3.
DES INSTITUTIONS MULTIPLES ET TRÈS DIFFÉRENTES
3.1. Un système
de recherche publique complexe et peu lisible
Le potentiel de recherche publique repose d'une part sur une vingtaine
d'établissements publics de recherche ou assimilés, dénommés également
"organismes de recherche", et représentant globalement près de 85000
personnes, dont environ 45% de chercheurs ou ingénieurs de recherche.
Parmi ces organismes, huit EPST (établissement public à caractère scientifique
et technique) comptent plus de 21 000 chercheurs statutaires, et près
de 25 000 ingénieurs, techniciens et administratifs (ITA). Les instituts
sans but lucratif (ISBL) rassemblent pour leur part près de 7500 personnes,
dont 4000 chercheurs et ingénieurs de recherche. Les EPIC (établissement
public à caractère industriel et commercial) emploient 11000 chercheurs
et 16000 techniciens. Le LCPC est devenu le neuvième EPST le 1er juin
1998.
Ce potentiel de recherche repose d'autre part sur près de 200 établissements
d'enseignement supérieur (universités et grandes écoles) investis de
mission de recherche ou recevant de financement pour la recherche. Cela
concerne plus précisément 81 universités ainsi qu'une centaine de grandes
écoles et autres établissements d'enseignement supérieur qui accueillent
des laboratoires ou équipes de recherche. La population concernée est
ici celle des 49 000 professeurs et maîtres de conférences, affectés
dans l'un des établissements d'enseignement supérieur que compte notre
pays, et des 10 000 hospitalo-universitaires affectés principalement
en facultés de médecine et CHU.
Deux questions sont ici légitimement posées : celles de la lisibilité
et de l'efficacité d'un tel système, multiforme voire morcelé.
Un premier constat s'impose: le système de recherche français est effectivement
un kaléidoscope de structures de recherches de toutes tailles (quelques
dizaines à plusieurs milliers de personnels de recherche), de tous types
(EPST, EPA ie établissement public à caractère administratif, EPIC,
fondations, associations, universités, grandes écoles, etc.), dans des
champs de disciplines très variées et inégalement couverts. Il importe
de souligner l'extrême diversité de situations rencontrées dans le système
de recherche français: - selon les disciplines et les thématiques de
recherche - selon les institutions, organismes ou universités, qui ne
disposent pas de moyens, de structures, d'implantations et de statuts
toujours comparables - selon les laboratoires de recherche, au sein
d'une même discipline ou d'une même institution, en fonction des besoins
en équipements lourds, du contexte international (partenariats ou au
contraire concurrence aiguè avec des laboratoires étrangers), du contexte
industriel, etc. Il serait ainsi extrêmement réducteur de dresser un
tableau et de porter un jugement unique et globalisant sur le système
de recherche de notre pays (cet exercice serait aussi difficile pour
tout autre pays). Beaucoup jugent qu'il y a trop d'organismes de recherche
ou que certains n'atteignent pas la "masse critique" en équipes et thèmes
de recherches. S'il nous est difficile de juger cette seconde assertion,
qui relève de l'évaluation scientifique et stratégique des organismes
ou de leurs unités, nous avons bien relevé qu'il y avait d'une part
un grand nombre de structures, et d'autre part une multiplicité de formes
administratives (EPST, EPA, EPIC, fondations, associations...) qui tiennent
parfois plus de l’histoire des établissements que de la pure logique
juridique ou administrative. Au même titre que pour les organismes de
recherche, il s’est établi au fil du temps entre les universités françaises
une très grande diversité, voire de grandes inégalités. On parle en
effet de diplômes universitaires communs mais si l’on compare le nombre
de thésards, les montants des crédits, les moyens alloués à la recherche,
on s’aperçoit qu’une hiérarchie implicite des universités s’est constituée.
Est-il besoin de dire qu’elles n’ont déjà pas la même ancienneté ? La
Sorbonne a récemment fêté ses 500 ans d’histoire tandis que sa petite
soeur du Littoral — Côte d’Opale est née en 1991. Or l’histoire est
un critère déterminant car la différence des universités repose en grande
partie sur leur héritage en termes de postes ou de moyens matériels,
héritage difficile à corriger. Leur taille comme leurs moyens varient
considérablement d’une université à une autre. Enfin, leur structuration
est très inégale : certaines sont pluridisciplinaires, d’autres se répartissent
en groupes de disciplines. Ces critères expliquent aussi la différence
de comportement vis-à-vis de la recherche qui constitue pourtant pour
ces dernières le seul élément de référence et d’image pris en compte,
en particulier dans les comparaisons internationales. Par ailleurs,
elles doivent faire face à la concurrence permanente des grandes écoles
et des cursus plus professionnels comme les IUT. Néanmoins leurs relations
avec les universités permettent parfois des synergies de bon niveau.
En effet, certaines sont insérées dans un tissu universitaire, d’autres
sont plus indépendantes par rapport à leur environnement. Citons l’exemple
d’une intégration réussie, malheureusement trop rare : l’Université
de Technologie de Compiègne (UTC). La perception de l’activité de recherche
y est exemplaire. Celle-ci se caractérise par le choix d’un nombre limité
de thèmes de recherches (12 au total), la définition de trois axes mobilisateurs
pour l’établissement, une structuration en un nombre faible d’unités
de recherches, la volonté de développer des recherches pluridisciplinaires
et de monter des collaborations fortes avec le monde économique afin
de favoriser les actions de valorisation, enfin une école doctorale
unique et originale qui propose un contrat où le DEA est considéré comme
la 1 ère année d’une formation étalée sur quatre ans et prévoit des
enseignements spécifiques sur trois ans dont l’anglais et les techniques
de l’information et de la communication.
En conséquence, et avec la définition de grands pôles universitaires
à Paris comme en province, il n’existe pas de répartition harmonieuse
de la recherche et de l’enseignement supérieur sur le territoire. Il
apparaît de fait une inégalité d’accès et de moyens, que ce soient entre
étudiants ou entre chercheurs. La conséquence principale de l'émiettement
de notre système de recherche est une faible lisibilité dans notre pays,
que ce soit pour les industriels, pour les élus et hommes politiques,
pour les media et plus généralement pour nos concitoyens. Il serait
de ce point de vue révélateur de réaliser une enquête de notoriété !
A fortiori, aux yeux de nos partenaires étrangers, le monde de la recherche
française est de prime abord assez impénétrable. Imaginons un laboratoire
ou un industriel hollandais ou asiatique qui voudrait mener un programme
de recherches sur les ressources alimentaires dans telle partie de l'Indonésie
insulaire avec des partenaires européens et plus particulièrement français:
s'adressera-t-il prioritairement à l'INRA, au CIRAD, à l'IRD, à l'IFREMER,
au CNRS, aux universités ? Nous pourrions multiplier les exemples dans
de nombreux champs disciplinaires: SHS, médical, matériaux, biochimie,
etc. Cela dit, l'efficacité de notre système de recherche ne semble
pas affectée outre mesure par cette extrême diversité, cet apparent
morcellement voire éclatement des institutions de recherche qui bien
souvent se complètent, se concurrencent (dans le sens positif du terme),
et s'associent.
Tout d'abord, les missions et les grands champs disciplinaires, même
si des évolutions voire des dérives ont été observées avec le temps,
sont assez bien définis pour la plupart des institutions: aux côtés
du CNRS, organisme pluridisciplinaire de recherche dite "académique"
(ce qui n'exclut pas des recherches appliquées ni la valorisation),
on trouve de puissants organismes de recherche finalisée ou de recherche
technologique: l'INRA en agronomie, l'INSERM en recherche médicale,
le CEA sur le nucléaire et la radioactivité, l'INRIA en automatique
et informatique, etc. Enfin des organismes plus petits exercent des
activités de recherche très pointues, souvent au meilleur niveau mondial:
l'INED en démographie, le CIRAD en agronomie des zones tropicales, le
CEMAGREF en génie rural, etc. La situation n'est toutefois pas toujours
aussi limpide quand le CNRS mène des recherches en chirurgie expérimentale,
ou quand le CEA investit les sciences du vivant et la biologie parfois
bien au-delà du champs nucléaire, etc. : on pourrait multiplier les
exemples. Enfin, les recherches étant de plus en plus interdisciplinaires
et se développant à la marge ou à l'interface des disciplines "classiques",
les notions de "périmètre" de recherche ou de "champ disciplinaire"
vont devenir de plus en plus caduques. Heureusement, les liens entre
les organismes de recherche et les universités n'ont cessé de se resserrer
depuis quelques années. Si la situation est très variable selon les
organismes, il existe de longue date de nombreuses unités de recherche
mixtes ou associés, des coopérations ou conventions entre organismes
et universités sur des thématiques voire des programmes de recherche.
La tendance actuelle est au renforcement et à la multiplication de ces
associations ou partenariats, et cela est très positif.
Le système de recherche français s'est mis à fonctionner en réseau,
associant des partenaires de natures différentes en fonction des thèmes
de recherche, des besoins en compétence, des besoins en moyens matériels
ou financiers, etc. Chaque institution cherche ainsi à tirer profit
de coopérations possibles, de la présence d'objectifs de recherche proches
ou communs, de toutes les synergies imaginables avec des "voisins",
collègues ou partenaires de la recherche publique, de la recherche privée
et plus généralement des entreprises, des collectivités locales, des
administrations, etc. Dans ce cadre les universités sont devenues des
partenaires privilégiées des organismes de recherche et réciproquement.
Enfin, les coopérations scientifiques ou les partenariats se nouent
de plus en plus en dehors des frontières nationales, à l'échelle européenne
tout d'abord, et plus généralement internationale.
3.2. Relations
entre organismes de recherche et universités
Les grands organismes jouent un rôle stratégique dans le développement
de l’effort national de recherche défini par le Gouvernement. Ils sont
amenés à construire des programmes nationaux dans le cadre desquels
ils peuvent créer des centres de recherche qui leur sont propres ou
financer des équipes associées, ils disposent de personnels qu’ils peuvent
affecter à ces équipes. En outre, ils peuvent gérer de gros équipements
et financer des actions incitatives. Les établissements d’enseignement
supérieur ont la responsabilité de l’organisation et de l’excellence
des études doctorales alimentées par la recherche. Une part très importante
des chercheurs des organismes de recherche est recrutée parmi ceux qu’ils
ont formés. Ils jouent un rôle considérable dans le dispositif national
de recherche auquel ils apportent un potentiel de plusieurs dizaines
de milliers d’enseignants-chercheurs, d’ingénieurs, de techniciens et
d’étudiants. Ils font émerger les jeunes équipes. Il n’est pas moins
vrai que des problèmes de coordination se posent par nature entre les
organismes de recherche et les établissements d’enseignement supérieur.
Les premiers mènent une politique scientifique nationale. Les secondes,
autonomes, définissent une politique scientifique d’établissement et
développent leurs relations régionales avec les collectivités locales
et avec le tissu économique. Les premiers affectent les chercheurs,
en fonction de leur politique nationale, dans les centres de qualité;
les seconds affectent les enseignants-chercheurs en fonction des flux
d’étudiants, ce qui conduit à une dispersion sur tout le territoire
antinomique avec la localisation des pôles de recherche.
En ce qui concerne les relations entre organismes de recherche et universités,
il convient cependant de distinguer le cas du CNRS et de l’INSERM de
celui des autres organismes de recherche. Les premiers ont une longue
pratique de la politique d’association ou au moins en ce qui concerne
l’INSERM, d’une très forte interpénétration avec le milieu universitaire.
La complémentarité avec les établissements d’enseignement supérieur
est permanente dans ces deux organismes. Leurs instances d’évaluation
comprennent à la fois des représentants élus des chercheurs et des enseignants-chercheurs,
qu’il s’agisse du comité national de la recherche scientifique ou du
conseil scientifique et des commissions scientifiques spécialisées de
l’INSERM. En outre le comité national de la recherche scientifique a
une mission nationale d’évaluation, dont la vocation dépasse le cadre
du CNRS, qui peut notamment être mise au service des établissements
d’enseignement supérieur.
Mais l’élément nouveau est l’organisation de collaboration entre les
autres organismes de recherche et les établissements d’enseignement
supérieur. Cette collaboration se situe ainsi à plusieurs nivaux que
nous présentons rapidement. · Une politique d’association au niveau
des équipes de recherche dont les principes sont définis par des accords-cadres
Aujourd'hui, les principaux EPST ont des laboratoires mixtes ou associés
avec des universités et projettent d'en augmenter encore le nombre.
Ainsi près de 90% des unités du CNRS sont associées d'une façon ou d'une
autre aux universités. Les trois quarts des chercheurs CNRS travaillent
sur des sites universitaires, participent dans leur majorité à l'enseignement,
et jouent un rôle significatif dans l'encadrement des DEA et des thèses.
Toutes les unités propres du CNRS, sauf une, sont liées par des conventions
à une université et participent pour la plupart aux écoles doctorales.
Les universitaires sont plus nombreux (environ 15000) que les chercheurs
dans les équipes du CNRS, et présents à tous les niveaux: direction
de laboratoires, direction de l'organisme, ainsi qu'au comité national.
Pour le CNRS, les évolutions de ces dernières années ont été le développement
des unités mixtes dans un contexte de stabilité voire de diminution
des équipes. L'INSERM et l'INRA, organismes de recherches finalisées,
ont développé des associations avec l'université, moins massivement
et plus récemment que le CNRS, mais opèrent actuellement un "rattrapage"
rapide. Plus de 30% des unités INSERM sont hébergées dans des locaux
hospitalo-universitaires, et les enseignants-chercheurs et hospitalo-universitaires
sont en nombre aussi important dans les formations INSERM que les chercheurs
INSERM eux-mêmes. D’autre part l’INSERM accorde des aides à des laboratoires
universitaires. En outre, l'INSERM a passé en novembre 1998 une convention
nationale ("accord cadre") avec la Conférence des Présidents d'Universités
(CPU) pour renforcer et accroître les collaborations et coopérations
scientifiques, marquant ainsi une réelle volonté de partenariat. L'INRA
s'est fixé pour sa part comme objectif d'atteindre un taux de 40 % d'unités
mixtes de recherche (UMR) d'ici 2 à 3 ans, soit un quasi doublement
par rapport au nombre actuel d'UMR: 70 unités mixtes pour 300 unités
de recherche, soit un taux de 25%. L'INRIA compte près de 2000 personnes
dans ses laboratoires dont la majorité ne sont pas des personnels INRIA,
mais des chercheurs associés (CNRS ou universitaires: environ 300),
des doctorants (environ 500) et des post-doctorants ou stagiaires (de
150 à 200). Les EPIC participent également à cette évolution profonde
de notre système de recherche. Ainsi, l’IFREMER a des unités de recherche
marines. Le CEA a développé de nombreux partenariats ou associations
avec des universités et grandes écoles, avec le CNRS, bien sûr, mais
aussi l'INSERM, le BRGM, l'ANDRA, l'ADEME, l'OPRI, etc. Le CEA a commencé
par signer des conventions avec les universités, puis étudie maintenant
la création d’unités mixtes. Dans le cadre des contrats pluriannuels
qui se mettent en place entre le Ministère et les organismes, tous sont
incités à créer des unités mixtes.
La politique de
contractualisation
Une politique de contractualisation quadriennale a été mise en place
depuis 1989 entre les établissements d’enseignement supérieur et l’État.
Les contrats soutiennent les équipes propres des établissements (équipes
d’accueil et jeunes équipes) et les équipes partagées avec les organismes
de recherche. L’ensemble représente aujourd’hui 3 400 équipes reconnues
après une évaluation par des experts nationaux.
La contractualisation préserve l’autonomie des universités qui ont la
capacité de prélever un "bonus qualité-recherche" qui représente au
maximum 15% des sommes prévues dans le volet recherche du contrat et
qui leur permet de soutenir et d’initier des opérations de qualité non
examinées, parce qu’encore inconnues, au moment de l’évaluation. Depuis
1995, un nouveau type de relations contractuelles tripartites a été
expérimenté. Désormais, les établissements peuvent définir dans le même
contrat leurs liens avec l’État et avec le CNRS. Ce dialogue global
permet de fixer dans la durée et de manière synchrone les objectifs
scientifiques communs, et les contributions de chacun à leur mise en
oeuvre. Cette démarche a permis de renforcer et de clarifier les termes
de la coopération très active entre le CNRS et les universités et aujourd’hui
la majorité des établissements l’ont adoptée. Des relations du même
type seront construites dès 1999 avec l’INSERM, l’INRA, l’INRIA et l'ORSTOM.
La contractualisation a fourni un cadre particulièrement propice aux
associations, aux échanges, aux coopérations scientifiques, et au partage
de compétences et de moyens. Elle a permis d'innover en matière d'association
ou de coopération scientifiques, sur la forme et sur le fond. Elle inscrit
également toutes les démarches dans la durée, condition indispensable
à toute recherche de qualité.
Il reste que beaucoup de "petites" universités ne sont pas parvenues
soit à un réel développement, soit à un équilibre de leurs relations
avec les EPST ou EPIC. Il leur est en outre difficile de jouer plusieurs
cartes à la fois sur le plan des disciplines et des partenariats: ces
universités doivent faire des choix. Certaines y sont parvenues assez
tôt, comme Perpignan dans le domaine de la biologie moléculaire des
plantes ou l'université du Littoral (Nord Pas-de-Calais) sur les questions
d'environnement.
Enfin, au plan régional, il n'est pas toujours aisé d'identifier qui
prend part aux négociations des contrats quadriennaux et qui "pèse réellement":
recteur d'Académie, présidents d'université, délégué régional à la recherche
et la technologie (DRRT), délégués régionaux d'organisme, présidents
de pôles lorsqu'ils existent (pôle universitaire, pôle européen, etc.).
À condition que le concept d’unité mixte ne se substitue pas à tous
les concepts existants, il est apparu satisfaisant. Pour les UMR se
pose la difficulté de la double tutelle ou de la double appartenance
juridique. Il a été souhaité que l’UMR puisse relever plutôt de la gestion
de l’un ou l’autre des établissements, l’établissement non gestionnaire
apportant en contrepartie un complément de moyens. C’est le contexte
de stabilité des équipes qui pose le plus de problèmes dans la politique
d’association.
3.3. Émergence
de pôles structurants au niveau régional
Les dynamiques de la recherche et de l’innovation se développent à différentes
échelles géographiques. Les firmes multinationales déploient des stratégies
globales dans le cadre de la mondialisation. D’un autre côté, la région
ou l’agglomération joue un rôle de plus en plus considérable. C’est
à cet échelon en effet que les connaissances tacites et les savoir-faire
circulent de manière privilégiée, au sein de réseaux de proximité. Autour
de certaines des 80 universités françaises se sont donc constitués des
pôles structurants, portés par les dynamiques nées des contrats de plan
Etat-Région, de programmes nationaux à déclinaison territoriale (décisions
de créations d’université — Université du Littoral sur Dunkerque, Calais
et Boulogne sur mer - ou de délocalisations d’écoles ou d’organismes
— CNES et Sup’Aéro à Toulouse), des évolutions de la politique des fonds
structurels d’appui aux régions défavorisées et de la préparation des
programmes cadres de recherche communautaire (PCRD). La forte implication
des universités au sein de leur environnement a constitué un facteur
d’attractivité important pour les laboratoires et les entreprises et
d’attention de la part des collectivités territoriales.
Cette dynamique régionale est perceptible au travers de plusieurs indicateurs.
Tout d’abord, quatre régions concentrent trois quarts des 51 milliards
de francs qui constituent le budget de la recherche publique civile.
L’Ile-de-France exécute plus de 42,3% des dépenses, suivie de très loin
par les régions Rhône-Alpes (10,8%), Midi-Pyrénées (8,5%) et Provence-Alpes-Côte
d'Azur (8,3%). Par rapport à leur puissance économique mesurée par un
PIB régional, les régions de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont
cependant mieux dotés que l’Ile-de-France. Cette répartition budgétaire
est renforcée par celle des personnels, chercheurs et enseignants-chercheurs.
Près de 50% des personnels des organismes de recherche travaillent en
Ile-de-France contre un peu plus du quart des enseignants-chercheurs
universitaires. Cette répartition traduit le fait que la dimension territoriale
de l'enseignement supérieur est plus marquée que celle de la recherche
des organismes. Derrière l'Ile-de-France, la région Rhône-Alpes pour
la recherche académique et la région Provence-Alpes- Côte d'Azur pour
la recherche finalisée, dominent largement. Cette situation est confortée
par la dépense de recherche et développement des entreprises par région.
L’Ile-de-France concentre plus de 52% du potentiel national de recherche
et développement des entreprises mais la prépondérance de la région
parisienne s'atténue régulièrement depuis une quinzaine d'années. La
région Rhône-Alpes se classe en seconde position (10%), suivie par Provence-Alpes-Côte
d'Azur (5,6%) et Midi-Pyrénées (4,6%) qui profitent globalement de la
diminution de la part de l'Ile-de-France. Ces répartitions sont accentuées
par le budget que consacrent les conseils régionaux à la recherche et
développement. En 1995, l'ensemble des régions a consacré près de 1,2
milliards de francs à la R&D et à la technologie contre moins de 500
millions dix ans plus tôt. Les conseils régionaux allouent aujourd'hui
entre 0,4% et 4% de leur budget propre à la R&D. On observe de fortes
variations suivant les régions : ainsi Rhône-Alpes consacre aujourd'hui
plus de 100 millions de francs à ces domaines, soit 11,2% du budget
total des conseils régionaux. En revanche, le budget de l'Ile-de-France
est de 78 millions de francs, soit 6,5%. En parallèle, près de quatre
thèses sur dix sont soutenues dans un établissement d'enseignement supérieur
de la région Ile-de-France. Les universités des régions Rhône-Alpes,
Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Languedoc-Roussillon totalisent
ensemble près de 30% des thèses soutenues en France. Cette répartition
se décline également au travers de la production scientifique par région.
Elle est cependant moins nette en matière de répartition des dépôts
de brevets puisque derrière l'Ile-de-France où plus de deux brevets
sur cinq sont déposés, on trouve certes la région Rhône-Alpes avec 16%
et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur avec 5,2% mais aussi les régions
Alsace (3,5%) et la région Centre (3,4%).
Cette analyse nationale est confortée par les chiffres d'implication
dans les programmes communautaires. Les participations des régions françaises
aux programmes communautaires reflètent également la puissance de celles-ci
: l'Ile-de-France domine avec près de 50% des participations, suivie
par les régions Rhône-Alpes (12,3%) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (7,3%).
Un second groupe est composé de régions ayant un taux de participation
avoisinant les 4 ou 5% : Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Bretagne.
Ces quelques indicateurs montrent bien la force de certaines régions
où la recherche apparaît de plus en plus comme un vecteur du développement
local. Une récente enquête a mis en évidence les atouts des différentes
régions françaises et indirectement leur progression relative. Cette
tendance est renforcée par la constitution de pôles européens d’excellence
à partir desquels se mettent en oeuvre d’autres dynamiques territoriales,
comme les métropoles-réseaux. Reste que, comme le montre un récent rapport
de l’IGAEN sur « les conditions du développement de la recherche et
de la technologie au niveau régional », on ne peut toutefois pas aller
jusqu’à parler d’une politique régionale de la recherche, à la fois
parce que les structures et les moyens humains ne sont pas adaptés aux
enjeux et que la politique de l’Etat au niveau des régions, comme les
partenariats État — régions, ne favorise guère de telles évolutions.
Il faut ajouter enfin que les structures sont de façon générale assez
peu associées à l’élaboration des grands programmes : l’exemple de la
préparation du 5 ème PCRD est éloquent à ce sujet. Enfin, les indicateurs
cités ci-dessus montrent le déséquilibre réel qui existe entre les régions
et par conséquent, entre les structures qui les animent, suivant en
grande partie les inégalités en termes de développement économique.
Ces inégalités méritent également une attention particulière en matière
d’aménagement du territoire. À l’avenir, il apparaît donc nécessaire
de prendre en compte cette réalité territoriale dans toute réflexion
sur la recherche.