Chapitre
3 : Les conseils régionaux
Le “ fait régional ”
émerge par le décret du 11 décembre 1954 créant les “ comités d’expansion ”.
Les vingt et une “ régions de programme ” sont créées le 28 octobre
1956. Elles deviendront des “ circonscriptions d’action régionale ”
le 2 juin 1960. Cette date est considérée comme l’acte de naissance
officiel des régions qui ne sont alors que des “ unités de base commodes
pour l’action administrative et la mise en valeur du pays. ” FRapport
préparatoire au décret du 2 juin 1960. Simple lieu de déconcentration
des pouvoirs de l’État dans les années 50 et 60, les régions sont devenues
des établissements publics en 1972, avant de devenir des collectivités
territoriales de plein exercice en 1982 et de se doter d’un conseil
élu pour la première fois au suffrage universel en 1986.
1. La compétence
des régions en matière de formation professionnelle continue et d’apprentissage
1.1. Le cadre
de la décentralisation
La loi du 7 janvier 1983 relative à la répartition des compétences entre
les communes, les départements, les régions et l’État, détermine les
principes fondamentaux et les modalités du transfert aux régions des
compétences concernant la formation professionnelle continue et l’apprentissage.
Alors que les communes et les départements avaient une certaine antériorité
dans ce domaine, les régions apparaissent comme les nouvelles venues
dénuées de toute expérience en la matière. Néanmoins, le transfert aux
régions s’opère sans soulever de débat lors du vote par le Parlement.
Dès lors que les compétences régionales portaient sur le développement
économique et l’aménagement du territoire, il était logique d’y articuler
la formation professionnelle. La reconnaissance de l’antériorité des
communes et des départements dans ce champ est néanmoins reconnue par
la possibilité qui leur est offerte d’être associés, à leur demande,
à l’élaboration du programme régional de formation professionnelle.
Toutefois, nous n’avons rencontré sur le terrain aucune mise en pratique
de cette possibilité.
1.2. Le principe
de droit commun posé dans la loi
Dans le cadre de ce transfert, la compétence des régions est réputée
de droit commun. Il leur appartient, en effet, d’élaborer en toute autonomie
leur politique de formation professionnelle continue et d’apprentissage,
de définir leurs propres priorités, d’arrêter librement le choix de
leurs actions et les modes de conventionnement avec les organismes de
formation, dans le respect toutefois du cadre législatif et réglementaire
relatif à la formation professionnelle et à la rémunération des stagiaires
qui reste la prérogative de l’État. Les crédits transférés permettent
aux régions de financer des actions de formation ou d’équipement et
de rémunérer les stagiaires. Les régions ont cependant toute liberté
pour répartir leurs dépenses entre ces différents postes comme entre
l’apprentissage et la formation professionnelle continue.
1.3. Les domaines
de compétence conservés par l’État
La loi du 7 janvier 1983, dans son article 82, précise les quatre compétences
d’attribution qui restent assurées par l’État :
* La compétence normative : définition du cadre législatif et réglementaire
du système de formation professionnelle, mais aussi contrôle de l’application
de l’obligation légale de financement de la formation par les employeurs.
Par extension, ce contrôle sera étendu au cours des années 1980 aux
organismes collecteurs agréés et aux organismes de formation (cf. titre
I, chap. 1).
* Les actions de portée nationale de formation professionnelle continue
ou d’apprentissage relatives soit à des stages assurés par un même organisme
dans plusieurs régions, soit destinées à des stagiaires ou des apprentis
sans considération d’origine régionale. C’est en référence à cette exception
que sont restées de la compétence de l’État les actions de formation
financées par le Fonds national de l’emploi, (dont les formations assurées
par l’AFPA), et les actions de formation en faveur des illettrés FLes
actions d’alphabétisation à destination des publics migrants sont prises
en charge par le Fonds d’action sociale (FAS)., des détenus, des réfugiés
et des handicapés FException faite d’une partie des crédits de rémunération
qui ont été décentralisés..
* Les actions de portée générale découlant de programmes établis au
titre des orientations prioritaires de l’État, et définies annuellement
par le Comité interministériel de la formation professionnelle et de
la promotion sociale, après concertation avec les organisations professionnelles
et syndicales au sein des instances prévues à cet effet. Il ne s’agit
pas pour ce type d’actions d’une exclusivité de l’État, mais d’une obligation
nationale à laquelle les partenaires sociaux et les régions doivent
également contribuer. L’adoption en 1998 d’un Plan national d’action
pour l’emploi (PNAE) concrétise la notion d’obligation nationale. Ceci
étant, la consultation des régions sur ces orientations prioritaires
n’est pas prévue, celles-ci ne siégeant pas dans les instances consultatives
définies par la loi (cf. titre III, chap. 1).
* Enfin, l’État garde compétence pour effectuer les études et actions
expérimentales nécessaires à la préparation de ses actions ainsi que
les moyens pour assurer l’information sur les politiques engagées.
Cette répartition des attributions, posée par la loi, traduit bien l’approche
de l’époque selon laquelle les enjeux de la formation professionnelle
sont d’abord des enjeux de moyen et long terme de développement économique,
d’éducation et de qualification des personnes et non pas des enjeux
de court terme de gestion conjoncturelle des problèmes d’emploi et de
chômage. Avec la dégradation de la situation de l’emploi et la montée
d’un chômage massif, la formation professionnelle va, cependant, devenir
peu d’années après, un instrument majeur des politiques de gestion conjoncturelle
du chômage. C’est dans ce cadre d’action que va se diversifier et s’amplifier,
au cours des années 1980, la panoplie des aides de l’État pour la formation
et l’insertion des demandeurs d’emploi jeunes et adultes. Si par conséquent
l’État garde, dès l’origine, un champ d’intervention large, obligation
lui est faite, pour les actions de portée nationale, de recueillir l’avis
des régions sur le choix et la localisation de ses actions, sans que
ni la loi ni ses textes d’application n’en fixent le cadre et les modalités
opératoires de mise en œuvre. Deux instances auraient pu être utilisées
à cette fin : - au niveau national : le Comité de coordination des programmes
régionaux d’apprentissage et de formation professionnelle continue créé
par la loi du 7 janvier 1983 (cf. infra) ; - au niveau régional : le
Comité régional de l’emploi et de la formation professionnelle (COREF),
de création bien antérieure (1959, puis 1966). Dans la réalité, ni l’une
ni l’autre n’ont véritablement été conçues et mobilisées à cet effet.
Pour les élus régionaux, l’absence de consultation préalable des régions
sur les programmes nationaux mis en œuvre par l’État, constitue une
critique permanente émise par les élus régionaux à laquelle la loi de
décembre 1993 n’a pas non plus véritablement répondu lorsqu’elle a élargi
le périmètre des compétences régionales.
1.4. Les moyens
transférés aux régions
En définitive, en 1983 sont transférés aux régions les moyens d’intervention
de l’État inscrits sur le Fonds de la formation professionnelle et de
la promotion sociale (FFPPS) antérieurement déconcentrés auprès des
préfets de région, et essentiellement consacrés au soutien de la promotion
sociale. Ceux-ci incluent les formations paramédicales, les formations
des travailleurs sociaux, certaines formations de l’enseignement supérieur,
les formations du secteur agricole et les formations des centres associés
au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Pour assurer cette
responsabilité et compenser les charges induites, les régions bénéficient
de deux abondements financiers : - une dotation annuelle de décentralisation
spécifique accordée par l’État (1006 millions de francs en 1983) et
réévaluée chaque année ; - la perception du produit de l’impôt sur les
cartes grises (1150 millions de francs en 1983). Au total, au moment
du vote de la loi, les 4/5e des moyens publics d’intervention en matière
de formation professionnelle continue restent de la responsabilité de
l’État FE. Pascaud : “ Décentralisation de la formation professionnelle,
réalisation, difficultés et propositions ”, Comité de coordination des
programmes régionaux d’apprentissage et de formation professionnelle
continue, juin 1991.. (Ce rapport n’a pas évolué malgré les décentralisations
successives : le livre blanc indique pour 1998, 55 milliards pour l’État
FIl faut toutefois observer que sur ces 55 milliards, 20 milliards concernent
la formation des agents de l’État. et 13 milliards pour les régions).
2. D’une décentralisation
à l’autre : de 1983 à 1993
2.1. De nouvelles
revendications des régions
Les dix ans qui séparent les deux lois de décentralisation voient s’exprimer
des revendications fortes et récurrentes des régions pour un élargissement
de leur champ de compétences. Celles-ci considèrent ne pas pouvoir exercer
réellement les attributions conférées par la loi de janvier 1983. Leurs
revendications sont de trois ordres.
2.1.1. Elles
veulent être mieux reconnues
Par rapport aux autres financeurs (État, entreprises) les régions sont
très minoritaires FDe l’ordre de 8 %. pour la formation professionnelle
des actifs. Cette position minoritaire oblige les régions à rechercher
en permanence des partenariats multiples et complexes pour affirmer
leur présence au plan régional, au risque de perdre une part d’autonomie
dans la conduite de leur politique. Beaucoup revendiquent donc l’extension
de leur champ de compétence à travers le transfert des moyens d’intervention
de l’État sur la formation professionnelle des demandeurs d’emploi (jeunes
et adultes) et des salariés. L’ambiguïté de l’interprétation de la notion
de droit commun, souvent entendue à tort comme “ compétence exclusive ”,
et la manière dont l’État étend son périmètre d’intervention sur les
champs qu’il conserve, entretiennent la poussée des mouvements revendicatifs
des régions. Toutefois, leurs revendications sont loin d’être unanimes.
Des positions contrastées se manifestent entre les régions sur la question
des programmes destinés à des publics spécifiques et des programmes
en faveur des chômeurs de longue durée. Certaines considèrent qu’elles
doivent rester de la compétence de l’État pour des motifs de solidarité
nationale. Elles craignent, en cas de transfert total, de se transformer
plus encore en administration de gestion, fonction pour laquelle elles
ne sont ni équipées, ni organisées, au détriment d’une logique de mission
qui est leur vocation d’origine FE. Pascaud : “ Décentralisation de
la formation professionnelle, réalisation, difficultés et propositions ”,
Comité de coordination des programmes régionaux d’apprentissage et de
formation professionnelle continue, juin 1991.. La seconde évaluation
mise en œuvre par le Comité de coordination des programmes régionaux
d’apprentissage de la formation professionnelle continue (CCPR) fait
apparaître une volonté d’être un “ acteur pivot ” assurant prioritairement
une fonction de coordination des différentes politiques sur le territoire
régional. Toutes font néanmoins du transfert des programmes mis en œuvre
par l’État pour la formation et l’insertion des jeunes, leur première
revendication. Toutefois, elles revendiquent plus fortement une responsabilité
de coordination qu’une responsabilité de gestion de programmes.
2.1.2. Elles
veulent être mieux consultées
Elles sont absentes des instances légales de concertation instituées
avant la décentralisation par l’État au niveau national pour recueillir
l’avis des partenaires sociaux sur les projets de textes législatifs
ou réglementaires relatifs à la formation professionnelle continue et
à l’apprentissage ou sur les programmes d’intervention de l’État. Toutefois,
la concertation a pu s’opérer par l’intermédiaire de l’Association des
Présidents de conseils régionaux. Quant au Comité de coordination des
programmes régionaux d’apprentissage et de formation professionnelle
continue au sein duquel siègent depuis 1987 des représentants des 26
régions, il regrette de n’être pas systématiquement consulté par l’État,
notamment sur les sujets qui les impliquent. On peut citer l’absence
de consultation du Comité de coordination sur les projets de loi relatifs
à l’apprentissage ou à l’Allocation formation reclassement (AFR) en
1987, à la mise en œuvre du Crédit formation individualisé (CFI) en
1990, ou plus récemment en 1998/1999 sur l’adoption du Plan national
d’action sur l’emploi, du programme TRACE, ou encore du contrat de progrès
signé entre l’État et l’AFPA.
2.1.3. Elles
veulent pouvoir mieux coordonner
Contrairement au cadre réglementaire fixé pour les formations initiales,
elles ne disposent que de faibles moyens pour affirmer, vis-à-vis des
autres acteurs concernés, le rôle qu’elles revendiquent de régulation
et de mise en cohérence des politiques d’apprentissage et de formation
professionnelle continue sur leur territoire, notamment sur le choix
et l’organisation territoriale des filières et des actions de formation.
La loi de 1983 n’inscrit pas cette compétence dans les attributions
des régions, même si, par ailleurs, l’État les invite dès 1980, mais
surtout à l’occasion des premiers contrats de plan État-région (1984)
à élaborer des schémas régionaux de la formation professionnelle continue.
Seules une dizaine de régions se sont saisies de cette opportunité pour
évaluer l’existant, identifier les besoins de qualification et les formations
à promouvoir, définir des propositions d’action et d’évolution de l’appareil
de formation. Ces schémas deviendront cependant obligatoires pour ce
qui concerne l’apprentissage, avec la loi de juillet 1987. Ces documents,
très hétérogènes dans la qualité de leur construction, n’ont eu que
rarement une portée opératoire. Ils n’ont pas généralement constitué
un moyen de mobilisation autour d’actions concertées avec les services
de l’État et les partenaires socio-économiques. Ils seront d’ailleurs
quasiment abandonnés par les régions, à l’occasion des contrats de plan
suivants (1989-1993) qui ont proposé la construction d’outils d’aide
à la décision en matière d’analyse et de prospective sur l’emploi et
la formation professionnelle avec la création des Observatoires régionaux
de l’emploi et de la formation professionnelle (OREF), et de connaissance
de l’offre de formation régionale avec la création des Centres d’animation
et de ressources de l’information sur la formation (CARIF). Des élus
politiques de tous bords considèrent que la décentralisation de la formation
professionnelle est restée au milieu du gué et revendiquent un élargissement
des compétences et des moyens transférés par l’État aux régions. En
avril 1990, l’opposition de droite dépose une proposition de loi qui
prévoit, entre autre, la décentralisation de l’AFPA. Dès son entrée
en fonction, le gouvernement Balladur présente un projet dit “ loi quinquennale
sur le travail, l’emploi et la formation professionnelle ”.
2.2. La loi quinquennale
sur le travail, l’emploi et la formation professionnelle du 20 décembre
1993
Concernant le cadre de la décentralisation, la loi de 1993 comporte
cinq dispositions majeures.
2.2.1. Les programmes
jeunes sont transférés
Elle donne satisfaction à la première priorité des régions : le transfert
des programmes antérieurement mis en œuvre par l’État pour la formation
et l’insertion des jeunes en difficulté, en deux étapes :
* Le transfert total et immédiat des actions qualifiantes destinées
à des jeunes de 16 à 25 ans en vue de leur permettre d’acquérir une
première qualification certifiée par un titre ou un diplôme. Celui-ci
sera effectué en juin 1994.
* Progressivement, selon un calendrier défini par la région et au plus
tard au 31 décembre 1998 (5 ans), les actions de préqualification et
d’insertion, ainsi que les compétences exercées par l’État vis-à-vis
du réseau d’accueil, d’information, d’orientation et de suivi des jeunes,
en matière de formation professionnelle.
Ainsi, toutes les régions ont acquis, au plus tard le 1er janvier 1999,
le bloc complet des compétences sur la formation professionnelle initiale
et continue des jeunes de 16 à 25 ans.
2.2.2. Le PRDF
est institué
Elle institue un Plan régional de développement des formations professionnelles
des jeunes (PRDF), élaboré par la région en concertation avec l’État
(et notamment avec les recteurs) et après large consultation des départements,
du Conseil économique et social régional (CESR) et des acteurs socio-économiques.
Le PRDF affirme la région dans son rôle d’animation et de mise en cohérence,
au niveau territorial, des dispositifs de formation professionnelle
initiale et continue des jeunes de 16 à 25 ans. Les conseils régionaux
vont pouvoir conduire une politique globale sur leur territoire en utilisant
plusieurs leviers :
- la définition d’orientations de moyen terme concernant le développement
des filières et des spécialités de formation professionnelle, les publics
prioritaires de jeunes à former et l’évolution de l’offre de formation
initiale et continue ;
- la mise en œuvre d’un plan concerté en matière d’information et d’orientation
des jeunes ;
- l’intégration au sein du Plan régional de l’ensemble des filières
et des dispositifs concernant la formation initiale et continue des
jeunes, y compris ceux mis en œuvre par les partenaires sociaux de branche
et les organismes interprofessionnels (contrats d’insertion en alternance,
apprentissage) ;
- l’organisation des concertations avec l’ensemble des acteurs concernés
(conseils généraux, conseil économique et social régional, conseil académique
de l’Éducation nationale, partenaires sociaux, chambres consulaires).
Malgré les imperfections et les difficultés de conclusion dans certaines
régions, les PRDF représentent un progrès indéniable en terme de première
expérience de coordination des dispositifs et de visibilité des priorités.
Au total, 19 régions sont aujourd’hui dotées d’un PRDF. Il n’a cependant
que peu souvent été traduit en conventions financières d’application
avec l’État. Quand c’est le cas, celles-ci concernent principalement
la formation initiale. Les travaux d’évaluation menés en 1995 puis en
1998 sous l’égide du Comité de coordination des programmes régionaux
d’apprentissage et de formation professionnelle continue montrent deux
mouvements contradictoires dans le temps. La phase d’élaboration des
PRDF qui va s’étaler jusqu’en 1996-1997, a été incontestablement un
moment privilégié de dialogue entre les régions, l’État et les partenaires
socio-économiques permettant la construction d’outils de diagnostic
partagé et de capacités d’expertise sur les problèmes d’emploi et de
formation ; ils ont permis la formulation d’axes prioritaires d’action
FComité de coordination des programmes régionaux d’apprentissage et
de formation professionnelle continue : “ Évaluation des politiques
régionales de formation professionnelle ”, juin 1996.. Le PRDF a été
le moyen pour la région de s’affirmer comme “ acteur pivot ” reconnu
pour concevoir et mettre en œuvre une politique globale et concertée
de formation professionnelle des jeunes. L’élaboration du PRDF a permis
d’identifier des points communs de référence entre les acteurs autour
desquels peuvent se construire des objectifs communs pour la conduite
de politiques de formation. Une telle démarche permet de prendre en
compte l’ensemble du contexte régional : - la dimension économique à
travers les questions d’emploi des jeunes et de compétitivité des entreprises ;
- l’aménagement du territoire à travers les questions de localisation
et d’adéquation qualitative de l’offre de formation ; - la qualification
à travers les questions concernant le niveau de formation initial des
jeunes ; - la dimension sociale autour de la question du maintien de
la cohésion sociale face aux problèmes du chômage et de l’exclusion.
Cette première phase d’élaboration du PRDF a permis la construction
de relations de travail et de partenariats entre les différents acteurs.
Reste à prolonger ces partenariats de diagnostic et d’élaboration d’objectifs
par des partenariats de coordination de la programmation… ce qui suppose
une volonté mieux affirmée et des moyens adaptés (voir titre IV : propositions).
Le PRDF a aussi mis en évidence les tensions entre des démarches de
qualification plutôt portées par les conseils régionaux, les rectorats
et les organisations professionnelles, et les démarches d’insertion
de publics en difficulté portées par les services du ministère de l’Emploi.
Celles-ci se sont avivées au fur et à mesure que les régions prenaient
la totalité des compétences exercées antérieurement par les services
déconcentrés du ministère de l’Emploi. Le processus de mobilisation
autour de l’élaboration des PRDF est en général maintenant achevé et
semble s’essouffler, voire même interroger certaines régions sur l’utilité
de leur maintien. Ils n’ont pas, en tout cas, permis de construire des
lieux permanents de concertation entre les acteurs (cf. titre III, chap.
2). Bref, après l’émergence d’une première vague de concertations, la
décentralisation est dans l’attente d’un second souffle.
2.2.3. Comité
de coordination : des compétences étendues
Elle étend le champ de compétence du Comité de coordination des programmes
régionaux d’apprentissage et de formation professionnelle continue.
Créé par la loi de décentralisation de janvier 1983, ce Comité composé
de représentants de l’État, des partenaires sociaux et de délégués élus
de l’ensemble des régions a depuis l’origine deux missions :
- veiller à la cohérence, à l’efficacité et à la coordination des actions
entreprises par l’État et les régions en matière de formation professionnelle
continue ;
- proposer des mesures visant à harmoniser les programmes des régions
afin, en particulier, d’assurer l’égalité des chances d’accès à l’apprentissage
et à la formation professionnelle continue, quelle que soit la région
concernée.
La loi de décembre 1993 élargit la mission du Comité de coordination
à l’évaluation des politiques régionales d’apprentissage et de formation
professionnelle initiale et continue et à la formulation de recommandations
propres à en améliorer les résultats. Il s’appuie dans cette tâche sur
des experts, sur les évaluations réalisées par les COREF et publie tous
les trois ans un rapport sur son activité, remis au Parlement, au Conseil
national de la formation professionnelle de la promotion sociale et
de l’emploi, aux conseils régionaux et aux Comités régionaux de l’emploi,
de la formation et de la promotion sociale (COREF). Un premier rapport
a été remis au Parlement en décembre 1996 FComité de coordination des
programmes régionaux d’apprentissage et de formation professionnelle
continue : “ Rapport d’activité 1993-1996 ”, décembre 1996., reprenant
en particulier les premières conclusions des travaux d’évaluation lancés
dans les 26 régions en 1995-1996 et des groupes de travail initiés en
son sein. Un second est en préparation pour la fin de l’année 1999.
Le Comité s’est attaché depuis 1994 à conduire une évaluation, large
et indépendante, des effets de la loi quinquennale sur la construction
d’une politique régionale cohérente et concertée pour la formation professionnelle
initiale et continue des jeunes. On peut néanmoins regretter qu’il ne
se soit pas attaché à combler le vide évaluatif portant sur l’ensemble
du champ des compétences transférées en 1983. En effet, seize ans après
le transfert de compétence aux régions de la formation professionnelle
continue des actifs, il n’existe aucune évaluation globale des effets
de la décentralisation sur la formation des actifs et de l’impact des
politiques conduites par les régions.
2.2.4. La mise
en place “ d’espaces jeunes
Ces nouveaux espaces trouvent leur place dans les missions locales et
les PAIO. Ils doivent permettre aux jeunes de moins de 26 ans à la recherche
d’un emploi ou d’une formation de trouver, dans un même lieu, l’ensemble
des services dont ils ont besoin. À cette fin, des conventions devaient
être conclues entre les régions, l’État, l’ANPE et les communes impliquées
dans le financement et l’animation de missions locales. Si des conventions
ont été signées dans l’ensemble des régions, leur mise en œuvre a été
parfois l’occasion de tensions vives entre les régions, l’État et les
présidents des missions locales au sujet des finalités de ces structures
d’accueil. Les conditions de délégations de services de l’ANPE à ces
structures ont également été parfois difficiles.
2.2.5. L’extension
des compétences consultatives des COREF
L’article 77 de la loi quinquennale du 20 décembre 1993, portant sur
les missions du COREF : - crée pour l’ANPE et l’AFPA une obligation
de consultation du COREF sur leurs programmes d’activité et d’investissement.
Pour l’AFPA, cette consultation n’est aujourd’hui effective que dans
la moitié des régions ; - institue pour l’ANPE et l’AFPA des conventions
tripartites entre l’État, la région et chacun des deux organismes en
vue d’adapter leur “ contrat de progrès ” à la situation de la région ;
les projets de convention tripartite doivent être présentés pour consultation
au COREF ; - transforme le comité régional de l’ANPE, mis en place en
1987, en commission spécialisée du COREF, mais ne l’élargit pas à des
représentants des conseils régionaux. Seul le “ contrat de progrès ”
de l’AFPA signé en mars 1994 et couvrant la période 1994-1998, reprend
ces dispositions et institue, pour assurer le suivi de ces conventions
régionales tripartites, un Comité régional consultatif placé auprès
du directeur régional AFPA et composé de représentants des trois signataires.
La volonté affichée de concrétiser cette disposition légale s’est heurtée
entre 1994 et 1998 à trois obstacles majeurs : - la mauvaise lisibilité
des missions et du positionnement de l’AFPA dans ses relations avec
les conseils régionaux, en raison de sa double mission : à la fois composante
du Service public de l’emploi et organisme de formation concurrentiel
sur le marché, répondant aux appels d’offres ; - l’élaboration nationale
de sa commande publique et de son schéma d’évolution de l’offre de formation
laisse peu de place à la consultation des régions. L’absence de l’AFPA
dans l’élaboration du PRDF est pointée négativement dans le rapport
d’évaluation remis en 1996 au Parlement par le Comité de coordination
de l’apprentissage et de la formation professionnelle continue ; - l’absence
de réelle volonté de l’État d’accompagner l’AFPA dans ses tentatives
de recherche de partenariats structurants avec les conseils régionaux.
Au total, le contrat de progrès précédent n’a donné lieu qu’à quatre
conventions tripartites d’adaptation signées : Languedoc-Roussillon,
PACA, Aquitaine, Poitou-Charentes.
3. Régions
et formation professionnelle : un bilan contrasté
Certes, les politiques des régions font l’objet d’évaluations régulières.
Reste qu’il est difficile - voire impossible - de fixer un bilan qualitatif
global des politiques de formation professionnelle continue menées par
les régions depuis 1983. Les régions sont très soucieuses de confidentialité
et ne souhaitent pas mettre dans le débat public national des politiques
qui relèvent de leur seule responsabilité. Par ailleurs, les cadres
statistiques et d’études ne sont pas tous adaptés à la réalité des différentes
actions conduites dans les régions. Entre 1983 et 1993, les travaux
d’évaluation des politiques régionales de formation professionnelle
continue restent lacunaires et partiels. Ils ne permettent pas d’apprécier
leur impact aux regards des finalités recherchées et notamment leur
capacité à : - dynamiser le tissu économique et les entreprises autour
de projets de développement économique et de création d’emploi ; - améliorer
la performance des formations par la proximité avec les acteurs de terrain ;
- fédérer des projets locaux ; - ou encore à agir sur la qualité de
l’appareil de formation pour le structurer et le rendre plus performant.
La démarche d’évaluation est en cours de construction, sous l’impulsion
du Comité de coordination des programmes régionaux d’apprentissage et
de formation professionnelle continue, investi de cette responsabilité
depuis 1994. Les travaux coordonnés par le CEREQ et menés dans ce cadre
se sont jusqu’à présent attachés à apprécier les conditions de mise
en œuvre et les premiers effets repérables de la loi quinquennale de
décembre 1993 sur la construction d’une politique cohérente et concertée
de formation professionnelle initiale et continue des jeunes sur les
territoires. S’ils permettent d’esquisser quelques conclusions tendancielles,
ils ne permettent pas pour l’heure d’apporter des réponses significatives
à la question de la valeur ajoutée et de l’impact de ces politiques
sur la formation et l’insertion des jeunes en difficulté, objet et finalité
du transfert aux régions des programmes mis en œuvre antérieurement
par l’État. Avant d’en reprendre les principales conclusions, il paraît
nécessaire d’examiner les éléments de cadrage statistique dont on dispose
pour caractériser les actions mises en œuvre par les régions depuis
1983.
3.1. L’effort
des régions pour la formation professionnelle continue et l’apprentissage
Les seules données dont on dispose, dont certaines restent très approximatives,
sont tirées des statistiques annuelles sur les budgets et les dépenses
des collectivités locales, publiées par la Direction des collectivités
locales, et des statistiques obligatoires que les régions doivent transmettre
chaque année aux services régionaux du ministère de l’Emploi sur leurs
actions de formation professionnelle continue et d’apprentissage.
3.1.1. Une faible
progression de l’effort des régions pour la formation professionnelle
continue
Sur la période 1983-1993 et si l’on enlève la part croissante des cofinancements
du Fonds social européen (FSE), les budgets consacrés par les régions
à la formation professionnelle continue n’ont que modérément progressé
en valeur absolue. L’apport en fonds propres des régions, pour compléter
la dotation de décentralisation, reste limité et au total la fiscalité
régionale (taxe sur les cartes grises) n’a été que modérément sollicitée.
Au contraire on assiste, dans de nombreuses régions, au resserrement
des dépenses, notamment en matière de rémunération. En valeur relative,
on constate même une chute sensible du poids de la formation professionnelle
continue dans les budgets des régions. Cette part est en moyenne divisée
par 2,5 sur les dix ans avec des extrêmes de 4 à presque 5 dans certaines
régions. Deux explications majeures à cette désaffection apparente :
- une priorité évidente dans quasiment toutes les régions pour le développement
et la rénovation de l’apprentissage dont la part s’accroît au détriment
des budgets consacrés à la formation professionnelle continue ; - les
lycées mobilisent une part substantielle des budgets des régions ; sur
la période, on assiste à une véritable explosion des budgets consacrés
à la construction, la maintenance et le fonctionnement des lycées. Le
transfert en 1993 des moyens consacrés par l’État au Crédit formation
individualisé (CFI) se traduit à partir de 1994 par une remontée sensible
des moyens d’intervention affectés par les régions à la formation continue.
Mais il faudra attendre les budgets 1999, première année de compétence
pleine et entière de toutes les régions sur la formation professionnelle
continue des jeunes, pour disposer de données fiables et homogènes.
3.1.2. La nature
des actions de formation engagées par les régions
Pour 1997, dernier bilan connu, près de 554 000 personnes ont bénéficié
d’une action de formation financée en tout ou partie par les conseils
régionaux. Les demandeurs d’emploi constituent les principaux bénéficiaires
avec 46 % du total des formations financées, devant les jeunes en première
insertion (30,4 %) et les actifs occupés (22,6 %) FAnnexe à la loi de
finances 1999 relative à la formation professionnelle continue.. Même
après transfert total des compétences concernant les actions qualifiantes
pour les jeunes, les formations financées par les conseils régionaux
s’adressent encore principalement (près de 50 %) à des jeunes adultes
(26-34 ans), alors que les formations des personnes âgées de 45 ans
et plus en représentent 15 % et celle des jeunes 8 %. En 1999, le transfert
définitif aux régions de l’ensemble des moyens d’intervention de l’État
sur les actions de préinsertion et préqualification devrait s’accompagner
d’un rééquilibrage au bénéfice des actions engagées pour les jeunes.
Les actions de formation financées durent en moyenne 400 heures (650
heures pour les jeunes en insertion, 350 heures pour les demandeurs
d’emplois adultes, 200 heures pour les actifs occupés) et se déroulent
principalement en centre. Si on veut caractériser les actions mises
en œuvre par les régions pour des demandeurs d’emplois adultes par rapport
à celles mises en œuvre par l’État, on peut dire qu’elles ont en moyenne
des durées plus courtes et qu’elles visent davantage les formations
de haut niveau (IV, III et plus). L’importance des disparités régionales
dans la définition des programmes et le contenu des actions de formation
rend difficile une approche qualitative synthétique. Il apparaît néanmoins
que les régions ont parfois été à l’origine d’innovations (chèque formation,
dispositif de bilan et d’orientation, formation de formateurs, tutorat,
démarche qualité de l’offre de formation par exemple), ou expérimentées
avec l’aide des services de l’État (formations complémentaires aux titres
et diplômes existants) ou encore généralisées ensuite par l’État (formule
d’aide à l’insertion par l’économique ou groupement d’employeurs pour
l’insertion et la qualification par exemple).
3.2. Quelles
conclusions peut-on tirer des politiques mises en œuvre par les régions ?
3.2.1. Avant
1993
On peut distinguer pratiquement à part égale, trois groupes de régions
au regard des politiques et stratégies mises en œuvre FE. Pascaud :
“ La décentralisation des compétences en matière d’apprentissage et
de formation professionnelle continue ”, Décembre 1992. : - celles qui
impulsent des démarches de coordination et d’orientation des politiques
de formation susceptibles de fédérer l’action de différents acteurs,
y compris l’État ; - celles qui s’attachent plutôt à marquer leur champ
d’autonomie et qui sont hostiles à toute coopération avec l’État au
nom de leur souveraineté dans l’exercice des compétences décentralisées ;
- enfin, un troisième groupe peu mobilisé et peu motivé pour assurer
pleinement ses attributions dans le champ de la formation continue.
Néanmoins, les relations avec les services de l’État restent étroites,
qu’il s’agisse de recourir aux capacités d’expertise de l’État pour
instruire leurs programmes annuels, élaborer les appels d’offre, traiter
les demandes des organismes, ou encore en effectuer le contrôle. La
capacité des régions à influer sur la qualité et la structure de l’offre
de formation reste faible du fait en partie de l’intervention de multifinanceurs
auprès de ces organismes, dont l’État. Pourtant les régions, comme l’État
d’ailleurs, s’attachent à construire des outils propres à agir sur l’offre
de formation par la formalisation de leur commande publique et la construction
d’indicateurs de résultats, par la rédaction de chartes de qualité,
par la mise en œuvre enfin de systèmes de contrôle-qualité sur les organismes.
L’insuffisance de politiques territorialisées au plan local limite cependant
leur capacité réelle à piloter et à coordonner l’offre régionale et
locale de formation et à construire une expression organisée de la demande,
susceptible de contrecarrer les logiques d’offre qui restent prépondérantes
dans la structuration des programmes régionaux de formation.
3.2.2. Après
1993
Même si de nombreux problèmes subsistent, la Loi quinquennale de 1993
marque des améliorations : - en tout premier lieu, elle a contribué
à affirmer les rôles d’acteur pivot des régions et à créer les conditions
de partenariats ; - elle donne en outre aux régions la légitimité et
les outils qui leur permettent de s’affirmer comme acteur fédérateur
pour la mise en œuvre d’une politique cohérente et concertée de formation
initiale et continue des jeunes dans la région, incluant la dimension
de l’information et de l’orientation. La loi quinquennale laisse cependant
entier le problème de l’absence de coordination des politiques territoriales
de formation professionnelle des actifs, demandeurs d’emplois ou salariés.
L’élaboration du PRDF a été l’occasion de trouver des références communes
entre les acteurs sur des priorités structurantes en matière d’évolution
des filières et des niveaux de formation. Mais ce processus n’est aujourd’hui
qu’imparfaitement abouti : il a été plus souvent l’occasion de construire
des partenariats d’objectifs que des partenariats de programmation et
d’action. De ce fait, son rôle structurant sur l’évolution de l’offre
de formation est resté limité ; il n’a pas véritablement permis de décloisonner
les modes de construction des programmes de formation professionnelle
initiale et continue au sein des services de l’État mais également au
sein des propres services des conseils régionaux. Sans véritable programmation
concertée, les différents programmes sont juxtaposés ; faute de pilotage,
les principaux acteurs se tournent le dos ; jusqu’à présent, il n’a
que rarement été l’occasion d’un engagement concerté et réellement opérationnel
des partenaires sociaux sur le développement des filières de formation
par alternance, celles-ci restant largement dominées par des logiques
nationales de branche, d’où la limite des contrats d’objectifs. * La
prise en responsabilité de la formation professionnelle continue des
jeunes articulée fortement aux dynamiques d’insertion a engagé quelques
régions sur une mise en œuvre territorialisée de leurs actions au plan
infrarégional. Ceci se traduit par l’organisation de relais techniques
territoriaux chargés d’élaborer des diagnostics locaux des besoins,
de construire des plans d’action concertés avec les employeurs potentiels
et de négocier avec les organismes de formation des parcours adaptés.
Cependant, la superposition de zones territoriales d’interventions des
services de la Région et de l’État (services de l’emploi, de l’action
sociale, de l’éducation et de l’agriculture…) ne facilite pas le dialogue
et la construction de plans concertés entre les acteurs au bénéfice
de l’insertion des jeunes en difficulté. Enfin, des tensions vives existent
entre l’État et certaines régions sur la sélection des publics, notamment
lorsque ces dernières considèrent, à tort, que l’insertion des jeunes
en difficulté ne relève pas de leur champ de compétence mais reste celui
de l’État. * L’élaboration du PRDF a été un levier important de constitution,
sous l’impulsion des conseils régionaux, de capacités de diagnostics
et d’expertises régionales sur l’évolution des emplois, des métiers
et des qualifications, et sur les processus d’insertion. Néanmoins,
le positionnement des observatoires régionaux emploi-formation (OREF)
comme lieu de construction d’une information partagée sur la relation
emploi formation s’est concrétisé de façon très inégale (cf. titre II,
chap. 1). C’est à la lumière de ce bilan qu’il faut repenser la fonction
de coordination de la région à travers de nouvelles instances régionales
de concertation et des politiques territoriales plus affirmées. Une
nouvelle dynamique territoriale serait en effet de nature à solidifier
des partenariats et à dépasser les logiques d’attribution de publics
qui demeurent peu pertinents.