe. La Commission envisage donc de proposer la création d'un
brevet communautaire unitaire, couvrant l'ensemble du territoire de l’Union.
Au plan international, elle veillera à l'adaptation des accords TRIPS
en matière de propriété intellectuelle aux nouveaux développements technologiques.
Il est important pour la recherche européenne que le brevet communautaire
voit le jour dans les meilleurs délais. Il devrait être aisément abordable,
d’un coût comparable à un brevet européen couvrant un nombre limité de
pays. Des efforts devraient plus particulièrement être faits pour réduire
les coûts de traduction. La Commission suit par ailleurs de près les travaux
menés par l'Organisation européenne des Brevets dans le cadre de la révision
de la Convention de Munich, pour déterminer dans quelles conditions les
effets de divulgations antérieures au dépôt pourraient être pris en compte
par le droit européen des brevets. Pour accroître l'impact des efforts
de recherche menés en Europe en termes d’innovation, la pertinence et
la cohérence des régimes de propriété intellectuelle appliqués dans la
mise en œuvre des programmes publics de recherche devraient aussi être
renforcées. La protection de la propriété intellectuelle peut être assurée
par bien d'autres moyens que les brevets. En complément aux initiatives
prises dans le cadre du Premier Plan d'action pour l'innovation en Europe,
des systèmes d'information et d'échange de bonnes pratiques dans ce domaine
pourraient être mis en place par les organismes nationaux et européens
de soutien à la recherche et l'innovation.
3.3. Stimuler la
création d'entreprises et les investissements de capital-risque
Le taux de création d'entreprises de haute technologie par les chercheurs,
ou avec prise de participation des chercheurs au capital, demeure comparativement
faible en Europe. Les mesures prises au cours des dernières années au
niveau régional, comme la création de parcs technologiques et d’incubateurs,
ou par certains Etats membres, comme l'adaptation du statut des chercheurs
du secteur public, ont exercé un effet stimulant sur ce plan. Elles pourraient
être complétées par d'autres initiatives. L'Europe souffre par ailleurs
notoirement d'un trop faible niveau d'investissement de capital-risque
dans les secteurs de haute technologie. Des changements positifs s'observent
depuis quelques temps. 650 sociétés sont à présent cotées sur les nouveaux
marchés européens (Euro-NM, EASDAQ et AIM). Leur nombre reste toutefois
huit fois inférieur à ce qu'il est aux Etats-Unis. Dans le prolongement,
notamment, du Premier Plan d’action pour l'innov tion en Europe, la Commission
a pris au cours des dernières années une série d'initiatives dans ce domaine,
dont plusieurs (par exemple le projet I-TEC) sont mises en œuvre en collaboration
avec la Banque Européenne d'Investissement (BEI). En 1999, elle a présenté
deux Communications à ce sujet. Elle vient de proposer dans le cadre de
l'initiative e-Europe un plan d’action prévoyant notamment un inventaire
des instruments existant au niveau de l'Union d'ici le mois de mars 2000.
Plusieurs centres de recherche nationaux et le CCR se sont associés pour
fournir en commun à de jeunes entreprises innovantes le soutien technique
et l'expertise dont elles ont besoin pour se développer. Des expériences
de ce type devraient être multipliées. Il faudrait aussi encourager les
initiatives de mise en contact des scientifiques, des industriels et des
financiers à tous niveaux. Ceci pourrait se faire en liaison avec les
programmes nationaux et européens de recherche, de préférence de façon
combinée. Des expériences prometteuses ont été menées à bien sur ce plan,
comme l'"Investment Forum” dans le domaine des technologies de l'information
et de la communication, ou la création du "Forum Biotechnologie et Finances".
4. UN SYSTEME
COMMUN DE REFERENCE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE POUR LA MISE EN OEUVRE DES
POLITIQUES
4.1. Développer
les recherches nécessaires à la décision politique
La science et la technologie jouent un rôle de plus en plus important
dans la mise en œuvre des politiques publiques, notamment des politiques
de l’Union. Elles sont impliquées à différents titres dans l'élaboration
des réglementations, de plus en plus présentes dans le processus de décision
politique, au cœur des négociations commerciales, ainsi qu’au centre des
discussions internationales sur des sujets liés, par exemple, à la sécurité
sous ses diverses formes ou aux différents aspects du développement durable.
Le système européen de recherche doit être organisé de manière à anticiper
et prendre en compte les besoins qui se manifestent aux différents stades
de la mise en oeuvre des politiques publiques : élaboration, prise de
décision, exécution, contrôle. Les responsables politiques doivent en
effet pouvoir s'appuyer sur des connaissances précises, aussi complètes
que possibles, scientifiquement à jour et validées en permanence. Dans
cet esprit, les recherches directement menées par la Commission devraient
être alignées sur les préoccupations majeures des citoyens et des décideurs,
comme la protection de l’environnement, la sécurité alimentaire et des
produits chimiques ou la sûreté nucléaire. Les résultats des recherches
menées dans le cadre des programmes européens devraient être systématiquement
exploités en soutien aux différentes politiques de l’Union, et l'ensemble
des activités de recherche de l'Union mieux coordonnées dans cette perspective.
Il faudrait aussi mettre en place un système fiable et reconnu de validation
des connaissances, des méthodes d’analyse, de contrôle et de certification,
ainsi que mettre en réseau les centres d'excellence existant en Europe
dans les domaines concernés.
4.2. Construire
un système commun de référence scientifique et technique
Dans leur travail d'établissement des réglementations, ou face à des situations
d’urgence, les décideurs politiques, plus particulièrement au niveau européen,
sont confrontés à des problèmes complexes aux enjeux considérables. Il
faut garantir aux citoyens et aux acteurs économiques et sociaux une sécurité
accrue tout en résolvant les conflits entre catégories d’acteurs aux intérêts
souvent divergents. Ainsi que la Commission l'a souligné dans le Livre
blanc sur la sécurité alimentaire, l'Union doit notamment rétablir la
confiance du public et des consommateurs dans l’alimentation (sa production,
sa réglement tion, son contrôle). En Europe, la fonction d'expertise auprès
des décideurs est assurée de manière différente selon les pays et les
domaines. Les instances mises en place aux niveaux européen et national
s’additionnent. Par fonction, les experts sont, de plus, conduits à quitter
le terrain des seules considérations scientifiques. Leur appréciation
des problèmes et leurs recommandations portent l'empreinte de leur discipline,
de leur domaine d’activité ou de leur appartenance à une communauté donnée.
Sur la base, notamment, du rapprochement des méthodes, de l'harmonisation
des procédures et de la comparaison des résultats, il est nécessaire d'établir
un système commun de référence à l'échelle de l'Union. Proche du lieu
institutionnel d'élaboration des politiques de l'Union et indépendant
des intérêts nationaux et privés, le CCR, conformément à sa mission, pourrait
jouer un rôle important dans le développement d'un espace européen de
référence scientifique et technique. Celui-ci serait construit en s'appuyant
sur les centres de références nationaux, les agences européennes, les
différents comités scientifiques et les instances établies au niveau européen,
telle l'Autorité en matière de sécurité alimentaire, indépendante des
intérêts industriels et politiques, ouverte à l'enquête publique et scientifiquement
reconnue, que la Commission a proposé d'établir d'ici 2002, après une
large consultation.
5. DES RESSOURCES
HUMAINES PLUS ABONDANTES ET PLUS MOBILES
5.1. Augmenter
la mobilité des chercheurs en Europe
La mobilité est un instrument efficace et reconnu de formation des chercheurs
et de diffusion des connaissances. Les actions engagées par l'Union pour
l'encourager connaissent un succès important. Au cours des dernières années,
près de 8.000 jeunes scientifiques européens en ont bénéficié, auxquels
13.000 autres chercheurs devraient venir s'ajouter dans les quatre ans
à venir. Jusqu’ici, cette action avait essentiellement une finalité de
formation. Les chercheurs sont dans l'ensemble plus mobiles que le reste
de la population. Globalement estimé, leur taux de mobilité est d'environ
5% de la population active, quand il est de 2% en moyenne pour les autres
catégories professionnelles. Mais ils ne le sont pas encore autant qu'ils
pourraient l'être et en proportion des besoins. Un aspect qui joue un
rôle important est le manque de familiarité des chercheurs européens avec
les "cultures" de recherche existant dans d’autres pays,et le manque d'attirance
qu'ils peuvent éprouver pour elles. Il existe aussi des obstacles de nature
administrative. L’application au niveau national des directives communautaires
en matière de libre circulation et de droit d’établissement, de couverture
sociale ou de pension, n’est pas toujours aisée et exige des intéressés
des efforts qui peuvent avoir un effet dissuasif. Les possibilités d'exploitation
de la mobilité comme instrument de transfert des connaissances et des
technologies devraient davantage être utilisées dans l’avenir, aux niveaux
national et européen. Il s'agirait aussi d'encourager et de développer
substantiellement la mobilité des chercheurs entre le monde académique
et celui des entreprises, sous les différentes formes qu'elle peut prendre.
Il s'agit en effet là d'un des meilleurs moyens de renforcer la coopération
université/industrie. Des actions d’information, de formation et de familiarisation
des chercheurs et des responsables administratifs des organisations de
recherche devraient d'autre part être entreprises en collaboration par
les Etats membres et la Commission. A plus long terme, il faudrait examiner
la possibilité pour les organismes concernés d'améliorer de manière coordonnée
certaines dispositions réglementaires et administratives internes.
5.2. Introduire
une dimension européenne dans les carrières scientifiques
En Europe, aujourd’hui, la carrière des chercheurs se déroule essentiellement
dans un cadre de référence nationale. Des modes de recrutement privilégiant
les ressortissants nationaux pour les carrières académiques ou scientifiques,
et l'absence de structures de carrières adéquates pour les chercheurs
d’autres pays européens, privent les organisations de recherche de la
possibilité de bénéficier de l'expérience et des connaissances de brillants
chercheurs formés ailleurs. Des décisions de nominations et de promotions
aboutissant dans certains cas à pénaliser les chercheurs restés trop longtemps
en dehors des frontières découragent la mobilité. Des initiatives ont
été prises dans certains Etats membres pour introduire une dimension européenne
dans les carrières, comme l'ouverture des comités de recrutement des chercheurs
à des scientifiques d'autres pays. Il faudrait encourager cette évolution
et l'adoption par les organismes de recherche de mesures allant dans ce
sens, comme l'établissement de perspectives de carrières pour les chercheurs
d'autres pays européens, ainsi que la prise en compte systématique des
activités menées ailleurs en Europe ou au niveau européen dans l'évaluation
des carrières.
5.3. Accroître
la place et le rôle des femmes dans la recherche
Les femmes ne sont pas assez présentes dans la recherche en Europe. Bien
que représentant 50% des diplômés universitaires, et excédant même en
nombre les hommes dans certaines disciplines (les sciences et technologies
du vivant, par exemple), elles ne se retrouvent pas en proportion dans
les laboratoires et les services de recherche des entreprises. Leur progression
dans la carrière scientifique est plus lente que celle des hommes, et
leur nombre se raréfie à mesure que l'on monte dans l'échelle des responsabilités
: au sommet de la hiérarchie académique figurent en moyenne, dans l’Union,
moins de 10% de femmes. A l'origine de cette situation, on trouve plusieurs
catégories de facteurs, notamment certains mécanismes de discrimination
et leur anticipation par les femmes, ainsi que la faible prise en compte
des contraintes particulières auxquelles celles-ci doivent faire face
dans la conduite de leurs activités professionnelles. C’est une perte
pour les femmes elles-mêmes, pour la recherche et pour la société. Dans
tous les Etats membres, des mesures ont été prises pour améliorer la situation.
L’Union européenne a pris une initiative majeure dans ce domaine. En février
1999, la Commission a présenté la Communication "Femmes et sciences",
qui a fait l'objet d'une résolution favorable du Conseil. Elle est assortie
d'un plan d'action actuellement mis en œuvre. Cet effort devra être poursuivi
et développé, l’objectif de renforcer la présence des femmes dans la recherche
pouvant être d'autant plus facilement atteint qu'il sera poursuivi conjointement
au niveau national et à celui de l'Union.
5.4. Stimuler
le goût des jeunes pour la recherche et les carrières scientifiques
Renforcer les ressources humaines en matière de recherche en Europe suppose
d’agir, complémentairement, en amont de la vie scientifique. Dans tous
les pays de l’Union, on observe en effet une désaffection vis-à-vis des
études scientifiques et une perte d'intérêt des jeunes pour les carrières
de recherche. En Allemagne, le nombre d'étudiants en physique a ainsi
diminué de moitié depuis 1991. Au Royaume-Uni, le nombre de futurs professeurs
dans cette discipline est passé de 553 en 1993 à 181 en 1998. Et en France,
le nombre d'étudiants en sciences est tombé de 150.000 en 1995 à 126.000
en 1999. Une question-clé est celle de l'enseignement des sciences. C’est
à l'école que s'acquièrent les bases de la connaissance et de la compréhension
de la science, et que se forme le goût pour les matières scientifiques
et techniques. Dans le prolongement, souvent, de longues traditions de
vulgarisation et d'éducation scientifique, des initiatives ont été prises
dans les Etats membres pour familiariser davantage le public, plus particulièrement
les jeunes, avec la science et ses méthodes. Dans le même esprit, la Commission
organise chaque année un Concours pour jeunes scientifiques européens.
Les Etats membres et l'Union devraient rapidement étudier en commun de
manière approfondie la place faite aux disciplines scientifiques dans
les systèmes éducatifs, et examiner de quelle manière l'on pourrait renforcer
l'enseignement des sciences dans l'Union à tous les niveaux d’éducation,
primaire, secondaire et supérieur. Sur la base de l'expérience acquise
au niveau national, il faudrait aussi renforcer les efforts de sensibilisation
entrepris, en créant les conditions favorisant l'échange d'expériences
et de bonnes pratiques. Les Ministres de la recherche de l'Union sont
convenus d'explorer les possibilités de mieux coordonner les différentes
"Semaines de la science” organisées dans les Etats membres, entre elles
et avec la "Semaine européenne de la science et des technologies” de l’Union.
L’organisation simultanée d'événements dans tous les Etats membres et
à l'échelle européenne accroîtrait dans de fortes proportions l'effet
de sensibilisation recherché.
6. UN TERRITOIRE
EUROPEEN DYNAMIQUE, OUVERT ET ATTRACTIF POUR LES CHERCHEURS ET LES INVESTISSEMENTS
6.1. Renforcer
le rôle des régions dans l'effort de recherche européen
Le tissu scientifique et technologique européen manque de cohésion. S’ils
ont tendance à diminuer, les écarts de développement entre régions européennes
en termes de production de connaissances scientifiques et d'innovations
technologiques sont encore importants. Pour aider à les réduire, les Fonds
structurels ont consacré de 1989 à 1999 12 milliards d'Euros à des actions
liées à la recherche et au développement technologique : développement
d'infrastructures de recherche ; création de parcs scientifiques et de
technopôles ; activités de formation scientifique et technologique ; dans
certains cas, activités de recherche proprement dites. Dans la plupart
des Etats membres, les régions tendent par ailleurs à jouer un rôle de
plus en plus affirmé dans le domaine de la recherche et de l'innovation,
bénéficiant de moyens parfois importants et lançant des initiatives pour
promouvoir le développement des liens entre universités, entreprises et
centres de recherche au plan local. Il faudrait saisir l'occasion de la
négociation des interventions structurelles prévues pour les années 2000
à 2006, pour examiner avec une attention accrue comment combiner le plus
efficacement les actions mises en œuvre dans ce cadre avec les projets
menés dans les programmes européens. Plus profondément, il s'agirait d'analyser
et de mettre en place les conditions d'une vraie "territorialisation"
des politiques de recherche (adaptation de celles-ci au contexte socio-économique
territorial), ainsi que de mieux comprendre et de renforcer le rôle que
les régions, en complément aux Etats membres et à l'Union, peuvent jouer
dans la construction d'un espace européen de la recherche plus performant
sur la scène internationale. Dans ce but, il faudrait tout d'abord procéder
à un étalonnage comparé ("benchmarking") des activités de recherche et
des actions menées pour les stimuler. Il serait aussi utile d'établir
un bilan des meilleures pratiques de transfert des connaissances vers
le secteur économique aux niveaux régional et local. Les Etats membres
et la Commission devraient également analyser ensemble comment utiliser
au mieux les "moteurs régionaux” pour le développement d'un territoire
scientifique et technologique européen plus dynamique, notamment en développant
le rôle de formation en matière scientifique et technologique que peuvent
et devraient jouer les centres d'excellence.
6.2. Intégrer les
communautés scientifiques d'Europe occidentale et orientale
Le renforcement des capacités de recherche des pays candidats et l'intégration
de leurs chercheurs dans la communauté scientifique européenne peuvent
les aider à préparer leur adhésion. Les actions de coopération scientifique
et technologique engagées au cours des dernières années avec ces pays
par l'Union et par les Etats membres ont apporté une première contribution
en ce sens. L’association des pays candidats au 5ème Programme-cadre de
recherche ouvre à leurs organisations la possibilité de participer aux
programmes européens exactement dans les mêmes conditions que celles des
pays de l'Union. Le défi de l'élargissement de l'Union dans le domaine
de la recherche est proportionnel à sa contribution potentielle à la création
de l'Espace européen de recherche. Les pays candidats consacrent en effet
aujourd'hui à la recherche des moyens réduits et leurs structures de recherche
doivent être adaptées aux exigences de l'application des connaissances
à des fins économiques et sociales. Les pays candidats d'Europe centrale
et orientale peuvent bénéficier des fonds du programme d'assistance PHARE
pour financer une partie de leur contribution au 5ème Programme-cadre
(pour lequel ils bénéficient d'une réduction dégressive). Ces fonds et
les contributions apportées au titre des programmes de recherche devraient
être utilisés en combinaison. Un objectif devrait être de renforcer les
capacités de recherche, mais aussi d'administration de la recherche, dans
les pays candidats. L’expertise présente dans les administrations et les
organisations de recherche nationales et européennes devrait être mobilisée
dans ce but.
6.3. Rendre le
territoire européen attirant pour les chercheurs du reste du monde
Les institutions de recherche n'exercent pas sur les chercheurs du monde
entier l'effet d'attraction magnétique qu'ont les universités, les entreprises
et les laboratoires américains. L’Europe n'offre pas aux chercheurs des
pays tiers des conditions (matérielles et administratives) particulièrement
avantageuses. Les formalités à remplir sont généralement lourdes.Les dispositions
réglementaires, ainsi que les langues, varient de surcroît d'un pays à
l’autre. La "fuite des cerveaux”, qu’on affirmait enrayée, n'est pas interrompue.
De 1988 à 1995, 8.760 étudiants européens ont effectué un doctorat aux
Etats-Unis. Cinq ans après l'obtention de leur diplôme, environ la moitié
d'entre eux étaient toujours aux Etats-Unis. Pour attirer dans les laboratoires
européens les meilleurs chercheurs du monde entier, un système européen
de bourses pour scientifiques des pays tiers pourrait être mis sur pieds.
Les programmes de recherche nationaux et européens pourraient aussi être
davantage ouverts aux chercheurs et équipes des pays extérieurs à l'Union.
Dans le cas des pays en développement, pour garantir le développement
d'un potentiel de recherche local, ce système devrait être conçu de manière
à encourager le retour des chercheurs bénéficiaires au pays, pour y exploiter
leur expérience et y diffuser les connaissances acquises. Des mesures
devraient aussi être prises aux niveaux national et européen pour encourager
le retour dans les laboratoires de l'Union des chercheurs partis compléter
leur formation ou poursuivre leur carrière aux Etats- Unis. Sur ces différents
plans, les possibilités associées aux accords de coopération scientifique
et technologique établis par l'Union avec un certain nombre de Pays tiers
devraient notamment être exploitées. Il serait enfin et surtout nécessaire
d'améliorer sensiblement l'environnement fait aux chercheurs en Europe.
Un effort devrait plus particulièrement être fait pour simplifier et harmoniser
davantage les réglementations et les conditions administratives. Des dispositions
ont ainsi récemment été adoptées en France pour raccourcir les procédures
d'octroi de visas à des chercheurs de pays tiers.
7. UN ESPACE DE
VALEURS PARTAGEES
7.1.Aborder les
questions science/société dans leur dimension européenne
Les Européens sont attachés à un modèle de société basé sur la combinaison
de l'économie de marché, d'un haut niveau de protection sociale et de
qualité de vie, ainsi que de certains principes comme celui du libre accès
aux connaissances. Ils sont aussi conscients de la richesse que constitue
leur diversité culturelle, et sensibles à la nécessité de la préserver.
Les pays européens sont confrontés de manière croissante à des problèmes
communs ou identiques, qu'ils tendent à aborder au niveau de l'Union.
C'est donc de plus en plus souvent à l'échelle européenne que se posent
les questions dites "science/société" comme celles liées aux relations
technologie/emploi/travail ou aux grands choix en matière énergétique,
d'environnement et de santé. Il convient de les aborder à cette échelle
dans le double respect des valeurs communes et de la diversité européenne.
Davantage de cohérence devrait être introduite dans les activités de prospective
(exercices "fores ght"), les travaux de veille scientifique et technologique,
d'intelligence socio-économique et d'évaluation des choix scientifiques
et technologiques entrepris aux niveaux national et européen et dans le
cadre des nombreux réseaux existants. Il faudrait établir une plate-forme
d'échange, créer des lieux de synthèse et engager un effort de rapprochement
des méthodologies. Il s'agirait aussi d'améliorer la collecte des données
dans l'ensemble de l'Union et de développer les statistiques et les indicateurs
à l'échelle européenne. Le développement de formes nouvelles et soutenues
de dialogue entre les chercheurs et les autres acteurs sociaux devrait
par ailleurs être encouragé. A l'initiative, notamment, des Parlements
nationaux, des initiatives visant à ouvrir un dialogue direct entre citoyens,
chercheurs, experts, responsables industriels et décideurs politiques
ont été lancées au cours des dernières années. "Conférence de consensus"
dans les pays scandinaves et au Royaume-Uni ou "Conférence de citoyens"
en France, ces formules ont mis en évidence la capacité de citoyens ordinaires
d'émettre des jugements judicieux sur des questions complexes, ainsi que
la possibilité, pour des groupes aux intérêts divergents, d'arriver à
un consensus. Les échanges d'expériences qui ont eu lieu dans ce domaine
devraient être encouragés et systématisés. Des formules de participation
croisée pourraient être expérimentées. Il vaudrait aussi la peine d'organiser
des conférences de ce type au niveau européen sur des questions se posant
à cette échelle.
7.2. Développer
une vision commune des questions d'éthique de la science et de la technologie
Clonage, utilisation de tissus d'embryons à des fins médicales, bases
de données personnelles et développement des univers virtuels : le progrès
des connaissances et des technologies, surtout dans des domaines comme
les sciences et technologies du vivant et les technologies de l'information,
s'accompagne d'un nombre croissant de questions éthiques. Les Européens
partagent largement les mêmes valeurs et respectent les mêmes principes
fondamentaux. Mais ils diffèrent souvent dans la manière d'appliquer pratiquement
ces derniers. Les questions éthiques liées au progrès des connaissances
scientifiques et technologiques donnent ainsi lieu à des appréciations
différentes selon les pays. Les différences culturelles et de sensibilité
morale à l'origine de cette variabilité doivent être respectées. Une trop
grande discordance serait cependant difficilement acceptable. Il est donc
important de stimuler le développement d'approches convergentes et cohérentes
de ces questions, plus particulièrement dans les domaines où l'Union est
active. Les liens entre les comités d'éthique mis en place aux niveaux
national et européen (le "Groupe Européen d'Ethique des Sciences et des
Nouvelles Technologies") devraient être renforcés. Pour encourager la
compréhension mutuelle des points de vue, et le développement d'approches
concordantes, il faudrait encourager l'ouverture des différents comités
nationaux à des experts d'autres pays européens. Les dispositions en vigueur
et les critères éthiques utilisés dans les programmes nationaux et européens
de recherche devraient être comparés dans la perspective d'un rapprochement
autour de principes partagés, dans le respect des différences de sensibilités
et d'opinions.
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