Jean-Marc
Gebler - Catherine Moisan - Paul Ricaud-Dussarget - Jacky Simon Février
1998
Chapitre
1 - L’enjeu : un service public pour notre
temps
Une exigence pour tout service public
La rénovation du service public en général a été évoquée par le Premier
Ministre en juin 1997 lors de sa déclaration de politique générale :
"L’évolution du monde et de notre société, les nouvelles technologies,
rendent nécessaires aujourd’hui une adaptation de l’Etat et un vaste
effort de rénovation du service public. Ces réformes doivent impliquer
l’adhésion des fonctionnaires. La qualité de la fonction publique, le
sens de la responsabilité des agents publics sont les meilleurs gages
de la réussite de la réforme de l’Etat. "Et le Premier Ministre
invite l’Etat et ses fonctionnaires à une attitude qui soit "celle
du dialogue continu, de l’attention scrupuleuse, de la disponibilité
constante". La notion de service à rendre est mise en avant par
de grands organismes publics comme EDF-GDF, La Poste, France Télécom,
la SNCF ou encore l’ANPE. Elle sert de moteur à leur rénovation : leurs
responsables affirment qu’il faut passer, non plus comme autrefois de
"l’assujetti" à "l’usager", mais maintenant de "l’usager"
au "client" qui, au-del à de l’efficacité qu’il exige, contribue
à définir le service attendu. Il s’agit de sortir du "je roule
pour vous", "je sais ce qui est bon pour vous". En effet,
les demandes de nos contemporains se renforcent dans ce sens pour de
multiples raisons : le consumérisme, l’individualisme, la concurrence,
la mondialisation, la comparaison avec ce qui peut exister dans d’autres
pays, le développement de la liberté dans de nombreux domaines, la démocratisation
de la société et aussi l’élévation générale du niveau de formation que
l’Ecole a permise. Aujourd’hui, comme nous l’a dit Robert Fraisse, "la
légitimité de l’action publique naît de son utilité vérifiée pour
le bien de chacun". Ce qui est attendu peut être résumé en quelques
mots : - la lisibilité du service : il n’est plus possible de s’abriter
derrière la technique ou la compétence ; - la responsabilité des interlocuteurs
que rencontrent les usagers ou les clients : il n’est plus accepté qu’ils
sÕabritent derrière la hiérarchie ; - et, pour le permettre, une décentralisation
des décisions. Cependant cette décentralisation ne doit pas faire obstacle
à d’autres demandes également faites en France aux services publics
: l’équité et la continuité dans le temps et l’espace. Et celles-l à
nécessitent un pilotage d’ensemble. Ce pilotage peut être mené par une
méthode où on fixe des objectifs et où on contrôle
les résultats ; mais l’efficacité de ce type de pilotage est douteuse
si elle ne s’accompagne pas d’une adhésion des personnels. C’est pourquoi
on parle aussi de "management" lorsque l’on veut éviter la
connotation trop directive du verbe "piloter". Pour rendre
un meilleur service, il faut améliorer le fonctionnement et éventuellement
pour cela adapter l’organisation : le fonctionnement est plus important
que l’organisation et les évolutions dans l’organisation n’ont de sens
que pour agir sur le fonctionnement.
L’Education
nationale est un cas particulier
La loi d’orientation du 10 juillet 1989 déclare d’emblée que "le
service public de l’Education est conçu en fonction des élèves".
Pourtant, peut-on vraiment affirmer que l’orientation, l’affectation
des élèves dans les sections professionnelles, la sectorisation, la
politique des langues vivantes, par exemple, soient toujours au service
des élèves ? Ce n’est pas ce pensent les parents. Et que dire lorsque
le domaine pédagogique est conçu par les enseignants comme leur chasse
gardée ? Cette phrase de la Loi, qui a pu paraître banale, ne
va donc pas de soi. C’est que l’Ecole est un service public particulier.
D’abord, l’élève n’est pas un client qui peut à lui seul définir le
service attendu : moins peut-être parce que beaucoup d’élèves sont mineurs
que parce que le but de l’Education est que les élèves se transforment
et parce qu’ils sont des acteurs de leur formation. Dans la conception
française, les parents ne sont pas d’ailleurs non plus des clients d’une
entreprise dont les élèves seraient des produits, car l’Ecole est au
service des élèves. L’Ecole n’est donc pas une entreprise. En outre,
l’Ecole n’opère pas sur un marché concurrentiel. En effet, l’équité
et la continuité demandées au service public s’accommoderaient mal du
marché, notamment en matière d’Education où on agit à long terme.
Il existe certes des aspects concurrentiels : entre établissements,
entre le secteur public et le secteur privé, entre lycées professionnels
et apprentissage, pour la formation continue des adultes qui, elle,
opère sur un marché ; et, dans un autre registre, entre Ecole et médias,
entre l’Ecole et la vie : concurrence pour le temps des élèves, pour
leur attention. Cependant le service public de l’Education nationale
ne vise pas un "chiffre d’affaires" mais un service optimal
des jeunes : ce n’est pas nécessairement parce que le nombre d’élèves
croît que le service est meilleur ; l à a pu être un objectif
dans le passé, mais aujourd’hui la bataille quantitative est largement
gagnée. Il faut certes être conscient de certaines formes de concurrence
pour se prémunir des effets f‰cheux qu’elles peuvent engendrer. Par
exemple, il est dans la nature des choses qu’une rivalité apparaisse
entre les établissements, et elle se renforcera avec la baisse démographique
; cette concurrence-l à doit être régulée au niveau académique pour
garantir l’équité, par l’affectation des élèves, la définition de la
carte des formationsÉ Mais certains types de concurrence peuvent être
utilisés au contraire dans le sens de l’amélioration de la qualité du
service ; par exemple, définir le rôle de l’Ecole en tenant compte
de l’existence, de l’offre et du fonctionnement des médias. Et il faut
prendre garde à ce qu’une absence d’adaptation du service public ne
conduise à terme à une concurrence qui contredirait l’équité : d’ores
et déj à, de tels effets existent ; ils viennent d’être dénoncés dans
un rapport sur le "pilotage du système éducatif" émanant du
groupe "établissements et vie scolaire" de l’inspection générale,
qui attire l’attention sur la nécessité de restaurer une éthique du
service public. On doit effectivement se demander comment le service
public de l’Education nationale, tel que nous le connaissons, résistera
aux tendances de notre société telles que le consumérisme et la mondialisation
; il n’y parviendra certainement pas s’il n’évolue pas dans son fonctionnement.
Enfin, les objectifs de l’Education nationale se quantifient mal et
se prêtent donc mal à un simple management du type objectifs - résultats.
De plus, les résultats sont en bonne partie déterminés par le système
lui-même : c’est ainsi que l’objectif des 80 % au niveau du bac a pu
être critiqué par certains comme accompagné d’une prétendue baisse du
niveau ; ou que les orientations dans un collège dépendent autant de
ses choix que des connaissances réellement acquises par ses élèves.
Un schéma concernant le fonctionnement des grandes organisations nous
a été proposé par l’un de nos interlocuteurs extérieurs à l’Education
nationale. Il distingue quatre cas, selon que, dans une organisation,
le pouvoir est concentré ou diffusé, et que la responsabilité confiée
aux personnels et aux unités de base est faible ou plus forte. L’Education
nationale relève plutôt, selon le point de vue adopté, des deux
cases inférieures ; on a voulu, dans la période récente et avec une
réussite variable, la faire passer dans la case supérieure gauche ;
il est temps d’aller vers la quatrième, celle du "management par
le sens". Au-del à des objectifs, il faut donc se référer aux missions
de l’Ecole qui ont un caractère de pérennité mais dont l’articulation
a besoin d’être actualisée.
Les missions
de l’Ecole
Beaucoup a déjà été écrit en ce domaine et nous serons donc brefs. On
distingue traditionnellement trois missions de base : l’instruction,
l’Education, la formation (permettant en particulier une insertion professionnelle)
; elles s’exercent au bénéfice de l’élève. Mais il en est d’autres qui
concernent la société, pour sa conservation ou son évolution : selon
les époques, on a plus ou moins insisté sur la cohésion nationale, sur
l’égalité des chances, sur la compétitivité économique. Et on peut dire
que ce sont ces missions sociales qui, à chaque époque, permettent d’articuler
et de hiérarchiser les trois missions de base. Ainsi, l’Ecole de la
Troisième République visait à assurer la cohésion nationale, à cimenter
la République, en dépassant les particularismes ; elle mettait donc
au premier plan l’instruction, la transmission de savoirs considérés
comme universels voire éternels, dans un espace clos, de manière uniforme
sur le territoire ; l’Education n’en était pas absente mais elle était
prise en compte à travers l’instruction (la morale s’enseignait par
des leçons) ; la formation, qui crée des différenciations, était peu
présente et seulement comme sous-produit d’une instruction générale
; et la méritocratie fondée sur le savoir justifiait la séparation des
deux ordres d’enseignement, le primaire et le secondaire. L’Ecole des
"trente glorieuses" mettait, elle, en avant l’égalité des
chances : les critiques de la "reproduction", émanant de sociologues,
conduisaient à insister sur l’Education des enfants (le savoir-être
avant le savoir) qui part des personnes telles qu’elles sont et prend
donc en compte leurs particularités, y compris pour instruire ; la formation
professionnelle se développait à cause de la croissance économique ;
celle-ci conduisait à une mobilité sociale créant une aspiration en
direction de l’Ecole et renforçant la demande d’égalité des chances.
Avec la crise, pour favoriser la compétitivité économique et lutter
contre le chômage, la formation (et le savoir-faire) vont venir
au premier plan, l’instruction et l’Education étant considérées comme
des moyens. Les désillusions nées de l’aggravation du chômage,
l’incertitude sur l’avenir
et la perte de sens, pour beaucoup de jeunes, de cette Ecole à laquelle
on demande trop exclusivement l’insertion professionnelle conduisent
maintenant à la recherche d’un nouvel horizon. Pour aujourd’hui et pour
demain, la mission de l’Ecole autour de laquelle s’articulent ses missions
de base (instruire, éduquer, former) pourrait être, à notre sens, de
préparer à vivre dans une société démocratique plongée dans un monde
en changement constant : certains parlent de "savoir-devenir".
Que retenir pour orienter notre réflexion ? Parmi les éléments de la
rénovation des services publics en général, certains s’appliquent à
l’Education nationale ou peuvent s’y adapter pour tenir compte de ses
particularités : - La notion de service à rendre, affirmée par la Loi,
est le moteur de la rénovation. - Le service est à définir avec ceux
qui en bénéficient : élèves, "au centre du système", acteurs
de leur formation ; parents, dont la loi prévoit qu’ils sont aussi "membres
de la communauté éducative" : cette expression signifie que si
la relation avec eux n’est pas du type fournisseur - client, elle est
de l’ordre du partenariat. - Des directions à privilégier sont la lisibilité
du service, la responsabilité et l’adhésion des personnels à tous les
niveaux, notamment au plan local, et une décentralisation des décisions
qui d’ailleurs favorise le changement. - Il revient à l’Etat de définir
les missions et de garantir l’équité et la continuité du service ; le
service public doit donc faire l’objet d’un pilotage ; ce dernier a
en particulier à traiter les aspects concurrentiels et à favoriser l’adaptation
sans laquelle le service public auquel nous sommes attachés sera menacé
à terme. - C’est d’abord le fonctionnement qu’il convient d’améliorer
et les évolutions dans l’organisation ne sont que des moyens pour y
parvenir. D’après Françoise Cros, "la rénovation du système éducatif
ne change pas les objectifs mais aide à mieux les atteindre". Pourtant,
comme nous l’ont dit avec force certains de nos interlocuteurs, nos
propositions ne peuvent être indépendantes d’une conception de l’Ecole
et de sa mission. En effet, son fonctionnement a pour les jeunes un
caractère modélisant. Dans un monde en évolution, la société démocratique
n’est pas un donné, elle est toujours à construire. C’est parce que
la société "établissement" fonctionnera selon les règles d’une
société véritablement démocratique, et si elle donne ce sens à son fonctionnement,
que les jeunes qu’elle forme contribueront demain à cette construction.
C’est parce que le service public de l’Education nationale dans son
ensemble fonctionnera selon ces règles que les personnels les feront
vivre dans les établissements. Les exigences de lisibilité, de responsabilité,
d’équité, de continuité vont dans ce sens. Dans notre société - qui
est d’ailleurs en bonne part le résultat du développement de la scolarisation
- il est difficile de décider et de faire exécuter les décisions. Certains
parlent de crise de la démocratie ; mais ne faut-il pas plutôt
y voir l’appel à une nouvelle forme de démocratie ? L’organisation en
termes de pouvoir ne fonctionne plus : pour l’Ecole, il s’agit du pouvoir
du professeur sur l’élève, de l’inspecteur sur le professeur, de l’inspecteur
d’académie sur le chef d’établissement, du ministre sur les recteursÉ
Mais l’Etat est au service des citoyens, tout ne vient pas du sommet,
les décisions sont concertées, les responsables rendent compte, la société
est organisée en conséquence. "Convaincre et non pas contraindre",
disait souvent Alain Savary.
Si l’Ecole de la Troisième République avait pour modèle l’université
qui enseigne, si celle des "trente glorieuses" pouvait vouloir
ressembler à la famille qui éduque, si le modèle de l’entreprise est
très présent pour l’Ecole de la crise, ne faut-il pas maintenant penser
l’Ecole, et chacune de ses unités, comme une société ?
Un diagnostic
Le service public de l’Education n’est pas jugé défavorablement par
les Français si l’on en croit les sondages faits au cours des dernières
années. Cela n’est sans doute pas indépendant de la prise de conscience
croissante de l’importance de l’Ecole. Mais, en même temps, les attentes
augmentent en raison de l’enjeu des études, ce qui pourrait à terme
altérer ce jugement positif. En outre, les relais d’opinion adoptent
souvent une attitude défavorable, ce qui montre la fragilité de l’approbation
et peut faire craindre que nos concitoyens soient demain tentés par
d’autres modèles. Ce qui est peut-être plus préoccupant encore est l’existence
de multiples tensions internes qui manifestent des divergences sur le
service à rendre et sur la notion de service elle-même. Il s’agit d’abord
de tensions entre élèves et enseignants : la violence n’est pas seulement
un phénomène importé de l’extérieur. Mais les rencontres que nous avons
eues font apparaître d’autres types de tensions :
- entre parents et personnels de l’Education nationale (enseignants
et chefs d’établissement notamment, mais aussi inspecteurs d’académie)
: les premiers accusent les seconds de manque d’écoute et de respect,
les seconds accusent les premiers de consumérisme et d’ingérence ; mais
est-il tenable aujourd’hui de s’abriter dans un domaine réservé, même
sous prétexte de détenir le savoir et la compétence ?
- entre les enseignants, sur des conceptions pédagogiques et des représentations
divergentes de leur métier ;
- entre enseignants et chefs d’établissement, avec ici aussi une querelle
de domaine et de compétence ;
- plus généralement entre une filière "pédagogique" et une
filière "administrative", avec des accusations respectives
d’ignorance des réalités et d’irresponsabilité ;
- plus généralement encore, entre un point de vue individuel, voire
libertaire, fondé sur la prééminence du savoir, et un point de vue hiérarchique
justifié par les objectifs à atteindre ; d’un côté, l’Etat est
vécu à la fois comme un protecteur mythique et comme voulant imposer
des exigences illégitimes par l’intermédiaire de la hiérarchie, alors
que de l’autre les personnels sont considérés comme des corporatistes
enfermés dans une tour d’ivoire
- entre les responsables politiques, les administrateurs, les pédagogues
dont les "constantes de temps" sont bien différentes.
On assiste parfois à des dénonciations catégorielles globales, faites
de mépris, de méfiances et d’accusations mutuelles. Si on ajoutait tout
ce qui nous a été dit de chaque groupe par les autres, on conclurait
que l’Education nationale fonctionne avec une administration centrale
ignorante des réalités, des recteurs incompétents, des inspecteurs d’académie
jaloux de leur autorité, des principaux et des proviseurs ayant fui
l’enseignement, des inspecteurs petits chefs, des enseignants refusant
tout changement, des personnels ATOS ignorés voire méprisés, des parents
démissionnairesÉ sans parler des élèves ni intéressés ni intéressants
et parfois délinquants. "Et pourtant elle tourne" et, même,
elle progresse. Il doit donc bien y avoir dans cette description quelque
chose d’inexact. Mais tout cela ne donne pas l’image d’un service public
dynamique tendu vers le progrès. Il vaudrait mieux chercher les raisons
des difficultés, non dans une malignité des personnes ou des groupes,
mais dans le fonctionnement et l’organisation. Ces tensions montrent
une urgence et en même temps, paradoxalement, imposent une prudence
dans les solutions. C’est ce qui nous conduira à des propositions ambitieuses
et à un examen de leurs conditions de mise en oeuvre progressive. Ce
sont la cohésion et la confiance qu’il faut restaurer. Ë la question
"est-ce que l’Education nationale fonctionne", la réponse
est indéniablement oui. Des progrès considérables ont été accomplis
dans les dernières décennies en termes de niveau d’instruction et de
formation de la population scolaire, en termes de pourcentages atteignant
les divers niveaux sans qu’apparaisse une dégradation des connaissances
à chaque niveau.
Mais à la question "est-ce que l’Education nationale peut fonctionner
mieux", la réponse est également à coup sûr positive. Combien d’idées
prometteuses, notamment pour améliorer la responsabilité et l’équité,
comme par exemple celle de projet d’établissement, de cycle à l’Ecole
primaire, ou de module au lycée, se sont affadies ou sont devenues purement
formelles ! Pourquoi, et comment faire mieux à l’avenir ? Voilà la question
qui sous-tend nos réflexions et nos propositions. C’est autour de la
notion de service, et de service public, que nous les nouerons. Or,
les observations que nous avons faites montrent que cette notion ne
reçoit dans le système éducatif qu’une révérence formelle, vite évacuée
devant les problèmes de "boutique".
D’abord faire passer
l’idée de service
Devant cette question aussi fondamentale que difficile, notre proposition
est modeste, mais elle est un point de départ : que chaque école ou
établissement organise une enquête auprès des parents et des élèves
sur leurs attentes et leurs besoins en matière de service. L’enquête,
dont la méthodologie serait définie au niveau national, devrait être
mise au point et effectuée par chaque école ou établissement scolaire
et comporter des questions sur la manière dont le service y est rendu,
aussi concrètes que par exemple l’ouverture des portes à l’arrivée des
cars, les rencontres entre parents et enseignants, l’accueil au secrétariat,
la qualité et la circulation de l’information, le langage employé, le
mode de composition des classes, les emplois du temps des élèves, la
préparation, le déroulement et le suivi des conseils de classe, la quantité
et la répartition du travail à la maison, le remplacement des enseignants
absents, les conditions des stages en entrepriseÉ Après son dépouillement,
une discussion serait organisée en Conseil d’école ou d’administration
et on en tirerait des conséquences pour le projet de l’école ou de l’établissement.
Le niveau académique assurerait un suivi. Une telle enquête devrait
être renouvelée périodiquement, au rythme de la révision du projet.
Nous proposons d’autre part de relancer la mise en place de médiateurs
de l’Ecole, chargés d’apporter un conseil et une aide aux usagers qui
estiment rencontrer des difficultés à obtenir le service qu’ils attendent.
Cette idée est déj à ancienne et elle a été prévue par le "nouveau
contrat pour l’Ecole" au niveau de chaque académie ; mais elle
paraît très inégalement appliquée et peu connue du public. Le
médiateur doit à la fois bien connaître le système éducatif et
être indépendant : le niveau de l’académie est sans doute le bon, avec
ce qu’il faut d’éloignement. Cependant, on devrait envisager aussi des
médiateurs au niveau local, avec un rôle un peu différent, l à
où les parents ont du mal à nouer des relations avec l’Ecole
à cause notamment de leurs conditions de vie, de leur histoire scolaire
et d’une méconnaissance réciproque : dans ce cas, il serait bon que
le médiateur vive dans le même milieu social. Mais les médiateurs ne
doivent pas être considérés comme les spécialistes du dialogue avec
les parents, ce qui exonérerait les personnels de cette fonction.
Un complément est la formation des personnels au partenariat avec les
familles, notamment dans les cas où il est le plus délicat. Nos
premières propositions sont donc faites en direction des élèves et de
leurs familles. Celles des chapitres qui suivent portent davantage sur
l’intérieur du système éducatif : son fonctionnement, son organisation,
ses établissements, ses personnels. Mais nous demandons au lecteur de
ne jamais perdre de vue qu’elles ne visent qu’ à faire progresser le
service rendu aux élèves et attendu par leurs parents.
Voir C. Grémion,
R. Fraisse (dir.), Le service public en recherche : quelle modernisation
?, Documentation Française, 1996, et dans cet ouvrage l’article de J-L.
Derouet sur le cas des établissements scolaires. Voir par exemple Une
Ecole pour l’avenir, un avenir pour l’Ecole, IUFM de Lorraine - Hachette
Education, 1997. La Lettre de l’Education, no 212, 3 novembre 1997.
Sur les relations entre la société et l’Ecole et la question du pouvoir
dans l’institution scolaire, voir A. Legrand "L’Education nationale
en transition", Revue française d’Administration publique, no 79,
1996. Voir les résultats des tests faits sur les conscrits, rapportés
par les divers numéros de l’état de l’Ecole, publiés par la direction
de l’évaluation et de la prospective. C. Pair, L’Ecole devant la grande
pauvreté, Hachette Education, 1998.