Jean-Marc Gebler
- Catherine Moisan - Paul Ricaud-Dussarget - Jacky Simon Février 1998
Chapitre
3 - L’enseignement du premier degré : pour
une nouvelle organisation
L’enseignement du premier degré se caractérise par la proximité de l’école
maternelle ou élémentaire par rapport aux familles, et donc la multiplicité
et la dispersion géographique des lieux où le service est rendu
: il existe plus de 53 000 écoles publiques, et si on ajoute les écoles
privées près de 60 000.
Ce chapitre confronte l’organisation du premier degré aux principes
définis au chapitre 2, et en particulier ceux de travail collectif,
de responsabilité répartie, de régulation continue et de décloisonnement
entre les enseignements primaire et secondaire.
Ce qu’il
faut maintenir
La proximité avec les familles
L’école est l’unité du système la plus proche des familles. Il faut
préserver cette relation de proximité, en particulier dans les zones
défavorisées où les liens sont plus difficiles à établir et ne
pas la remplacer par la relation avec un échelon plus lointain, sans
signification pour les parents "de base".
É et avec les communes
Les liens entre la commune et ses écoles sont différents de ceux des
conseils généraux et régionaux avec les collèges et les lycées. En raison
de l’histoire, ils sont beaucoup plus riches et complexes, fortement
symboliques et, dans la majorité des cas, ils donnent satisfaction.
Tout bouleversement dans ce domaine présente un risque politique. De
plus, il existe une proximité et une rapidité dans l’achat du matériel
ou le paiement des travaux d’entretien, qu’il ne faudrait pas compliquer
ni ralentir par un circuit des crédits communaux passant par une instance
éloignée de l’école.
Le rôle des
équipes de circonscription
L’accompagnement des enseignants, en particulier débutants, par l’équipe
de circonscription (inspecteur et conseillers pédagogiques) constitue
une richesse du premier degré, qui manque cruellement dans le second
degré.
Ce qui doit évoluer
Un travail pédagogique encore trop peu collectif
Dans les dernières années ont été mis en place les projets d’école,
les conseils de maîtres, les conseils de cycle, pour favoriser
des échanges entre les maîtres ; en outre, des interventions d’autres
enseignants que le titulaire de la classe peuvent permettre une utilisation
optimale des compétences variées existant dans une équipe ; les réseaux
d’aide contribuent à une meilleure réussite des élèves en difficulté
dans la mesure où est bien assurée une liaison avec le travail
de la classe. Cependant, le travail collectif perd son sens dans les
très petites écoles. Or, malgré une importante baisse de leur nombre
dans les trente dernières années, il existe encore 12 000 écoles élémentaires
à une ou deux classes, soit plus du tiers des écoles, regroupant environ
10% des élèves. Dans les écoles de taille moyenne, un premier niveau
de travail collectif est davantage possible, mais les échanges restent
insuffisants, en particulier entre maîtres d’un même cycle. La
liaison entre école maternelle et école élémentaire laisse souvent à
désirer. Situer les apprentissages des élèves et éviter les dérives
dues à un environnement défavorable demande aussi de travailler sur
un secteur géographique suffisamment large. Tout cela explique en partie
que la politique des cycles n’ait pas donné tous les résultats attendus
: des difficultés demeurent à la sortie de l’école primaire pour un
trop grand nombre d’enfants, comme le montrent les évaluations annuelles
à l’entrée au collège et les observations de l’inspection générale.
Un équipement inégal
Malgré les efforts faits par les communes, les petites écoles sont le
plus souvent sous-équipées en matériel informatique et audiovisuel comme
en matière de documentation (Bibliothèques Centres Documentaires).
Des difficultés
pour assurer une responsabilité
Dans le premier degré, le dernier échelon auquel est officiellement
reconnu une véritable responsabilité est le département. Le manque d’autonomie
des écoles peut expliquer en particulier que les conseils d’école aient
de la peine à trouver leur rôle. Il en est ainsi notamment pour
la délégation des crédits de l’Education nationale : aucun échelon de
proximité n’a d’autonomie budgétaire. L’ordonnancement est donc très
éloigné de l’utilisation réelle des crédits et cela non plus ne favorise
pas une action collective responsable. Certes, la grande majorité des
crédits qui font vivre les écoles viennent des communes, et on pourrait
par conséquent considérer ce problème comme négligeable. Cependant,
lorsqu’il existe un véritable projet (une grosse école ou un ensemble
d’écoles comme dans les Zones d’Education Prioritaires) avec des financements
parfois multiples, on voit de plus en plus apparaître des associations
qui comblent le vide entre l’échelon départemental et celui où
se situe le projet. Cette situation présente des risques de gestion
de fait et un danger de substitution de responsabilité.
Des relations à
développer avec l’environnement local
De multiples initiatives récentes - aménagement des rythmes de vie des
enfants, intervenants extérieurs pendant le temps scolaire, développement
des activités péri-éducatives, emplois-jeunesÉ - conduisent à définir
un "temps éducatif" plus large que les stricts horaires scolaires.
L’école doit bien sûr être au centre de ces activités. Les maires, principaux
organisateurs de tout ce qui se situe en dehors du temps scolaire, lui
demandent de jouer un rôle de garant de la qualité éducative des
activités. Certains des interlocuteurs que nous avons rencontrés pensent
même qu’il convient que l’école devienne le pilote de l’ensemble du
projet éducatif, et donc un intervenant de référence dans le développement
local, notamment pour le domaine culturel.
Un cloisonnement
avec l’enseignement du second degré
Les relations entre écoles et collèges sont insuffisantes, alors que
les familles attendent un service continu et que le choc de l’entrée
en sixième est facteur d’échec scolaire. C’est que la barrière entre
les deux "cultures" est encore très étanche ; les accusations
réciproques et l’ignorance mutuelle sont plus fréquentes que les collaborations
réussies. Mais l’organisation ne facilite pas ces relations. D’abord,
les circonscriptions des inspecteurs de l’Education Nationale (IEN)
peuvent être à cheval sur les secteurs de recrutement des collèges,
de sorte que le principal d’un collège n’a pas d’interlocuteur clair
dans le premier degré. En outre, l’enseignement primaire est le "territoire
réservé" des inspecteurs d’académie (et même parfois de l’IEN adjoint
à l’inspecteur d’académie) ; les recteurs ne s’en occupent quasiment
pas : il n’existe donc pas de politique pédagogique d’ensemble de l’académie,
ni d’ailleurs de cohérence de gestion entre les départements.
Un accompagnement
de l’action des enseignants pas assez continu
Le premier niveau de régulation est la circonscription dirigée par un
IEN : en effet, les directeurs d’école n’ont aucune prérogative en ce
domaine. Or un IEN a la responsabilité de 300 enseignants en moyenne,
qui en milieu rural peuvent travailler dans plus de 70 écoles. Ces nombres
sont trop élevés pour permettre, non pas un pilotage de nature hiérarchique,
mais une régulation qui soit un accompagnement continu et se traduise
par de véritables échanges entre les enseignants et leur responsable.
Cette insuffisance est une seconde explication des difficultés signalées
plus haut dans l’application des politiques définies au cours des dernières
années et de la faiblesse des résultats de certains enfants. Certes,
les enseignants du premier degré sont évalués plus fréquemment que ceux
du second degré, ce qui constitue une richesse du dispositif actuel.
Mais la gestion de leur carrière (mutations, avancements) reste en général
très bureaucratique malgré sa déconcentration.
Une organisation
possible
Nos propositions sont les suivantes : - réunir les écoles trop petites
pour permettre le travail collectif des maîtres ; - créer des
établissements du premier degré pour favoriser travail collectif, responsabilité,
régulation continue et décloisonnement avec l’enseignement du second
degré ; - leur demander d’assumer une responsabilité locale, de manière
à réaliser un équilibre entre commune et école dans un "espace
éducatif" ; - redéfinir en conséquence le rôle de régulation des
inspecteurs de l’Education Nationale.
Réunir les écoles
trop petites
L’école est l’unité pédagogique de base, avec un directeur et un conseil
des maîtres. Pour sortir tous les enseignants de l’isolement et
permettre dans tous les cas un travail collectif, il est d’abord nécessaire
de réunir les petites écoles, de manière à ce qu’une école n’ait jamais
moins de trois classes (une par cycle), et si possible un peu plus.
Il ne s’agit pas nécessairement d’une réunion physique, mais de ce que
l’on nomme un RPI (regroupement pédagogique intercommunal). Cependant,
notre proposition vise à donner à ces RPI le statut d’écoles (intercommunales),
ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ces regroupements ne peuvent bien
entendu être réalisés que par des négociations avec les communes.
Créer des établissements
du premier degré
Le regroupement des petites écoles n’assure qu’un premier niveau de
travail pédagogique collectif. Pour aller au-delà et aussi pour permettre
une régulation de proximité, nous proposons de mettre en place un établissement
comprenant un certain nombre d’écoles. Cet établissement peut être de
taille variable : une école urbaine lorsqu’elle atteint une quinzaine
de classes, le groupement d’une école maternelle et d’une école élémentaire
proches, au plus une dizaine d’écoles à trois classes en milieu rural,
par exemple. Une taille de quinze à trente classes semble permettre
la masse critique nécessaire à un travail collectif efficace et à une
première régulation du travail des maîtres. Dans cette hypothèse,
les écoles composantes et leurs directeurs conservent toute la fonction
de contact avec les parents de leurs élèves. Elles sont aussi le lieu
d’échange quotidien entre les enseignants.
L’établissement assure d’autres fonctions : elles seront davantage explorées
au chapitre suivant, mais nous en donnons ici un aperçu.
La première fonction est pédagogique. L’établissement se dote d’un projet
et il fait l’objet d’une évaluation périodique ; il s’attache donc à
la continuité et au suivi des apprentissages des élèves. Il organise
le travail collectif des enseignants, en particulier à travers les conseils
de cycle et par la mise en commun des compétences différenciées des
personnels ; il peut être un lieu de formation. Les Instituteurs Maîtres
Formateurs (IMF) et les réseaux d’aide lui sont rattachés. Il organise
les remplacements de courte durée, même s’il paraît préférable
que les moyens dits de ZIL ("zone dÕintervention limitée")
restent utilisables à l’échelle de la circonscription.
L’établissement exerce aussi des fonctions de nature administrative
; il reprend la plupart de celles dont sont aujourd’hui chargés les
directeurs d’école au détriment de leur disponibilité pour les élèves
et leurs parents. C’est en son sein que se prépare la répartition des
emplois entre les écoles qu’il rassemble. à terme, on pourra envisager
que les emplois lui soient attribués et qu’il soit le lieu de nomination
des personnels ; il déterminera alors leur affectation aux écoles composantes.
Il permet aussi le partage de ressources documentaires et d’équipements.
Il peut assurer la gestion de moyens financiers si les communes concernées
acceptent d’alimenter un budget avec une partie des sommes qu’elles
consacrent à leurs écoles, tout en préservant un financement direct
des écoles par les communes pour les dépenses courantes (système de
régie) : la meilleure solution serait donc que se mette en place un
ƒtablissement Public Local d’Enseignement (EPLE), avec une autonomie
budgétaire. Cette solution permettrait aussi d’éviter des problèmes
administratifs comme on en a encore connu récemment à propos des emplois-jeunes,
à cause de l’absence de personnalité juridique des écoles.
Une autre fonction porte sur les relations avec l’environnement socioculturel
dans le cadre d’un projet éducatif local (voir ci-dessous) et avec l’enseignement
du second degré. Pour le permettre, le territoire de regroupement sera
aligné sur un secteur de collège : pour un petit collège (moins de 350
élèves), un établissement du premier degré sur le même secteur ; pour
un collège plus gros, deux voire trois établissements du premier degré.
Ainsi, le collège et les établissements du premier degré associés formeront
une entité cohérente, permettant une concertation permanente ; le principal
du collège et les chefs des nouveaux établissements travailleront à
la continuité de l’accueil et des apprentissages. L’établissement est
une instance de démocratie : il possède un Conseil d’administration
; ce dernier devrait se substituer aux Conseils des écoles composantes.
LesÊchefs de ces établissementsÊont donc des responsabilités clairement
différentes de celles des directeurs d’école, et analogues à celles
que nous prévoyons pour le second degré ; ils constituent un échelon
hiérarchique. Ils devront être recrutés par un concours accessible aux
professeurs des écoles et prenant en compte l’ensemble des compétences,
en particulier d’animation pédagogique, nécessaires pour que soient
remplis les divers rôles de l’établissement ; ainsi sera assurée
leur légitimité. Exercer les fonctions de conseiller pédagogique ou
de maître-formateur devrait être une indication positive. LesÊchefs
d’établissement seront assistés d’un secrétariat et largement déchargés
de cours, surtout s’ils doivent animer un réseau composé d’écoles distantes
les unes des autres. La question se pose cependant de savoir s’il ne
vaudrait pas mieux qu’ils continuent à assurer quelques heures d’enseignement,
de manière à conserver leurs compétences pédagogiques ; par exemple,
ils pourraient assurer des remplacements.
Réaliser un équilibre
entre commune et école dans un espace éducatif local
Les chefs d’établissement devront travailler à clarifier et à accentuer
le rôle de l’Education nationale dans le "projet éducatif
local". En particulier, il appartient à cette nouvelle structure
d’établissement de coordonner et d’impulser des activités hors du temps
scolaire (études, bibliothèque, etc..). Mais si l’Education nationale
prend en charge la totalité de cette responsabilité, les risques de
dilution des apprentissages, apparus dans certaines ZEP, sont à craindre.
On peut imaginer un équilibre en la matière : la commune étant responsable
de toutes les activités péri-éducatives à finalité d’accueil et de loisirs,
avec la participation et l’avis de l’établissement du premier degré
sur la qualité ; l’école étant responsable de toutes les activités directement
liées à sa mission.
Il reste la délicate question de l’accompagnement scolaire. En fait,
les endroits où il fonctionne bien ont utilisé comme base la
charte de l’accompagnement scolaire (engagement tripartite entre associations,
commune, école) où l’école a clairement son mot à dire sur la
qualité et l’efficacité des actions menées.
Redéfinir le rôle
des inspecteurs de l’Education Nationale
Le travail de l’IEN sera désormais centré sur tout ce qui concerne les
personnels, comme c’est normalement le cas pour un corps d’inspection
pédagogique : évaluation, animation, suivi, conseil, formation. Certaines
de ces t‰ches seront certes assurées désormais au jour le jour au sein
des établissements ; mais elles doivent l’être également par des personnes
bénéficiant à la fois d’une compétence didactique affirmée, d’une certaine
distance et de l’expérience permise par un cadre plus vaste. En particulier,
dans un premier temps tout au moins, il convient d’être prudent sur
la participation des chefs d’établissement du premier degré à l’évaluation
individuelle des enseignants. L’existence des établissements permet
en revanche de soulager les inspecteurs de la plus grande partie de
leurs t‰ches d’administration et de gestion ; il en restera cependant
quelques-unes, pour les remplacements et l’instruction de certains dossiers.
Des conseillers pédagogiques demeurent nécessaires auprès des IEN, notamment
pour l’animation et le suivi des débutants. Les fonctions des inspecteurs
s’exercent actuellement dans le cadre d’une circonscription. Cette liaison
entre une mission d’évaluation et une insertion territoriale est une
force de l’enseignement du premier degré. Malgré le changement dans
les fonctions des IEN et la diminution de leur aspect administratif,
nous ne proposons donc pas de modifier cette situation, au moins pour
l’instant ; la contrepartie devrait consister à inciter les inspecteurs
à une mobilité, pour éviter que le poids des personnes prenne trop d’importance
dans l’évaluation et le conseil. En outre, nous recommandons d’appliquer
aux IEN le principe du travail collectif : il faut organiser un travail
d’équipe, non seulement pour ceux qui dépendent d’un même inspecteur
d’académie, mais aussi dans le cadre plus vaste de l’académie et avec
les inspecteurs chargés du second degré ; des points d’application sont
notamment l’évaluation des établissements, la formation des personnels
et le décloisonnement avec le second degré.
Une mise en oeuvre
progressive
Les propositions concernant le regroupement des petites écoles et la
création des nouveaux établissements du premier degré ne peuvent se
faire que par une négociation au cas par cas avec les communes. L’application
de nos propositions sera donc nécessairement échelonnée dans le temps.
Mais il faut rapidement demander aux autorités académiques d’entamer
les négociations, qui ne peuvent réussir qu’à la condition de mettre
en évidence que la nouvelle organisation apporte un meilleur service.
En particulier, il existe encore actuellement plus de 6000 écoles à
classe unique dont 3000 ne font pas partie d’un RPI. Vis-à-vis des municipalités,
l’objectif de regroupement des petites écoles n’est évidemment pas compatible
avec le moratoire sur les suppressions d’écoles rurales mis en place
en 1993 : il faut donc lever cette mesure ; à l’intérieur du système
éducatif, les acteurs le souhaitent car ils considèrent le moratoire
comme contraire à l’équité et à l’efficacité ; mais cela soulèvera à
coup sûr des difficultés politiques du côté des élus locaux. En
revanche, les deux types de regroupement proposés peuvent être un vecteur
pour favoriser l’intercommunalité si les secteurs de regroupement sont
convenablement choisis. Dans nos propositions, c’est la création d’établissements
du premier degré qui constitue la plus forte révolution par rapport
aux traditions de l’enseignement primaire. Elle risque donc de soulever
aussi des difficultés de la part des enseignants et de leurs organisations
représentatives : ils y verront une atteinte à leur liberté. Le rôle
pédagogique ne devrait pas être fortement contesté, ni le rôle
administratif. Une difficulté sera celle de l’aménagement des décharges
actuelles des directeurs des écoles regroupées dans les établissements.
Surtout, l’existence d’un chef d’établissement occupant une position
hiérarchique sera sans doute un point dur, avec en arrière-plan les
souvenirs de la lutte contre l’institution des "maîtres-directeurs"
en 1987. Y a-t-il eu depuis évolution des esprits, avec le sentiment
que le rôle que jouent les directeurs n’est pas reconnu ? Les
points de vue sont partagés sur cette question, même s’il n’est pas
négligeable que l’apparition du nouveau grade de chef d’établissement
puisse offrir aux enseignants un débouché de carrière. Ces réticences
nous conduisent à ne pas proposer pour l’instant une intervention des
chefs d’établissement dans l’évaluation individuelle, qui serait sans
doute rejetée par les personnels. L’inconvénient est de perdre le double
regard souhaitable dans toute évaluation. Mais il faudra d’abord que
les chefs d’établissement fassent leurs preuves dans le domaine de l’animation
pédagogique, et donc apporter beaucoup de soin à leur recrutement et
à leur formation, qui en outre conditionnent leur "légitimité".
La possibilité d’une gestion de moyens financiers par les établissements
sera à discuter avec les communes et les structures intercommunales.
La plupart de nos interlocuteurs internes au système éducatif souhaitent
qu’on aille bien vers la création d’établissements publics, pour surmonter
les difficultés actuelles en matière financière et administrative. Cette
solution est la meilleure mais, là où elle n’est pas possible
dans l’immédiat, un établissement du premier degré peut cependant être
mis en place pour assurer des fonctions pédagogiques. Nous ne proposons
pas non plus que les établissements aient immédiatement l’entière responsabilité
de l’affectation des postes et des personnels aux écoles qui les composent
(voir chapitre 4). Les ouvertures et fermetures de classes dans chaque
école demandent en effet une discussion locale difficile : dans un premier
temps, l’inspecteur d’académie devrait en conserver la responsabilité,
en s’appuyant sur les IEN. C’est aussi de manière progressive que les
responsabilités administratives des IEN - sauf la gestion des remplaçants
- seront transférées aux nouveaux établissements. Dans la phase transitoire,
les inspecteurs auront un rôle important à jouer pour mettre en
place les regroupements et accompagner le démarrage des établissements.
Une autre raison pour une mise en oeuvre progressive tient aux moyens
nécessaires à cette amélioration de l’encadrement.
Les propositions qui précèdent demandent des moyens en personnel pour
les postes de direction des nouveaux établissements du premier degré,
au nombre d’environ 10 000 (avec compensation partielle par des décharges
actuelles), ainsi que les postes de secrétariat. Le recrutement et la
formation des chefs d’établissement s’étaleront sur un certain temps.
L’agent-comptable d’un établissement qui sera un EPLE pourra être celui
du collège voisin, mais cela augmentera sa charge, de sorte qu’il faudra
aussi créer des postes. Enfin, les deux types de regroupement exigent
des crédits de déplacement sans lesquels ils ne seraient d’aucune efficacité.
Sur le rôle des inspecteurs depuis leur création en 1835, voir
la thèse de J. Ferrier, Les inspecteurs de l’enseignement primaire,
Université de Bourgogne, 1995. Voir le rapport de l’Inspection générale
de l’Education nationale, Le réseau scolaire en milieu rural, 1993.
Le rapport de l’Inspection générale de l’Administration de l’Education
nationale intitulé L’allocation de moyens dans le premier degré de l’enseignement
scolaire (décembre 1997) propose d’étudier "la mise en place dÕun
niveau de gestion intermédiaire entre l’inspection académique et les
écoles".. Il s’agit en particulier de la continuité entre école
maternelle et école élémentaire. Cela n’empêche pas de conserver la
spécificité de l’école maternelle puisque les écoles demeurent. D’ailleurs,
cette spécificité repose moins sur l’organisation que sur les compétences
pédagogiques des maîtres ; leur formation devrait en tenir compte
par une option, une dominante, une adaptation à l’emploi. Sur cette
question comme sur d’autres qui concernent l’efficacité de l’école primaire,
voir le rapport demandé à J. Ferrier, inspecteur général de l’Education
nationale. Les effets du moratoire sur les écoles à classe unique, rapport
de l’IGEN, 1996.