Remerciements
Mes remerciements vont d’abord à Mme Patricia Bouillaguet, MM. Bernard
Denonfoux et Jean-Marie Luttringer qui, ensemble ou séparément, m’ont
accompagné tout au long de cette mission. Sans eux, je n’aurais pu éclairer
mon chemin dans le maquis d’un dossier particulièrement complexe. Mes
remerciements vont également à mon assistant, David Boratav, qui a beaucoup
pris sur son temps pour organiser les auditions, et à tous les membres
du Comité de pilotage FMme Catherine Nasser, Mme Dominique Lassus-Minvielle,
MM. Karim Bangoura, Jean-Philippe Cépède, Patrick Clemenceau, Jean-Paul
Géhin, Alain Geismar, Jean-François Noèl, François Toujas qui, lors
des quatre réunions de synthèse, nous ont aidés à centrer notre réflexion.
Je n’oublie pas les contributions de toutes celles et tous ceux qui
ont bien voulu me rencontrer : ces entretiens ont constitué la matière
principale de mes informations et nourri l’essentiel de mes propositions.
J’ai été sensible à la façon dont tous les services de l’État ont répondu
à mes sollicitations ; qu’ils en soient remerciés avec une mention particulière
à l’AFPA qui a facilité la réalisation matérielle de ce rapport.
Gérard Lindeperg
Introduction
Depuis le XIXe siècle, les luttes ouvrières et la négociation sociale
ont progressivement permis de faire face aux différentes menaces qui
pesaient sur les salariés : accidents du travail, maladie, vieillesse,
chômage… En cette fin de XXe siècle, de nouveaux risques sont apparus :
mobilité accrue qui conduit les salariés non seulement à changer d’entreprises
plusieurs fois dans leur vie mais également de métier, parcours professionnels
de plus en plus chaotiques en raison de la multiplication des périodes
de chômage, accélération sans précédent des mutations technologiques…
Ces nouvelles menaces appellent à court terme une réponse qui fait dire
à l’un des syndicalistes que nous avons auditionnés : “ la formation
aujourd’hui, c’est la Sécu de 1945 ”. Dans le nouveau contexte du XXIe
siècle, la formation va en effet devenir un enjeu majeur, dans la mesure
où “ la bataille de l’intelligence ” et “ la valorisation des compétences ”
seront au cœur du développement économique et du combat pour l’égalité
des chances. Force est de constater que ce sont les cadres les mieux
formés qui aujourd’hui bénéficient le plus de la formation continue
alors que les ouvriers peu qualifiés n’ont que la portion congrue et
que la situation faite aux femmes est profondément inégalitaire. En
dépit de la loi novatrice de 1971, l’essentiel des destins professionnels
demeure scellé à l’issue de la formation initiale et l’objectif de la
“ deuxième chance ” n’a pas été atteint. La montée du chômage dans les
années 80 a conduit les gouvernements successifs à développer des dispositifs
massifs au bénéfice des demandeurs d’emploi, jeunes et adultes, alors
que dans le même temps la “ promotion sociale ” se trouvait marginalisée.
Mais en cette fin de décennie, le contexte est en train de changer rapidement :
le retour de la croissance et la politique conduite en direction des
jeunes (emplois jeunes, formations en alternance, dispositifs d’insertion,
programme Trajet d’Accès à l’Emploi (TRACE), mobilisation de l’Éducation
nationale en faveur de l’enseignement technique et technologique…) devraient,
compte tenu du contexte démographique, conduire à une réduction significative
du chômage. Avec la réduction du temps de travail qui ouvre également
de nouvelles perspectives, la formation des salariés pourrait donc revenir
au premier plan à travers de nouveaux dispositifs ouvrant la voie à
une “ formation tout au long de la vie ”. C’est pourquoi nous n’avons
pas voulu nous limiter à pallier les dysfonctionnements constatés aujourd’hui.
Nous avons essayé d’inscrire nos propositions dans une démarche à plus
long terme. En avance au début des années 70, notre pays a pris du retard ;
pour relever les nouveaux défis du siècle qui vient, le moment est venu
de manifester une forte ambition pour créer les conditions d’une nouvelle
donne en faveur de la formation professionnelle. Avec ses propositions
novatrices (droit individuel à la formation, transférable et garanti
collectivement, système de validation des acquis professionnels…), le
livre blanc de Nicole Péry, secrétaire d’État aux Droits des femmes
et à la Formation professionnelle, a jeté les bases d’une grande réforme.
Il nous appartient dans ce rapport de clarifier le rôle des acteurs,
de proposer des partenariats structurés entre l’État, les conseils régionaux
et les partenaires sociaux, de travailler à la simplification des dispositifs
et à une plus grande transparence afin de créer les conditions du succès
d’une réforme qui est attendue. La multiplicité des financeurs, le chevauchement
des responsabilités, l’enchevêtrement des dispositifs, la sédimentation
des instances de concertation au cours des quarante dernières années…
le tout aggravé par le cloisonnement des différentes administrations
de l’État, ont contribué à rendre le système de plus en plus opaque.
La masse de textes législatifs, d’accords cadres, d’avenants, de conventions,
de contrats d’objectifs, de contrats de progrès… rendent peu lisible
l’action de l’État, des régions et des partenaires sociaux. Il en résulte
une efficacité amoindrie, une perplexité des partenaires locaux, une
frustration des usagers, une difficulté de contrôle qui tend à jeter
la suspicion sur l’idée même de formation professionnelle au moment
où elle est plus nécessaire que jamais. Parce que, pour l’essentiel,
les principaux financeurs conduisent chacun leur politique en se tournant
le dos, les 138 milliards dépensés annuellement Fchiffre pour l’année
1998 pour la formation professionnelle en France ne donnent pas tous
les résultats que l’on pourrait attendre d’un tel volume financier.
Du niveau national au niveau local en passant par le niveau régional,
il est urgent que des partenariats se structurent, que des collaborations
se nouent et que des complémentarités organisées permettent une véritable
synergie entre tous les acteurs. La complexité du système ne sera pas
effacée d’un trait de plume ; mais si nous arrivons à développer une
proximité suffisante, elle ne pèsera plus sur l’usager. Nous avons donc
tenté de clarifier le rôle des différents acteurs en tirant toutes les
conséquences d’une réalité qui s’est imposée, celle d’une “ compétence
partagée ” entre l’État, les partenaires sociaux et les conseils régionaux.
Nous avons voulu rendre plus lisible, en le simplifiant, le paysage
brouillé des instances de concertation dédiées à la formation professionnelle.
Leurs fonctions ont été réorientées : de lieux de juxtaposition des
politiques des différents acteurs, elles doivent devenir des instances
de concertation et de coordination des politiques. Le droit à la formation
tout au long de la vie restera l’apanage de quelques uns tant que les
conditions d’accès à l’accueil, à l’information et à l’orientation ne
seront pas garanties pour tous. Ce terrain a été laissé en jachère par
les gouvernements successifs ; il est urgent d’ouvrir un nouveau chantier
et de le conduire avec une volonté politique forte afin de construire
un réseau de proximité qui couvre l’ensemble des régions. Si la région
est un espace pertinent pour définir les grandes orientations et arrêter
les programmations, le territoire (“ pays ” en milieu rural, “ agglomération ”
en milieu urbain) est l’espace le plus efficace pour leur mise en œuvre.
C’est en mobilisant les acteurs locaux (élus, partenaires sociaux, entreprises,
organismes de formation, chambres consulaires) autour de plans d’action
territoriaux emploi formation articulés à des projets de développement
que la décentralisation prendra tout son sens. La formation professionnelle
doit cesser d’être l’apanage des techniciens et de quelques spécialistes ;
elle doit devenir l’affaire des citoyens et de la nation tout entière.
Bref, il faut redonner une dimension politique à la formation professionnelle.
Gérard Lindeperg